Marchés

Les investisseurs doivent-ils s’inquiéter pour la Chine ?

L’économie chinoise, qui fait office de moteur économique et contribue depuis longtemps à la richesse mondiale, suscite des inquiétudes. Dans cet article, nous vous proposons de découvrir les perspectives des gérants Schroders sur l’évolution possible de la situation.

10/10/2016

Il est impossible d’ignorer le succès de la Chine. Pendant des décennies, son économie a progressé à un rythme effréné. Mais de plus en plus d’observateurs craignent que son endettement ait atteint des niveaux dangereux.

Un peu d’histoire

Sur l’ensemble de ces 20 dernières années, la Chine a été le principal moteur de l’économie mondiale.

  • La croissance économique du pays est en moyenne de 9,82 % depuis 1989 ;
  • la croissance de son PIB a atteint un pic en 2007 à 14,2 %.

En quête des matières premières nécessaires à la construction de ses vastes projets d’infrastructures comme des logements, des hôpitaux et des autoroutes, et offrant des biens comme des vêtements, des ordinateurs et des automobiles pour rassasier l’appétit d’une population occidentale avide de consommation, la Chine est l’épicentre de la demande et de l’offre.

Depuis la crise financière, c’est le dernier bastion des taux de croissance constamment élevés, bien qu’en léger repli ces dernières années. Son économie a progressé de 6,9 % l’année dernière, ce qui reste nettement supérieur aux 2,4 % de croissance des États-Unis ou des 2,3 % du Royaume-Uni. 

La Chine a ravi au Japon sa place de deuxième économie mondiale en 2011. Et divers prévisionnistes ont avancé des dates à partir desquelles elle pourrait devancer les États-Unis. Selon le Conference Board, un institut de recherche américain, ce pourrait être le cas d’ici 2018 ; PwC table quant à lui sur 2028. Ces prévisions supposent la poursuite du succès de la Chine. 

Pourquoi certains investisseurs s’inquiètent-ils ?

Ils craignent que les banques chinoises aient prêté trop d’argent et créé inutilement une offre excédentaire de crédits.

Ce phénomène est particulièrement notable sur le marché immobilier chinois, de nombreux logements et bureaux étant toujours invendus et inoccupés.

Le graphique ci-dessous illustre la hausse de la dette par rapport à la taille de l’économie.

En début de mois, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) a publié des statistiques indiquant que la Chine pourrait être confrontée à une crise liée à l’augmentation des emprunts.

La BRI, souvent décrite comme la banque centrale des banques centrales, a mesuré l’écart entre le crédit et le PIB, attribuant à la Chine le score de 30,1 au premier trimestre. Un chiffre supérieur à 10 indique qu’une crise peut survenir « dans les trois prochaines années ». Comparé à la Chine, le score du Canada, deuxième pays du classement, paraît minime à 12,1.

Des inquiétudes sont aussi apparues suite à la réaction des autorités face au ralentissement de la croissance, ces dernières ayant tenté de compenser la baisse des investissements des entreprises par des dépenses publiques.

Compliquant encore cette situation, l’économie chinoise est en pleine transition d’une économie industrielle axée sur les exportations vers un modèle plus centré sur la consommation. Cette transition s’accompagne d’un recul naturel de la croissance économique, exacerbé par les répercussions persistantes de la crise financière mondiale de ces dernières années.

Quelles sont les autres initiatives des autorités ?

Elles ont ouvert les marchés financiers et dévalué la devise. On ne peut pas évaluer clairement dans quelle mesure cela a porté ses fruits.

Des analyses récentes de l’équipe Dette émergente de Schroders ont évalué les risques de plusieurs pays. Elles indiquent que le risque de crise est plus élevé en Chine qu’au cours de ces 35 dernières années, comme le montre le tableau ci-dessous.*

* Un modèle de risque pays est mis à jour pour tous les pays de notre univers d’investissement au début de chaque trimestre. Les pays sont notés sur une échelle de -12 à +12 qui reflète le risque du pays en fonction de six facteurs clés (dynamiques de croissance, liquidité extérieure de la dette souveraine, indicateur de capitaux spéculatifs, liquidité extérieure du système bancaire, cycle de crédit et compétitivité), chacun noté de -2 à +2.

Perspectives des gérants

La Chine sera-t-elle confrontée à une crise et qu’en seraient les conséquences pour les marchés mondiaux ?

Robin Parbrook, Responsable de la gestion actions Asie hors Japon chez Schroders :

« Selon nous, la situation n’a guère évolué en Chine. Cela fait au moins 5 ans que nous affirmons que depuis la plus grosse bulle du crédit que le monde ait connu, les banques chinoises sont assises sur une montagne de prêts non performants dont l’éradication devrait coûter environ 30 à 50 % du PIB.

Alors que la bulle du crédit grossit, le renouvellement systématique de prêts non viables (evergreening)** progresse et devient plus dangereux ; la croissance des produits de gestion de patrimoine continue d’exploser, les banques tentant désespérément d’éliminer les prêts toxiques de leur bilan.

Nous sommes aussi prudents à l’égard du fameux rééquilibrage économique de la Chine, les autorités intervenant toujours pour tenter de stimuler l’économie.

Toutefois, même si les risques augmentent, à ce stade, nous ne pensons pas que la Chine se dirige à court terme vers une crise financière.

Avec une balance des capitaux faisant l’objet d’un contrôle bien plus strict après les mesures mises en place en début d’année, un excédent de la balance courante important, un taux d’épargne élevé et des réserves de change abondantes, il est difficile d’imaginer une crise imminente en Chine.

En revanche, nous pensons désormais que la Chine va suivre un modèle comparable à celui du Japon dans les années 1990, avec une économie en berne et propice à la déflation, donnant lieu à des mesures de relance périodiques des autorités et à l’accumulation rapide de dette publique. »

Abdallah Guezour, Responsable de la gestion dette émergente à performance absolue :

« Les vulnérabilités économiques de la Chine ont atteint des niveaux dangereux depuis 2012 à en juger par le modèle de notation du risque pays développé par l’équipe de gestion en charge de la stratégie dette émergente à performance absolue de Schroders. D’après ce modèle, le pays pose toujours un risque de crise en raison d’un cycle de crédit prolongé de manière excessive. Pour résumer, l’économie chinoise présente des déséquilibres croissants, signe qu’elle augmente fortement son niveau d’endettement. De plus, la devise chinoise est désormais très surévaluée.

En multipliant leurs efforts pour stimuler l’économie tout en renforçant le contrôle des capitaux sortant du pays, les autorités chinoises ont retardé la réduction nécessaire de l’endettement de l’économie et affiché un sérieux manque d’engagement pour déployer des réformes structurelles.

Il est impossible d’essayer d’augmenter la masse monétaire et de maintenir la stabilité de la devise. Les précédents historiques d’autres pays montent que cette situation entraîne souvent une modification de la politique monétaire qui débouche sur une dévaluation marquée. La Chine sera en fin de compte contrainte de faire ce choix.

La bonne nouvelle c’est que l’impact des ajustements douloureux que la Chine reporte se reflète déjà en grande partie sur de nombreux marchés. C’est notamment le cas de ceux des devises des marchés émergents qui ont fortement corrigé ces dernières années. »

** Prêt renouvelable de manière systématique (Evergreen) : prêt dont le montant du principal n’a pas besoin d’être remboursé dans un horizon de temps spécifié. 

Craig Botham, Économiste spécialiste des marchés émergents :

« Les sources de financement des banques sont globalement stables et proviennent des dépôts des ménages (même si la dépendance aux financements interbancaires augmente), alors que des contrôles stricts des capitaux emprisonnent les fonds dans le système et limitent fortement les entrées de capitaux étrangers.

Les crises financières sont généralement déclenchées par l’arrêt brutal des flux de capitaux dans le système financier. Compte tenu de la composition des sources de financement, ce risque nous semble très improbable dans les six prochains mois. Nous nous montrons moins optimistes concernant les trois prochaines années. »

Information importante: ce document exprime les opinions d’Abdallah Guezour, Directeur de la gestion Dette émergente à performance absolue, Robin Parbrook , Directeur de la gestion Asie hors Japon, et Craig Botham, Économiste spécialisé dans les marchés émergents, et ne représente pas nécessairement les opinions formulées ou reflétées dans d’autres supports de communication, présentations de stratégies ou de fonds de Schroders.

Ce document n’est destiné qu’à des fins d’information et ne constitue nullement une publication à caractère promotionnel. Il ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente d'un instrument financier quelconque. Il n’y a pas lieu de considérer le présent document comme contenant des recommandations en matière comptable, juridique ou fiscale, ou d’investissements. Schroders considère que les informations contenues dans ce document sont fiables, mais n’en garantit ni l’exhaustivité ni l’exactitude. Nous déclinons toute responsabilité pour toute opinion erronée ou pour toute appréciation erronée des faits. Aucun investissement et/ou aucune décision d’ordre stratégique ne doit se fonder sur les opinions et les informations contenues dans ce document.

Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les cours des actions ainsi que le revenu qui en découle peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant qu’ils ont investi.

Publié par Schroder Investment Management Limited, 31 Gresham Street, London, EC2V 7QA, société agréée et règlementée par la Financial Conduct Authority. Pour votre sécurité, les communications peuvent être enregistrées et surveillées.

Réservé exclusivement aux investisseurs et aux conseillers professionnels.

Ce document exprime les opinions de l'équipe d'économistes de Schroders et ne représente pas nécessairement les opinions formulées ou reflétées dans d’autres supports de communication, présentations de stratégies ou de fonds de Schroders.

Ce document n’est destiné qu’à des fins d’information et ne constitue nullement une publication à caractère promotionnel. Il ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente d’un instrument financier quelconque. Il n’y a pas lieu de considérer le présent document comme contenant des recommandations en matière comptable, juridique ou fiscale, ou d’investissements. Schroders considère que les informations contenues dans ce document sont fiables, mais n’en garantit ni l’exhaustivité ni l’exactitude. Nous déclinons toute responsabilité pour toute opinion erronée ou pour toute appréciation erronée des faits. Aucun investissement et/ou aucune décision d’ordre stratégique ne doit se fonder sur les opinions et les informations contenues dans ce document.

Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les cours des actions ainsi que le revenu qui en découle peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant qu’ils ont investi.

Les prévisions contenues dans le présent document résultent de modèles statistiques, fondés sur un certain nombre d'hypothèses.

Elles sont soumises à un degré élevé d'incertitude concernant l'évolution de certains facteurs économiques et de marché susceptibles d'affecter la performance future réelle. Les prévisions sont fournies à titre d'information à la date d'aujourd'hui. Nos hypothèses peuvent changer sensiblement au gré de l'évolution possible des hypothèses sous-jacentes notamment, entre autres, l'évolution des conditions économiques et de marché. Nous ne sommes tenus à l'obligation de vous communiquer des mises à jour ou des modifications de ces prévisions au fur et à mesure de l'évolution des conditions économiques, des marchés, de nos modèles ou d'autres facteurs.

Ce document est produit par Schroders France 8-10 rue Lamennais, 75008 Paris, France.