Perspectives

Quel est l’impact économique à court terme du changement climatique ?


La température combinée des terres et des océans a augmenté à un taux moyen de 0,07 °C tous les dix ans depuis 1880. Toutefois, depuis 1981, le taux moyen d’augmentation a plus que doublé (0,18 °C), selon le Global Climate Summary 2019 de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA). Ce réchauffement est responsable des extrêmes de température régionaux et saisonniers, de la fonte des calottes de glace polaires et des précipitations plus importantes.

Le changement climatique reflétant une évolution relativement lente des conditions météorologiques moyennes, nous avons déjà examiné son impact sur la productivité sur 30 ans.

Nous en étudions ici les effets à court terme.

Les ouragans Harvey, Irma, Katrina et Sandy ont déjà montré à quel point le changement climatique peut être préjudiciable aujourd’hui. Ce sont les exemples les plus visibles des conséquences à court terme du réchauffement, Katrina (2005) étant l’ouragan le plus dévastateur économiquement pour les États-Unis, puisqu’il a causé 170 milliards de dollars de dommages, selon l’agence américaine NOAA.

Il est selon nous important que les investisseurs prennent en considération les conséquences à court terme du changement climatique. Nous nous intéressons plus particulièrement aux pertes économiques causées par les deux événements météorologiques les plus destructeurs : les cyclones tropicaux et les inondations généralisées.

Le graphique 1 montre l’augmentation significative de ces événements météorologiques au cours des dernières décennies. Au niveau mondial, le nombre moyen de cyclones tropicaux par décennie est passé de 14 à 23 depuis le début des années 1980, tandis que le nombre d’inondations a presque doublé.

 

Les événements météorologiques extrêmes vont devenir plus sévères

Dans son cinquième rapport d’évaluation publié en 2014, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) indiquait que les risques associés aux événements extrêmes allaient continuer d’augmenter à mesure que la température moyenne du globe augmenterait.

L’élévation des températures induira un réchauffement des mers. Cela se traduira par une accumulation d’énergie thermique qui augmentera le risque de formation de cyclones tropicaux. Le réchauffement provoquant également une plus grande évaporation, les fortes pluies et chutes de neige deviennent plus fréquentes, ce qui rend les inondations et les cyclones plus sévères.

La NOAA a constaté que les cyclones tropicaux sont devenus plus humides, plus destructifs et plus fréquents au cours des quatre dernières décennies, le réchauffement des océans ayant provoqué des tempêtes plus intenses. Selon les projections issues du modèle de la NOAA pour un réchauffement climatique de 2 °C, l’intensité des cyclones tropicaux dans le monde montera probablement de 1 à 10 %, tandis que les taux de précipitations augmenteront d’environ 14 %.

 

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Quel est le coût économique ?

Il est clair que les catastrophes météorologiques ont des conséquences néfastes et souvent dévastatrices pour les populations et l’environnement. Toutefois, évaluer leur impact économique est une tâche difficile en raison du manque de données, des problèmes de mesure et de la nature volatile et imprévisible de ces événements.

Nous voulons ici quantifier la perte économique due à deux des événements extrêmes les plus dévastateurs : les inondations et les cyclones. Il est également important de noter que nous nous intéressons aux coûts économiques directs, à savoir les dommages causés aux bâtiments et aux infrastructures, et les pertes de production en cas d’interruption de l’activité économique. Nous ne prenons donc pas en compte les dommages indirects résultant de la mortalité, de la famine, du stress hydrique, de la migration et des pertes consécutives à la rupture des chaînes d’approvisionnement.

À l’aide de la base de données de Munich Re, considérée comme l’une des plus fiables et des plus complètes en la matière[1], nous constatons que la moyenne des pertes économiques liées à ces catastrophes naturelles a augmenté au cours des dernières décennies pour la plupart des pays considérés.

En particulier, les dégâts causés par les inondations aux États-Unis se sont chiffrés en moyenne à 4 milliards de dollars environ dans les années 1990, contre seulement 360 millions de dollars dans les années 1980. La moyenne des sinistres au cours de la première décennie de 2000 était encore significative, s’élevant à plus de 1,2 milliard de dollars.

Parmi les pays que nous avons analysés, la Chine semble être la plus touchée par les inondations généralisées, avec une perte moyenne de 11 milliards de dollars dans les années 1990 et de 3,6 milliards de dollars au cours de la première décennie de ce siècle.

Parmi les pays étudiés, les États-Unis sont le pays le plus affecté par les cyclones tropicaux, enregistrant des pertes estimées à 24 milliards de dollars au cours de la première décennie de 2000, contre 2 milliards de dollars dans les années 1980. La Chine et le Japon ont également subi des dommages importants causés par des cyclones tropicaux, tandis que les pays européens comme l’Allemagne et le Royaume-Uni n’ont pas été exposés à un climat tropical.

 

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Le changement climatique joue-t-il un rôle dans l’augmentation des dommages dus aux catastrophes ?

De nombreux facteurs contribuent aux dommages économiques. Il est clair que l’intensité et la fréquence des événements extrêmes sont importantes. Mais l’évolution démographique, l’exposition des personnes et des biens qui se trouvent sur la trajectoire des événements climatiques et la vulnérabilité sont également des facteurs importants de perte. À mesure qu’un pays se développe et croît, de plus en plus de biens et de personnes sont exposés aux événements météorologiques.

Les modes de peuplement, l’urbanisation et l’évolution des conditions socio-économiques ont tous influencé les tendances observées en matière d’exposition et la vulnérabilité des enjeux exposés aux phénomènes climatiques extrêmes.

Des recherches universitaires sur l’économie climatique suggèrent que l’accroissement de la population, de la richesse économique et des constructions dans les zones fortement exposées au risque a joué un rôle clé dans l’augmentation observée des pertes, mais la recrudescence des fortes précipitations et de la violence des cyclones a pu jouer un rôle également.

Le graphique 4 ci-dessous montre clairement l’augmentation considérable de l’ampleur moyenne des aléas d’inondation depuis les années 1980 dans la plupart des pays étudiés.

 

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Même s’il est manifeste que la puissance destructrice des cyclones tropicaux et des inondations a augmenté depuis les années 1980, l’ampleur de la perte économique dépend essentiellement de l’accumulation de richesses. Les pertes plus élevées pourraient simplement refléter un accroissement des biens susceptibles d’être endommagés ou détruits. L’historique des pertes doit être normalisé afin de comprendre si le changement climatique joue un rôle dans l’augmentation des dommages causés par les catastrophes. Le graphique ci-dessous montre que, même après ajustement des variations de la richesse (nous utilisons le PIB comme indicateur, puisque la richesse et les revenus sont fortement corrélés les uns aux autres), la moyenne des dommages dus aux catastrophes naturelles a tendance à augmenter dans le temps.

La perte moyenne de PIB au cours de la deuxième décennie 2000 est plus élevée que celle constatée pour les années 1980 dans la plupart des pays considérés, ce qui nous amène à conclure que le changement climatique est devenu plus préjudiciable à l’économie au cours des quatre dernières décennies.

 

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Les dommages économiques se prolongent-ils dans le temps ?

Selon certaines études sur l’économie du changement climatique, les catastrophes naturelles pourraient en fait susciter une amélioration de la productivité des entreprises et favoriser la croissance à long terme. En effet, les entreprises qui survivent aux catastrophes vont moderniser leur outil de production et adopter de nouvelles technologies. Cette hypothèse selon laquelle les catastrophes stimulent la croissance repose sur la théorie dite de la « destruction créatrice ».

Une étude récente[2] qui analyse l’exposition physique des pays à l’univers des cyclones tropicaux entre 1950 et 2008 démontre que les revenus nationaux diminuent par rapport à leur tendance pré-catastrophe et ne se redressent pas avant 20 ans. Cela semble s’expliquer par le fait que les catastrophes ont temporairement ralenti la croissance en détruisant le capital, mais aucun rebond n’intervient car les différents mécanismes de relance ne parviennent pas à compenser l’effet négatif à court terme de cette perte de capital.

L’analyse semble corroborer l’hypothèse d’une « absence de reprise », constatant qu’un écart-type de 1 de l’exposition aux cyclones sur un an freine la croissance du PIB de 3,6 points de pourcentage sur 20 ans, ce qui correspond à un retard de croissance de deux ans pour un pays moyen.

Même si nous pensons que le changement climatique est un enjeu sur le long terme, nos recherches visent à attirer l’attention des investisseurs sur les répercussions économiques à court terme du réchauffement climatique. L’élévation moyenne des températures est certes un facteur important pour l’augmentation de la productivité, mais notre analyse montre que les extrêmes climatiques peuvent également peser sur la croissance du PIB.

 

[1] Base de données citée dans « The political economy of natural disaster damage ». Eric Neumayer, Thomas Plümper, Fabian Barthel, 2014. Global Environmental Change.

[2] The Causal Effect of Environmental Catastrophe on Long-Run Economic Growth. Hsiang, Salomon M. et Jina Amir S., 2013. Document de travail du NBER.

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