Enjeux ESG/Investissement responsable

Investissement durable et obligations souveraines

En décembre 2016, la ville de Portland, confrontée à des critiques sur ses participations, a décidé de se désinvestir totalement des actions et obligations en faveur d’actifs « non controversés » tels que les obligations souveraines. Cette démarche pourrait être moins progressiste au plan social qu’il n’y paraît au premier abord.

28/09/2017

En décembre 2016, la ville de Portland, confrontée à des critiques sur ses participations, a décidé de se désinvestir totalement des actions et obligations en faveur d’actifs « non controversés » tels que les obligations souveraines. Cette démarche pourrait être moins progressiste au plan social qu’il n’y paraît au premier abord. L’intégration des questions environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) sur les marchés d’actions et d’obligations (évaluation des sociétés sur la pérennité de leur stratégie et de leurs pratiques et intégration des conclusions dans les portefeuilles), se développe de plus en plus.

Elle est complétée par un engagement : compter sur les sociétés pour qu’elles répondent de leur performance ESG et s’attachent à son amélioration. En revanche, la question de l’intégration ou de l’engagement ESG en matière d’obligations souveraines, pilier de nombreux portefeuilles majeurs d’actifs, n’a été que peu évoquée.

À l’avenir, l’importance des risques ESG pour les nations augmentera probablement, à mesure que les difficultés sociales et environnementales, telles que la contestation sociale ou le changement climatique, prendront de l’ampleur. Comme le pouvoir mondial est plus dispersé et que la gouvernance internationale devient moins déterminée et plus changeante, la compréhension des expositions et des réponses des pays devient plus déterminante dans les décisions d’octroi de prêts.

Les investisseurs doivent se concentrer sur des risques « à moyen et long terme »

L’analyse ESG est souvent utilisée par les investisseurs comme outil de réduction du risque. La relation entre le risque ESG et la performance des obligations souveraines n’est cependant pas linéaire ; l’augmentation des risques ESG peut entraîner une surperformance des obligations souveraines dans certains cas. Par exemple, les investisseurs se tourneront vers le refuge de la dette souveraine après une cyber-attaque ou un ouragan. En nous inspirant de la terminologie des assurances nous avons classé ces exemples en événements ESG « à développement court » et suggérons que la priorité ne devrait pas leur être accordée.

Les investisseurs cherchant à générer un alpha ESG devraient plutôt se tourner vers des risques à développement « moyen » ou « long ». Il s’agit de changements qui s’affirment sur la durée, impactant les taux de croissance du PIB et finalement la soutenabilité de la dette.

Les aspects sociaux et de gouvernance doivent se voir accorder la priorité

En évaluant les risques à développement plus long, les investisseurs en obligations souveraines devraient accorder la priorité à l’analyse des aspects sociaux et de gouvernance, en inversant la terminologie traditionnelle ESG. Le Japon en fournit un exemple intéressant.

La démographie, la déflation et la croissance durablement faible ont créé un contexte difficile dans lequel les ratios de la dette par rapport au PIB ont augmenté à des niveaux sans précédent.Les obligations japonaises connaissent cependant des performances régulièrement bonnes.

Un gouvernement et des institutions fortes, comme la Banque du Japon, ainsi que le contrôle de la monnaie et la cohésion sociale, ont permis au Japon de maintenir sa notation de crédit, malgré ces écueils.

La vulnérabilité des marchés émergents

Tous les pays ne sont pas impactés par les facteurs ESG de long terme de la même manière. Les marchés émergents, en raison de la plus grande faiblesse de leurs institutions, sont plus vulnérables.

Ironiquement, l’essentiel des recherches qui montrent un lien entre l’ESG et la performance de la dette souveraine s’est concentré sur les marchés développés, étant donné la meilleure disponibilité des données.

En fin de compte, en raison des outils disponibles pour les décideurs des marchés développés, notamment l’assouplissement quantitatif, la discipline budgétaire et les acheteurs captifs, ces marchés sont relativement immunisés contre les risques que comportent les évènements ESG à long terme.

Pour évaluer les expositions des marchés émergents aux enjeux ESG, la tendance observée est aussi importante que les expositions absolues.

Par exemple, la réponse politique aux pressions sociales est souvent radicale, avec des conséquences pour tous les investisseurs et tous les instruments financiers. L’évaluation de la manière dont les pressions sont exercées sur des données essentielles, telles que le niveau d’instruction et la croissance de la population, associées aux engagements réguliers dans le pays, permet que les risques soient efficacement déterminés et contrôlés.

La priorité devrait être accordée à la détermination de la tendance des risques, plutôt qu’à leur point de basculement ; les améliorations sont aussi importantes que les détériorations dans la génération de l’alpha.

Par exemple, la pollution en Chine est très préoccupante et pourrait impacter la stabilité sociale. Le gouvernement central l’a clairement définie comme priorité, mais l’efficacité des mesures prises par les institutions locales pour améliorer la qualité de l’air et réduire les risques demeure incertaine.

L’engagement des investisseurs auprès des émetteurs souverains est plus faible qu’auprès des entreprises, mais il existe.

Les garde-fous des marchés obligataires, qui peuvent imposer la discipline budgétaire aux pays, sont une caractéristique constante des marchés souverains.

Ils limitent en général leurs activités aux marchés émergents, où ils sont susceptibles d’avoir un impact plus important. Dans les marchés émergents, un engagement plus systématique se produit à l’initiative des pays émetteurs auprès des investisseurs, ce qui donne l’occasion de soulever des préoccupations.

De manière réaliste, pour effectuer des changements ESG, les préoccupations ne doivent pas être soulevées uniquement auprès des organismes de gestion de la dette, mais directement auprès des gouvernements. Par exemple, Schroders se manifeste auprès des leaders du G7 et du G20 sur les risques du changement climatique.

Nous observons qu’à l’avenir, cet engagement pourrait prendre une tournure géopolitique. La Chine est aujourd’hui le principal porteur de bons du Trésor américain ; les gouvernements seront-ils les prochains garde-fous ?

À mesure que le contexte de la croissance mondiale devient plus difficile, la compréhension de la solidité des fondations sur lesquelles les pays reposent est de plus en plus importante pour les investisseurs.

Intégrer l’analyse ESG dans le processus fondamental d’investissement (connu sous le nom d’intégration ESG) est une manière importante de s’assurer que les investisseurs soient bien positionnés pour déterminer ces changements structurels et en bénéficier.