Marchés

Perspectives 2019 : actions Asie hors Japon

L’année 2018 a été chahutée pour les actions asiatiques dont les valorisations sont maintenant nettement moins élevées et présentent des opportunités à condition d’être sélectif. Néanmoins, les investisseurs doivent faire preuve de prudence. Quatre de nos gérants vous expliquent pourquoi.

12/12/2018

Toby Hudson

Toby Hudson

Responsable de la gestion actions Asie ex Japon

Matthew Dobbs

Matthew Dobbs

Gérant actions asiatiques et responsable petites capitalisations internationales

Robin Parbrook

Robin Parbrook

Co-responsable investissements alternatifs actions asiatiques

King Fuei Lee

King Fuei Lee

Responsable actions asiatiques (Singapour)

—      Les actions asiatiques se sont dépréciées et offrent ainsi des opportunités

—      Il existe des opportunités à travers divers segments, notamment les sociétés profitant des tendances régionales, orientées vers les marchés domestiques ainsi que les entreprises exportatrices et les banques

—      Les incertitudes liées à la Chine, un dollar fort ainsi qu’une hausse des taux américains constituent les principaux risques pour la région

L’année 2018 a été difficile pour les actions asiatiques.  L'indice MSCI AC Asia Pacific ex Japon a chuté de 11,3 % (en USD à fin novembre) en raison des tensions commerciales, du resserrement des banques centrales et de la vigueur du dollar américain. La tendance peut-elle changer pour la région en 2019 ? Quatre de nos gérants de fonds actions asiatiques partagent leurs perspectives.

 

Toby Hudson, Responsable des Actions asiatiques hors Japon :

Les perspectives de croissance en Asie se sont détériorées du fait de quatre facteurs :

  1. Le ralentissement économique en Chine
  2. L’impact de la hausse du cours du pétrole
  3. La hausse des taux d’intérêt sur des marchés tels que l’Inde, l’Indonésie ou les Philippines
  4. L’escalade des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine

A court terme, la performance des marchés sera probablement dominé par l’interaction de ces quatre facteurs.

 

Du côté des éléments positifs en Chine, les autorités ont adopté une position un peu plus favorable à la croissance, avec les récentes réductions des réserves obligatoires et un encouragement à l’octroyer des crédits dans le secteur bancaire. Par ailleurs, des baisses d’impôts supplémentaires sont de plus en plus attendues ainsi qu’une reprise des dépenses d’infrastructures. Il faudra du temps pour que cette politique, légèrement plus expansionniste, se matérialise dans les données macroéconomiques, la croissance globale devant encore ralentir dans les mois qui viennent. Néanmoins, le changement de signal donné par les autorités pour soutenir la croissance reste important pour les marchés.

Par ailleurs, les cours du pétrole ont également reculé par rapport aux récents points hauts, ce qui a réduit la pression sur les pays émergents les plus fragiles et sur la consommation domestique.

Dans le même temps, les rendements des obligations américaines et les anticipations de taux se sont quelque peu modérés au cours des dernières semaines, en partie en réponse à la chute des marchés boursiers américains et aussi en raison du ralentissement continu de la croissance hors Etats-Unis. Tout cela a contribué à stabiliser le sentiment sur les actifs risqués.

Les perspectives sur le commerce sont beaucoup plus difficiles à évaluer. La récente trêve apparemment conclue entre les présidents américain et chinois lors de la réunion du G20 fin novembre a été bien accueillie par les marchés. Mais il est peu probable qu’il s’agisse ici de la fin des tensions commerciales. En effet, nombreuses sont les préoccupations de long terme des américains concernant la menace que représente la Chine sur la sécurité nationale américaine sur différents fronts.

Compte tenu de ce contexte difficile, nous continuons d’opérer avec prudence sur les marchés actions et n’avons pas relevé le risque au sein de nos portefeuilles malgré la correction.

En tant que gérants bottom-up, nous restons focalisés sur les sociétés en mesure de survivre au ralentissement actuel et d’exploiter les tendances favorables à long terme que nous continuons d’observer à travers la région. Ces tendances comprennent la croissance continue de la consommation domestique, la croissance des industries du secteur des services dans des pays comme l’Inde, l’Indonésie et la Chine. D’autres thèmes incluent le leadership technologique des acteurs chinois de l’internet ou le potentiel de croissance des leaders du secteur des matériels informatiques en Corée et à Taïwan.

 

Matthew Dobbs, gérant de fonds Actions asiatiques et Responsable des Actions Small Cap Monde :

Les actions asiatiques se traitent aujourd’hui à des niveaux de valorisations proches de ceux observés lors des  dernières périodes de correction en fin 2015 et début 2016. A ce niveau, des opportunités commencent à apparaître.

Malgré les tensions commerciales, nous trouvons toujours un certain nombre d’opportunités au sein des sociétés asiatiques tournées vers les exportations. Nous apprécions les sociétés apportant un haut niveau de valeur ajoutée dans leurs produits et qui ont des chaînes d’approvisionnement complexes faisant qu’il existe peu de solutions de substitution.

Des opportunités existent également parmi les actions de croissance orientées vers les marchés domestiques dans des secteurs tels que les loisirs, la santé, internet et l’éducation. Suite à la chute des marchés en 2018, ces titres sont revenus à des niveaux de valorisations attractifs.

Nous avons également des convictions sur un certain nombres de banques de la région, celles fortement capitalisées en mesure d’absorber des pertes. Nous n’anticipons pas une hausse significative des pertes liées à des crédits non-performants liés à l’absence de remboursements, mais une combinaison intéressante de croissance solide et de valorisation attrayante.

Etant donné l’environnement incertain, les équipes de gestion actions asiatiques ont été sélectives dans leurs investissements à un moment où les bilans semblent solides. Par conséquent, la génération de flux de trésorerie disponible se situe à des niveaux historiquement élevés, ce qui devrait garantir des dividendes solides.

 

Robin Parbrook, Co-Responsable de la Gestion Alternative Actions asiatiques et  Lee King Fuei, Responsable des Actions asiatiques :

Alors que les actions mondiales sont sur le point de s’effondrer de 20%, les investisseurs les plus courageux se demandent inévitablement : « Est-il le temps d’acheter ? » Pour répondre à cette question, nous nous tournons toujours vers les valorisations.

Pour ce faire, nous utilisons deux indicateurs principaux : l'un centré sur le top-down, une évaluation globale du marché boursier dans l'ensemble de la région, et l'autre sur le bottom-up, en analysant les entreprises et les actions individuelles.

Dans le premier cas, la forte baisse de l'indice régional en octobre nous a amenés à quelques encablures du niveau qui nous amènent généralement à devenir plus positifs sur les marchés boursiers asiatiques. Malheureusement, notre indicateur d'évaluation bottom-up ne partage pas le même niveau d'enthousiasme. Malgré des baisses hors normes de certains titres, seulement 58 % des titres couverts par nos analystes affichent actuellement une valorisation inférieure à leur juste valeur. Ce chiffre se situe légèrement au-dessus de sa moyenne de long terme mais loin des 70% que nous considérons comme le signe d’une abondance d’opportunités. Sur la base de nos calculs, une correction supplémentaire de 14 % des cours à partir d'aujourd’hui, toutes choses égales par ailleurs, sera nécessaire pour nous y amener.

Toutefois, les mesures de valorisation relient le cours de l’action aux fondamentaux sous-jacents, à savoir les bénéfices, dividendes, ventes ou autres. Bien que la composante prix demeure la partie la plus dynamique, la partie fondamentale peut également évoluer au cours du temps. Les marchés apparaissant comme attractifs aujourd’hui pourront sembler chers demain – même avec des prix stables – si les fondamentaux se détériorent significativement.

Par rapport aux précédents cycles de dégradation des résultats - y compris la crise financière mondiale et la crise de la dette en zone euro - le cycle actuel semble encore embryonnaire, tant en termes d'ampleur que de durée.

Au plus fort de la crise asiatique, les bénéfices ont presque diminué de moitié en l'espace de quatre ans.

La Chine se trouve de plus en plus dans un bourbier économique, avec le risque d'une dévaluation de la monnaie ou d'une récession économique. Bien que ni l'un ni l'autre ne soit notre scénario de base, si l'un ou l'autre se concrétise, la région en souffrira fortement. Compte tenu de la taille de l’économie chinoise aujourd’hui et de l’importance du commerce intra régional, l’Asie pourra se considérer chanceuse en ne s’en sortant qu’avec un simple rhume si la Chine éternue.

Dans ce contexte, nous recommandons aux investisseurs de faire preuve de prudence et de suivre de très près les tendances économiques en Chine. Dans l'hypothèse où les risques mis en évidence ci-dessus ne se matérialisent pas, nous ferons croître progressivement nos positions sur nos valeurs préférées qui ont connu un accès de faiblesse. Il s'agit principalement des marchés qui offrent le plus de potentiel selon nos modèles de valorisation de long terme - l'Australie, Hong Kong et Singapour.

 

Les opinions ci-dessus contiennent des prévisions émises à la date de publication du document et dont la réalisation ne peut être garantie. Nos prévisions sont fondées sur nos propres hypothèses, qui sont susceptibles de changer. Les prévisions et les hypothèses peuvent être influencées par des facteurs économiques externes ou d'autres facteurs, elles ne doivent pas être considérées comme des conseils ou une recommandation d'achat et/ou de vente. La valeur des placements et les revenus qu'ils génèrent peuvent fluctuer à la hausse comme à la baisse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer les montants initialement investis.