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Perspectives pour 2018 : Économie mondiale

Dans cet article consacré aux perspectives pour l’an prochain, Keith Wade examine la possibilité que les conditions idéales constituées d’une forte croissance et d’une faible inflation puissent se maintenir en 2018.

21/12/2017

Keith Wade

Keith Wade

Economiste et stratégiste

L’économie mondiale bénéficie d’une reprise synchronisée, dans laquelle la plupart des régions enregistrent une forte croissance en dépit de remous politiques dans certaines parties du monde. En conséquence, nous avons rehaussé nos prévisions concernant la croissance mondiale en 2018 de 3,0 % à 3,3 %. Ce niveau marque une modeste accélération par rapport à celui de 2017, également revu à la hausse (de 3,0 % à 3,2 %). Si nous avons vu juste, 2018 sera alors l’année marquée par le plus fort taux de croissance mondiale depuis 2011.

Une nouvelle année de croissance robuste entraînera-t-elle une accélération de l’inflation et un resserrement des politiques monétaires ? La reprise de l’activité n’a pas eu un tel effet jusqu’ici mais toute la question est de savoir si les conditions idéales constituées d’une forte croissance et d’une faible inflation sont ou non susceptibles de se maintenir en 2018.

 

Une hausse de la croissance et de l’inflation se dessine

Les pays développés tout comme les pays émergents devraient connaître une plus forte croissance en 2018. S’agissant des pays développés, nous avons rehaussé nos prévisions pour les États-Unis et la zone euro de 2 % à 2,5 % et de 2 % à 2,3 %, respectivement. Nos prévisions pour le Japon s’établissent à 1,8 % (contre 1,5 % précédemment) et celles pour les pays émergents ont été portées à 4,9 % (contre 4,8 % auparavant). Dans ce dernier cas, nos prévisions reflètent l’amélioration de la croissance attendue dans les BRIC (à l’exception de l’Inde où nous avons revu nos projections en baisse) et intègrent une légère accélération de la Chine en 2018, à 6,4 %.

Nous prévoyons un taux d’inflation de 2,3 % en 2018 (contre 2,2 % auparavant), pour tenir compte du renchérissement du pétrole et des matières premières qui se reflète dans la remontée des prix à la production à travers le monde depuis quelques mois.

 

Des conditions moins idéales

À cet égard, 2018 devrait être marquée par une détérioration de la combinaison idéale constituée d’une croissance plus forte que prévu et d’une inflation inférieure aux attentes.  Les facteurs structurels tels que les effets de la technologie restent importants mais les forces cycliques laissent penser que l’inflation commencera à combler son retard par rapport à la vigueur de l’activité économique l’an prochain.

 

Resserrement de la politique monétaire (pas seulement aux États-Unis)

Ces perspectives augurent d’un nouveau resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine (Fed) et, la politique budgétaire donnant une impulsion supplémentaire à la croissance, nous tablons désormais sur trois relèvements des taux l’an prochain après une hausse en décembre 2017. Nos prévisions placent désormais le taux des Fed Funds à 1,5 % fin 2017, 2,25 % fin 2018 et 2,5 % fin 2019.

Par ailleurs, la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ) devraient selon nous s’orienter vers un resserrement de leurs politiques monétaires respectives. En Europe, nous anticipons l’arrêt de l’assouplissement quantitatif en septembre 2018 et un relèvement des taux en 2019. Au Japon, nous parions sur le maintien de la politique de contrôle de la courbe des taux. Nous jugeons toutefois hautement probable que la BoJ relève le taux cible des emprunts d’État japonais à 10 ans, marquant un tournant vers le resserrement de sa politique.

 

Le scénario d’une relance est le plus probable

Les risques macroéconomiques évoqués ci-dessus laissent entrevoir un contexte reflationniste, ce que reflète notre analyse de scénarios. Nos deux scénarios reflationnistes sont la « forte hausse du commerce mondial » et la « relance budgétaire aux États-Unis ». Le premier intègre une accélération de la croissance et de l’inflation dans laquelle la reprise économique entraîne une hausse des prix des matières premières. Le second mise sur une relance budgétaire fondée sur de fortes baisses d’impôts et une augmentation des dépenses d’infrastructures, alimentant la hausse de l’inflation. Ces deux scénarios se traduisent par une remontée de l’inflation mais dans le second cas celle-ci se concentre sur les États-Unis.

La reprise de l’activité économique est également présente dans notre scénario de « relance de la productivité », mais ce dernier ne prévoit pas d’accélération de l’inflation dans la mesure où le surplus de croissance s’accompagne d’un accroissement de la productivité. Des signes encourageants d’amélioration de la productivité aux États-Unis apparaissent depuis quelques temps et ce scénario mise sur le maintien de cette tendance sur notre horizon prévisionnel.

 

Risques potentiels : déflation et stagflation

Nous identifions deux scénarios susceptibles d’engendrer des conditions déflationnistes, à savoir une « stagnation durable » et une « envolée des rendements obligataires ». Dans le premier cas, la reprise cyclique en cours s’essouffle et l’économie mondiale s’engage à nouveau dans une spirale déflationniste. Bien que cette hypothèse semble peu probable à l’heure actuelle, il ne faut pas perdre de vue que des difficultés structurelles importantes subsistent (par exemple les niveaux élevés d’endettement et la détérioration des conditions démographiques). Le scénario d’une envolée des rendements obligataires anticipe un resserrement brutal des conditions financières sous l’effet du retrait des politiques d’assouplissement quantitatif de la Fed et de la BCE, créant un environnement déflationniste.

Deux autres scénarios auraient pour résultat une situation de stagflation (caractérisée par une croissance faible et une hausse de l’inflation), à savoir l’ « accélération de l’inflation » et la « montée du protectionnisme ». Le premier anticipe une hausse de l’inflation accompagnée cette fois d’un ralentissement de la croissance économique sous l’effet du resserrement de la politique des banques centrales visant à juguler l’inflation. Le scénario de montée du protectionnisme envisage une situation dans laquelle les pays relèvent leurs droits de douane en réaction à la multiplication des mesures protectionnistes. Cette situation conduirait à son tour au ralentissement de l’activité et à la hausse de l’inflation sous l’effet de la contraction des échanges commerciaux et du renchérissement des importations.

 

D’un contexte idéal à un scénario de reflation

L’année 2017 s’est caractérisée par une croissance régulière associée à une faible inflation, un contexte idéal dans lequel l’activité n’était ni trop forte ni trop faible pour provoquer une accélération prononcée de l’inflation. Ces conditions semblent appelées à changer en 2018. Nous misons l’an prochain sur une accélération de l’inflation et de la croissance, et sur un resserrement des politiques monétaires. Selon notre analyse de scénarios, les risques penchent en faveur de conditions reflationnistes plutôt que déflationnistes sachant que nous entrevoyons une probabilité accrue de soutien budgétaire et la possibilité d’une forte hausse du commerce mondial.

Grille de scénarios : croissance et inflation vs. scénario de base

Source: Equipe économique de Schroders, 24 novembre 2017.

 

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