Eclairages - Enjeux ESG/Investissement responsable

Le tableau de bord du changement climatique affiche de nouveaux progrès, mais les avancées restent trop timides

Notre tableau de bord bénéficie de l’augmentation des ventes d’automobiles électriques sur le marché chinois, mais ce progrès est contrebalancé par l’accroissement des investissements pétroliers.

10/06/2019

Andrew Howard

Andrew Howard

Directeur de la recherche – Investissement durable

En début de deuxième trimestre 2019, le tableau de bord du changement climatique de Schroders pointe vers un réchauffement à long terme de 3,8 °C environ. Les indicateurs cheminent toujours dans la bonne direction, mais ils avancent à allure de tortue. Or, c’est le sprint qui devrait s’imposer pour répondre aux engagements politiques pris à Paris en vue de limiter la hausse des températures à 2 °C. Contenir le réchauffement à ce niveau jugé « prudent » nécessite en effet une transformation draconienne dans les années et décennies à venir.

Le tableau de bord du changement climatique donne un aperçu du rythme et de l’ampleur de l’action climatique dans les différents domaines qui conduiront à la décarbonisation. Schroders a créé cet outil afin de fournir à ses clients, analystes et gestionnaires de fonds une mesure objective de la vitesse de l’action climatique. L’objectif est de les aider à faire face aux enjeux environnementaux qui pourraient bouleverser les marchés financiers, trop souvent dominés par les idées préconçues, les sentiments et les discours vides de sens.

Comme cela s’est régulièrement produit depuis que nous suivons les indicateurs climatiques à travers ce tableau de bord, le dernier trimestre a enregistré à la fois des avancées et des reculs. Et comme cela s’est vérifié à maintes reprises, les changements positifs ont surpassé les points négatifs. Les indicateurs que nous passons sous revue laissent entrevoir une hausse des températures de 3,8 °C, contre 3,9 °C il y a trois mois.

 

Du côté positif, le marché des véhicules électriques se développe

L’envolée des ventes de voitures électriques au premier trimestre a représenté le principal facteur de progression. Les ventes mondiales se sont presque multipliées par deux en janvier, largement menées par la Chine où les ventes ont quasiment triplé par rapport à l’année précédente, et où les automobiles rechargeables ont atteint près de 5 % des ventes de véhicules de passagers. Le transport électrique ne résout pas à lui seul le réchauffement climatique. Mais dans la mesure où les véhicules de passagers représentent environ un dixième des émissions de gaz à effet de serre (GES), le fait d’électrifier cette flotte, tout en investissant dans des énergies propres pour l’alimenter, marque un grand pas vers la décarbonisation. Cet exemple précis montre combien les mutations attendues sont connectées entre elles, et pourquoi il est impératif d’analyser un large éventail d’indicateurs pour mesurer l’action climatique. 

Dopées par un début d’année vigoureux, les ventes de véhicules électriques ont bondi de près de 80 % par rapport au premier trimestre de l’année précédente. Ce rythme devrait être difficile à maintenir, notamment du fait que le plus vaste marché du secteur, la Chine, a récemment coupé les subventions sur les nouvelles voitures, et a annoncé des plans pour les supprimer entièrement d’ici 2020. La croissance de ce secteur demeure néanmoins impressionnante et, du moins jusqu’à présent, son accélération est constante. Entre 2012 et 2016, le marché mondial s’est accru de 53 % par an puis a grossi de 58 % en 2017, de 65 % en 2018, et de 80 % au premier trimestre. Ce départ en force place les ventes de véhicules électriques sur la voie des taux de pénétration requis pour une augmentation des températures d’environ 2,9 °C à long terme, selon notre interprétation des projections émises par l’Agence internationale de l’énergie (AIE). 

Les investisseurs passent-ils à côté de la véritable révolution des véhicules électriques ?

Deux autres indicateurs ont avancé dans la bonne direction au cours du premier trimestre. Premièrement, Gallup a publié son sondage annuel réalisé aux États-Unis. 65 % des personnes interrogées ont exprimé une « grande » ou une « relative » inquiétude au sujet du réchauffement climatique, ce qui représente une hausse par rapport au résultat de 63 % de l’année précédente. Cette évolution a fait monter notre baromètre de la préoccupation publique, que nous considérons comme un prélude à l’action politique en faveur de dispositions plus catégoriques. Ensuite, de nouveaux projets de piégeage et de stockage du dioxyde de carbone (PSC) ont été intégrés à la base de données de l’Institut mondial pour le captage et stockage du CO2 (Global CCS Institute). Il se pourrait que cet ajout reflète des investissements grandissants dans cette technologie, plutôt que le redéploiement d’efforts menés dans d’autres domaines.

 

Sur le plan négatif, les investissements dans l’industrie pétrolière et gazière continuent d’augmenter

Parmi les motifs d’inquiétude, l’augmentation de l’investissement dans le secteur du pétrole et du gaz est particulièrement négative. Afin de suivre le taux d’investissement mondial par rapport aux actifs du secteur, nous nous appuyons sur les données de Thomson Reuters. La différence entre le taux d’investissement et le taux de déclin dit « naturel » des gisements en exploitation reflète la part des investissements que le secteur consacre à la future croissance. Or, les investissements actuels représentent près de 8 % des actifs du secteur. Ce taux implique une croissance de la production qui pourrait provoquer une hausse des températures de 5 °C environ sur le long terme.

L’an dernier, nous avons indiqué que le redressement des cours du pétrole sur les 18 mois précédents entraînait une grande interrogation pour le secteur. Les producteurs allaient-ils mettre un frein aux investissements au vu de la montée des prix et des flux financiers, affichant ainsi une discipline délibérée plutôt qu’imposée, ou au contraire les investissements allaient-ils grimper de même que lors des cycles passés ? La question reste sans réponse. Cependant, ce secteur devra adopter d’importantes transformations pour démontrer sa capacité d’adaptation au processus de décarbonisation, voire au monde déjà dépeint à travers les décideurs politiques, les entreprises et les mutations technologiques.

 

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Source : Thomson Reuters, Schroders

 

Répondre aux objectifs climatiques mondiaux implique une rupture de plus en plus franche

L’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a confirmé que 2018 affichait la quatrième plus forte augmentation d’émissions de CO2 jamais enregistrée. Les concentrations atmosphériques ont atteint 410 parties par million (ppm) en janvier. Pour placer ce chiffre dans son contexte, le niveau de référence était de 280 ppm à la fin des années 1800, avant l’industrialisation généralisée. Et 450 ppm est le niveau qui limiterait à 2 °C l’élévation des températures attendues, selon les prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Si la capacité de l’atmosphère à absorber les gaz à effet de serre sans déstabiliser les températures de manière périlleuse était représentée par une baignoire, elle serait aux trois quarts pleine et se remplirait de plus en plus vite. L’objectif demeure à notre portée, mais l’action doit être beaucoup plus vigoureuse et elle implique un vaste bouleversement des industries mondiales. Le changement de rythme reste incertain, mais lorsqu’il se produira, il se répercutera sur l’ensemble des économies et des marchés financiers.

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