Marchés

Perspectives pour 2018 : ESG et investissement durable

Il est de plus en plus irréaliste d’analyser les entreprises sans prendre en compte le contexte social et environnemental

20/12/2017

Jessica Ground

Jessica Ground

Responsable de l'investissement durable

Les marchés actions mondiaux et les bénéfices des entreprises ont atteint de nouveaux sommets en 2017, mais sous ce vernis d’apparente sérénité, les tensions dans l’économie réelle établissent d’autres records qui présagent des défis croissants pour les années à venir. Par exemple :

  • La température moyenne mondiale a atteint un nouveau record et l’ouragan Irma est devenu la plus forte tempête jamais enregistrée dans l’océan Atlantique[1].
  • Dans les pays développés, les salaires réels médians continuent de stagner, tandis que Forbes a signalé un bond sans précédent du nombre de milliardaires[2].
  • La confiance en les gouvernements a baissé à des niveaux jamais atteints[3], et les PDG n’ont jamais été aussi nombreux à exprimer leurs inquiétudes à propos du manque de confiance dans l’entreprise[4].

Il ne s’agit pas de nouveaux défis ; nous aurions pu établir des constats similaires il y a plusieurs années. Toutefois, il est clair que les entreprises sont confrontées à des challenges croissants qui évoluent à une vitesse inégalée. Les règles imposées aux investisseurs et aux entreprises se sont durcies, et les récompenses sont plus gratifiantes en cas de réussite.

La déconnexion croissante entre le monde des entreprises et la société dans laquelle elles opèrent a créé des défis dans un grand nombre de domaines.

 

Des attentes élevées, et en augmentation...

Si le succès d’Angela Merkel aux élections allemandes de 2017 a peut-être apporté un peu de répit dans le remue-ménage politique, le désenchantement à l’égard de l’ordre traditionnel semble plus ancré et assumé que jamais. Les sociétés multinationales sont une cible pour la réaction de rejet croissante des inégalités et la mondialisation, ainsi que les tensions sociales qui bouleversent l’agenda politique.

En dépit du mouvement anti-mondialisation, les initiatives politiques introduites dans une région ou un secteur ont tendance à être adoptées par les autres. Un consensus mondial semble formé sur le fait qu’en se coordonnant sur la protection des consommateurs, les normes de travail et de gouvernance, les politiques peuvent renforcer les normes au bénéfice de tous.

Il est important que les entreprises s’orientent vers le plus grand dénominateur commun afin d’affronter l’avenir. Les États-Unis possèdent des règles claires sur la divulgation des paiements aux groupes de pression et nous prévoyons davantage de contrôles au niveau mondial. La législation sur l’esclavage moderne du Royaume-Uni pour exercer un contrôle sur les chaînes d’approvisionnement a été cooptée en Australie, et d’autres pays étudient des approches similaires. Les banques ont été contraintes d’adopter des directives plus strictes en matière de prêt responsable ; il semble que l’autofinancement soit la prochaine étape.

Les pressions concernant la main-d’œuvre sont particulièrement fortes. D’un côté, les politiques exercent des pressions sur les entreprises pour qu’elles offrent des emplois décents, qu’elles réduisent l’écart des compétences et qu’elles progressent en termes de diversité hommes-femmes. De l’autre, les opportunités d’automatisation font les gros titres chaque jour et les sociétés qui tardent à remplacer les personnes par du capital seront peut-être confrontées à des difficultés croissantes. Il est vital de trouver un point d’équilibre entre ces pressions.

Si l’activisme des investisseurs augmente depuis quelque temps, la révision du Code de gouvernance d’entreprise du Royaume-Uni va transformer les pressions en pratiques et en exigences explicites. C’est déjà le cas aux Pays-Bas, et moins explicitement au Japon. Un tournant a été atteint ; les actionnaires seront sur le terrain au lieu d’être spectateurs.


... et une attention toujours orientée vers le réchauffement climatique

C’est officiel : la concentration de gaz à effet de serre a atteint des niveaux sans précédent, tout comme les températures mondiales. Le retrait du président Trump de l’Accord de Paris semble avoir renforcé la détermination à agir des entreprises, des villes et des États américains, ainsi que d’autres pays.

Notre Tableau de bord du changement climatique montre que l’ambition politique est à la traîne par rapport à l’action, et nous espérons que cet écart se réduira. En 2017, nous avons assisté à des annonces visant à supprimer progressivement les voitures à moteur thermique dans certains pays (Royaume-Uni, France, Pays-Bas et Inde). Les sociétés d’énergie traditionnelles sont loin d’y être préparées.

Le réchauffement climatique atteindra tous les domaines de l’économie et de l’investissement. Des plans déjà adoptés fixeront le prix de 25 % des émissions de carbones du monde. La prochaine étape consistera à ajuster ces prix pour qu’ils aient un impact significatif sur les stratégies des entreprises.

Si les plans d’entreprise en faveur d’une action climatique plus stricte étaient jusqu’ici un luxe, il semble de plus en plus irresponsable de ne pas comprendre l’impact du passage à une économie mondiale sobre en carbone sur les business models. L’initiative du groupe de travail sur les informations financières liées au climat (Task Force on Climate-related Financial Disclosures) illustre la demande croissante des marchés financiers réclamant davantage d’informations, et plus utiles, pour évaluer ces risques.

 

Et maintenant, passons à l’investissement

Le climat de contrôles plus stricts n’est pas l’apanage des entreprises. À l’heure où l’intégration des critères ESG se généralise partout et où le plus grand fonds de pension du monde adhère aux principes d’investissement responsable, nous pouvons attendre une augmentation des contrôles sur les effets et les impacts de toute cette activité.

Trop de gestionnaires d’actifs ont pu considérer l’ESG comme une plate-forme marketing pour vendre plus de produits, plutôt qu’un réel moteur d’investissement à définir, à mesurer et à gérer. Nous pensons que le véritable objectif de l’intégration des critères ESG est une amélioration de l’allocation des capitaux et des décisions d’investissement.

 

Conclusion

 

Les tensions et les défis sociaux et environnementaux continuent de croître, et leurs répercussions devraient s’accélérer en 2018. Toutefois, l’écart qui se comble entre le contrôle social et politique du rôle des entreprises dans la gestion de ces défis revêt pour nous une plus grande importance. Il devient de plus en plus irréaliste d’analyser les entreprises sans prendre en compte le contexte environnemental et social. Ceux qui réussiront à relever les défis du futur seront les équipes de gestion, les conseils d’administration et les investisseurs qui reconnaîtront que ce sont à la fois le coût et la valeur d’une licence « sociale » d’exploitation qui augmentent. Ces gagnants de l’avenir ajusteront leurs modèles commerciaux pour construire, identifier et soutenir les actions qui créeront une véritable durabilité dans leurs activités.

 

[1] A lire dans The Guardian et sur CNBC .

[2] Dans sa dernière enquête, Forbes fait état d’une hausse de 13 % du nombre de milliardaires et d’une progression de 18 % de leur fortune.

[3] Par exemple, l’opinion sur les capacités des Démocrates comme des Républicains à gouverner.

[4] 58 % des PDG interrogés par PWC expriment des inquiétudes à propos de la confiance dans l’entreprise, contre 37 % en 2013.

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