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Quels sont les marchés actions qui restent attractifs après le rebond rapide ?


Duncan Lamont, CFA

Duncan Lamont, CFA

Responsable de la recherche et de l'analyse

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Au début de la semaine dernière, à la question « quels marchés semblent attractifs », la réponse était simple : aucun.

Malgré tout ce que l’année 2020 lui a fait subir, à un moment donné, le marché boursier américain était en hausse depuis le début de l’année. D’autres marchés ont également regagné beaucoup du terrain perdu. Cela s’est produit alors que les bénéfices des entreprises se détériorent, que les prévisions sont nettement revues à la baisse et que les dividendes sont réduits.

Les choses semblent plus normales aujourd’hui après la forte baisse des marchés au cours des sept derniers jours. Cependant, la sous-valorisation qui dominait plus tôt dans l’année ayant presque disparue, pour être positif sur les actions dans ce contexte, vous devez vraiment être convaincu que la reprise post-confinement est durable.

 

Comment les valorisations actuelles se situent-elles par rapport aux valorisations historiques ?

Le tableau ci-dessous présente un certain nombre d’indicateurs de valorisation par rapport à leur moyenne (médiane) des 15 dernières années, sur les marchés actions de cinq régions. Une description de chaque indicateur de valorisation est fournie à la fin du présent article. Les chiffres sont présentés sur une base arrondie, les nuances de couleur indiquant le niveau de sur ou de sous-valorisation par rapport à la moyenne sur 15 ans.

 

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Une déconnexion avec les fondamentaux de l’économie et des entreprises ?

Il est vrai que l’économie et le marché boursier sont deux choses différentes, comme nous l’avons déjà écrit. Ce n’est pas parce que l'économie est en chute libre que le marché actions va faire de même. D’une part, les cours des actions sont prospectifs, puisqu'ils prennent en compte des anticipations pour les années à venir, pas seulement l’immédiat.

Néanmoins, l’incongruité que nous observons d’une hausse des cours des actions alors que chaque indicateur de la santé des entreprises que vous consultez s’aggrave, est vraiment extraordinaire.

On le constate dans le graphique ci-dessous qui montre la variation des divers indicateurs de santé des entreprises auxquels les investisseurs en actions se réfèrent, depuis que les marchés ont atteint un plancher le 23 mars.

Les marchés ont progressé malgré la détérioration des fondamentaux des entreprises

Évolution des cours des actions et des fondamentaux des entreprises sur les marchés boursiers de cinq régions entre le 23 mars 2020 et le 12 juin 2020.

 

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Même à l’horizon plus lointain de la fin 2022, les bénéfices des États-Unis, de l’Europe et du Royaume-Uni devraient être inférieurs de 10 à 15 % environ à ceux constatés le 23 mars. Il est difficile de considérer cet environnement de marché comme autrement que très « turbulent ».

 

Les actions sont peut-être chères, mais tout le reste l’est aussi

Quelles sont les implications pour les investisseurs ? Les taux monétaires sont quasiment nuls et les perspectives de rendement à long terme des obligations aux taux actuels restent bien inférieures à ce que les investisseurs auraient obtenu par le passé. Cela laisse les investisseurs face à un dilemme. Les actions peuvent sembler chères, mais tout le reste l’est aussi.

En fait, lorsque vous comparez la valeur relative des marchés actions mondiaux avec d’autres classes d’actifs comme les obligations, vous constatez que les marchés actions offrent un potentiel haussier relativement intéressant. Sur le plan pratique, les performances attendues pour toutes les classes d’actifs sont inférieures aux normes historiques, mais la prime supplémentaire affichée par les actions par rapport aux liquidités ou aux obligations reste attractive (bien qu’il soit important de noter que les actions sont généralement considérées comme un investissement à risque plus élevé).

 

La diversification peut aider à pondérer l’incertitude

En termes de valorisation relative, les États-Unis ressortent comme le marché actions le plus cher. Cependant, cela dure depuis dix ans, sans que cela empêche les cours de continuer de monter. En dehors des États-Unis, les marchés semblent moins chers mais comportent des risques supplémentaires : l’Europe est pénalisée par une faible croissance et les tensions au sein de la zone euro, le marché britannique est exposé aux variations des prix des matières premières, le Japon est un habitué de la sous-performance, et les marchés émergents sont vulnérables à la combinaison d’un ralentissement de la demande de matières premières et d’un ralentissement de la croissance chinoise. La diversification est l’un des outils que les investisseurs à long terme peuvent utiliser pour pondérer cette incertitude.

La valeur des investissements et les revenus qui en découlent peuvent évoluer à la hausse comme à la baisse. Les investisseurs ne sont donc pas assurés de recouvrer l’intégralité des sommes initialement investies.

Ce support n’est pas destiné à représenter une offre, une recommandation ou une incitation à acheter ou vendre tout instrument financier ou à adopter une stratégie d’investissement.

 

Avantages et inconvénients des mesures de valorisation des marchés actions

De nombreuses mesures sont à la disposition des investisseurs pour l'évaluation des valorisations des marchés actions. Elles racontent toutes des choses différentes. Elles présentent toutes des avantages et des inconvénients. Ainsi, une approche équilibrée, qui tient compte de leurs résultats souvent contradictoires, a plus de chances d’être payante.

PER à 12 mois

Le ratio cours/bénéfices à 12 mois (ou PER à 12 mois) est une méthode courante de valorisation. Il s’obtient en divisant la valeur boursière (ou cours) par le total des bénéfices par action de toutes les entreprises sur les 12 prochains mois. Moins il est élevé, plus les valorisations sont intéressantes.

Bien entendu, son principal inconvénient est qu’il repose sur des prévisions et que nul ne peut prévoir les résultats futurs d’une entreprise. Estimées par les analystes, les prévisions se révèlent souvent inexactes ; elles sont en grande partie surévaluées, donnant l'impression que les actions sont moins chères qu'elles ne le sont véritablement.

PER réalisé

Le PER réalisé est un indicateur de valorisation peut-être encore plus répandu. Proche de celui du PER prévisionnel, son calcul se porte sur les bénéfices des 12 derniers mois plutôt que sur celui des 12 prochains. Il ne s'agit donc pas de prévisions, contrairement au PER prévisionnel. Néanmoins, l’analyse des 12 derniers mois peut elle aussi induire en erreur.

PER ajusté

Le ratio cours/bénéfices ajusté du cycle (PER ajusté, ou « CAPE » en anglais) est, lui aussi, un indicateur clé étudié par les observateurs et dont l’intérêt a pris de l’ampleur ces dernières années. Il est couramment appelé PER ajusté ou PER Shiller, en référence au professeur Robert Shiller qui a été le premier à populariser cette mesure.

Ce ratio vise à neutraliser la sensibilité que peut présenter le PER réalisé aux bénéfices des 12 derniers mois en comparant le cours à la moyenne des bénéfices sur 10 ans corrigés de l’inflation. Cette technique permet de lisser les fluctuations à court terme des bénéfices.

Lorsque le PER Shiller est élevé, les performances à long terme sont généralement faibles. Son principal bémol est qu’il se révèle être un indicateur parfaitement inutile dans la prédiction des points d’inflexion des marchés. Les États-Unis seraient selon cette mesure surévalués depuis des années, ce qui n’empêche en rien les cours de continuer de grimper.

Cours/valeur comptable

Le multiple cours/valeur comptable sert à comparer le cours d’une action à sa valeur comptable (ou valeur liquidative). Un ratio élevé signifie qu’une entreprise est surévaluée par rapport à la valeur comptable de ses actifs, potentiellement en raison de meilleures perspectives de croissance pour l’avenir.

Un faible ratio suggère que le marché estime l’action à peine au-dessus (voire en-dessous, si le chiffre est inférieur à 1) de sa valeur comptable. Le lien qui y est fait avec la valeur des actifs sous-jacents de l’entreprise explique en partie pourquoi cette approche suscite autant d’intérêt de la part des investisseurs qui s’intéressent avant tout aux valorisations (dits investisseurs « value »).

Cette méthode s'avère néanmoins grandement inefficace pour les entreprises technologiques ou du secteur tertiaire, qui détiennent peu d'actifs physiques. En outre, les différences qui existent entre les normes comptables appliquées dans le monde entier peuvent entrainer d’importantes variations dans le calcul.

Rendement du dividende

Le rendement du dividende, c’est-à-dire le revenu versé aux investisseurs en pourcentage du prix, est un outil efficace dans la prédiction des performances futures. Un faible rendement est généralement synonyme de faibles performances futures.

Néanmoins, bien que cette mesure ait encore une certaine utilité, elle a perdu de l’intérêt ces dernières années.

En effet, les « rachats d'actions » sont aujourd'hui de plus en plus prisés par les entreprises qui souhaitent rendre la trésorerie à leurs actionnaires plutôt que de leur verser des dividendes (le rachat d'actions aide à faire monter le cours de l’action).

Cette tendance s’observe tout particulièrement aux États-Unis bien plus que dans le reste du monde. En outre, elle ne tient pas compte des nombreuses sociétés à forte croissance qui versent un dividende peu élevé, voire n’en versent pas du tout, et qui préfèrent réinvestir la trésorerie disponible en vue de financer leur croissance future.

 

Quelques règles d’ordre général

Les investisseurs doivent se montrer prudents lorsqu’il s'agit de comparer purement l’indicateur de valorisation d’une région à celui d’une autre région. Les normes comptables et configurations des différents marchés impliquent des écarts de valorisations entre les titres (certaines sont systématiquement plus élevées que d'autres).

À titre d’exemple, les valorisations des actions du secteur de la technologie sont plus élevées que celles d'autres industries en raison de leurs perspectives de croissance relativement hautes. Un marché fortement exposé au secteur technologique, tel que le marché américain, affichera des valorisations bien plus élevées qu’un autre (marché européen par exemple). Aussi, l’étude des valorisations des différents marchés implique-t-elle de redistribuer les cartes de manière équitable afin de remédier à ce problème.

Il est par exemple possible d'évaluer si chaque marché est plus ou moins cher par rapport à sa moyenne historique.

Nous l’avons fait dans le tableau ci-dessus pour les indicateurs de valorisation décrits précédemment, mais ces informations ne doivent pas être utilisées ni considérées comme une recommandation d’achat ou de vente. En cas de doute quant à vos investissements, veuillez vous adresser à un conseiller financier.

Enfin, les investisseurs doivent toujours garder à l’esprit que les performances passées et les tendances historiques du marché ne constituent pas un indicateur fiable des performances futures et que leur argent est à risque, comme c’est le cas pour tout investissement.

Réservé exclusivement aux investisseurs et aux conseillers professionnels.

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Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les cours des actions ainsi que le revenu qui en découle peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant qu’ils ont investi.

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