L’Arabie saoudite déclenche une guerre des prix pétroliers
Suite à l'échec des négociations avec la Russie ce week-end sur les quotas de production, l'Arabie saoudite a effectivement déclaré une guerre des prix sur le marché du pétrole.

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Suite à l'échec des négociations avec la Russie ce week-end sur les quotas de production, l'Arabie saoudite a effectivement déclaré une guerre des prix sur le marché du pétrole. Le pays a réduit le prix de vente officiel de 7 à 8 dollars par baril en Europe et aux États-Unis et de 4 à 6 dollars par baril en Asie, la plus forte baisse des prix depuis au moins 2004. En outre, on rapporte localement que l’Arabie saoudite prévoit d’augmenter les exportations de 800 000 barils par jour sur un marché déjà sur-approvisionné.
Cette mesure pourrait coûter au pays environ 120 milliards de dollars, car le prix actuel n'est pas rentable. En fait, les prix actuels du pétrole sont nettement inférieurs aux seuils de rentabilité pour tous les producteurs de l'OPEP. Il est difficile d'envisager que ces prix puissent être maintenus sans réductions importantes des programmes budgétaires, ce qui entraînerait à son tour des troubles importants.
Si les prix du pétrole s'élèvent en moyenne à 35 dollars le baril pour le reste de l'année 2020, les flux de trésorerie annuels des compagnies pétrolières intégrées chuteront de 50 à 60 %. Leurs dividendes ne peuvent pas être maintenus à ce niveau de cours, et bien que nous ne prévoyions pas de coupes dans les dividendes sur le court terme, ces dernières seront inévitables si les prix du brut ne remontent pas. Aucune partie de l'industrie pétrolière ne peut tenir à 30 dollars le baril.
Les compagnies pétrolières cotées qui opèrent dans cet environnement n’ont jamais été aussi fragiles au cours des 20 dernières années. Une partie des investisseurs s’est détourné de ce secteur du fait de préoccupations environnementales, sociales et de gouvernance d'entreprise, qui détournent les capitaux vers le secteur des énergies renouvelables. Les risques qui pèsent sur l'équilibre pétrolier pour les prochains mois dépendent fortement de la demande, et la constitution de stocks importants sera inévitable au cours des prochains mois. Si l'on se projette sur la période 2021-2025, le marché pétrolier est sous-approvisionné et nous aurons besoin que l'OPEP augmente sa production au-delà de sa capacité de réserve actuelle.
Paradoxalement, la façon d'envisager le marché pétrolier est simple. Plus longtemps nous resterons aux prix actuels, plus l'industrie sera privée d'approvisionnement. Le marché se prépare ainsi à une période de resserrement significatif et de prix beaucoup plus élevés, lorsque nous entrerons enfin dans une période de stabilité de la demande et de reconstitution des stocks. Pour atteindre cette stabilité, nous avons besoin que le coronavirus (COVID-19) soit derrière nous, que l'activité industrielle redémarre et que les industries déstockent. À très court terme, il est difficile d'imaginer que cela puisse se produire, mais si nous regardons au-delà du court terme, le potentiel de hausse des prix du pétrole est important.
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