De nombreux investisseurs ne peuvent se passer des filtres négatifs, qui passent les investissements au tamis des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Selon les statistiques de la Global Sustainable Investment Review, plus de 20 % des capitaux investis dans le monde excluent des entreprises impliquées dans des activités controversées, et l’essor des exclusions ESG se poursuit : le total des actifs soumis à des filtres d’exclusion a progressé de 16 % par an au cours des 4 dernières années.
Le filtrage négatif, qui vise des objectifs différents de l’intégration ou de l’engagement, n’est qu’une facette de l’investissement durable. Si l’intégration et l’engagement aident selon nous les investisseurs à obtenir de meilleurs résultats, les politiques d’exclusion reflètent leur choix d’éviter des activités qu’ils estiment inacceptables. Si les décisions de filtrage sont prises séparément des analyses d’investissement, il est crucial de comprendre leur impact sur les objectifs des portefeuilles. En effet, les choix de définition et d’application des exclusions peuvent impacter sérieusement la mise en œuvre de certaines stratégies.
Pour les exclusions courantes (combustibles fossiles, tabac, armement, alcool, jeu ou pornographie), l’impact est très limité sur la performance à long terme. En revanche, il peut être substantiel sur de plus courtes périodes, de manière positive comme négative. Les effets des filtres sur la performance à court terme reflètent leur sensibilité aux facteurs économiques. Sans surprise, une performance robuste du secteur de l’énergie entraînera la sous-performance des fonds excluant les combustibles fossiles. Mais de manière moins évidente, une hausse des rendements obligataires induit une sous-performance des fonds excluant les actions associées au « vice » (tabac, alcool, jeu, pornographie). Un environnement favorable au style croissance sera bénéfique aux portefeuilles excluant les combustibles fossiles, mais pas à ceux excluant les entreprises associées au « vice ». Enfin, dans la mesure où le secteur du tabac verse des dividendes appréciables, les fonds orientés sur la recherche de revenus seront pénalisés par leur exclusion.
Ainsi, les investisseurs ont intérêt, avant d’adopter leur stratégie d’exclusion, à identifier précisément l’impact potentiel des filtres sur la performance à court terme, puis à prendre cet impact en compte au moment d’évaluer leurs gérants.

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