Brexit

Comment nous en sommes arrivés au Brexit (et ce à quoi il faut s’attendre maintenant)

L’équipe ESG de Schroders se penche sur les pressions sociales qui ont conduit le Royaume-Uni à rejeter l’Union européenne, ainsi que les défis et les opportunités qui découlent de ce vote pour les marchés et les entreprises.

28/06/2016

Andrew Howard

Andrew Howard

responsable Recherche développement durable, équipe ESG

En choisissant de quitter l’Union européenne, le Royaume-Uni a déclenché une véritable onde de choc sur les marchés, qui anticipaient de leur côté un statu quo.

La presse regorge de points de vue divers sur les implications de cette décision à court terme au niveau des marchés financiers. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas l’intention d’ajouter une nouvelle opinion parmi tant d’autres ; il y a déjà suffisamment d’indicateurs en rouge sur nos écrans. Comme d’autres, nous nous sommes préparés à la possibilité d’un vote pro-Brexit.

Plutôt que de nous perdre en conjectures sur les prochaines décisions politiques, nous préférons aborder les problèmes de fond qui ont conduit à ce résultat, ainsi que leurs implications pour l’avenir. Ce sont des tendances qui vont bien au-delà du thème de l’appartenance du Royaume-Uni à l’Union européenne, et qui, selon nous, sont encore sous-estimées par les marchés.

Si la presse a eu tôt fait de classer ce vote comme celui d’un rejet de l’immigration ou de la bureaucratie, la liste des raisons invoquées par les électeurs laisse transparaître un certain nombre d’inquiétudes d’ordre plus général. Celles-ci s’apparentent davantage à une motion de défiance envers notre système économique et politique, plutôt qu’un avis limité aux frontières et à la bureaucratie. 

Le vote en faveur du Brexit est le reflet de tensions sociales grandissantes provoquées par les inégalités, la morosité des revenus et le déclin de la sécurité de l’emploi, et plus généralement une insatisfaction à l’égard des systèmes politiques qui ont engendré ces conditions. C’est une tendance générale que l’on constate aussi bien dans les élections présidentielles américaines que dans les manifestations qui se sont produites à Hong Kong ou au Brésil avec la destitution de la Présidente.

C’est une tendance qui se traduit par un déficit de confiance continu envers les institutions politiques des grandes économies mondiales : les enquêtes Eurobaromètre révèlent que la confiance vis-à-vis des gouvernements dans l’UE a diminué d’un tiers depuis le milieu des années 2000. Le cabinet de conseil économique et social EKOS évoque même un recul encore plus important aux États-Unis, où le pourcentage de personnes exprimant leur confiance envers la politique de leur gouvernement est passé de plus de 70 % dans les années 60 à moins de 20 % récemment.

Nous sommes donc face à une accumulation de tensions qui devraient donner lieu à d’autres « surprises » politiques. Nous examinerons ici trois tendances qui, selon nous, entretiennent ces tensions, puis nous analyserons leurs conséquences pour les entreprises et les investisseurs.

Des politiques plus protectionnistes et moins tournées vers l’extérieur

La mondialisation est un thème qui domine la sphère politique depuis plusieurs dizaines d’années dans les pays émergents et développés, et d’une manière générale, c’est une tendance très positive : la croissance du commerce international a été plus de deux fois supérieure à celle du PIB mondial ces 30 dernières années, les flux migratoires ont augmenté de 40 % depuis le début du siècle et la part des stocks d’investissements directs étrangers dans le PIB mondial est aujourd’hui trois fois plus grande qu’il y a 20 ans. 

Les politiques, qui globalement ont atteint leurs objectifs, ont également accentué les tensions sociales au niveau national. Les économies se mondialisent, tandis que les sociétés conservent une dimension locale. Malgré son impact positif sur la croissance dans son ensemble, la mondialisation va si vite que beaucoup de personnes n’ont pas le temps de s’adapter. Par conséquent, même si à l’échelle de la planète les revenus progressent et les inégalités diminuent, c’est le contraire qui se produit dans la plupart des pays, avec pour corollaire une hausse des tensions sociales, car les individus considèrent (et sous certains aspects à juste titre) que la mondialisation est la source de tous leurs maux, et recherchent des solutions pour s’en protéger.

Et même si le protectionnisme n’est sûrement pas une solution appropriée étant donné le degré de perméabilité entre les économies et les sociétés (il est pratiquement impossible de démêler les « bonnes choses » des « mauvaises »), les partis politiques qui proposent cette approche devraient très certainement trouver un écho favorable. 

Les multinationales doivent se concentrer sur leur présence au niveau local

On définit toujours les sociétés d’un point de vue local, et d’ailleurs les multinationales qui réussissent le mieux sont celles qui ont défini des stratégies judicieuses à petite échelle. Les entreprises qui cherchent à comprendre l’environnement dans lequel elles évoluent pour ajuster leur approche seront en effet plus à même de répondre aux diverses aspirations des clients mais aussi des employés, des régulateurs et d’autres parties prenantes sur leurs marchés.

Les entreprises présentes dans des secteurs plus mondialisés seront généralement confrontées à des défis (et des opportunités) plus importants pour s’adapter à des besoins et des réglementations qui nécessitent des stratégies distinctes. Le graphique ci-dessous représente la part des revenus que génèrent les entreprises européennes en-dehors de leur marché principal, dans chaque secteur, sur la base de la répartition géographique des ventes dans leurs publications. Les entreprises situées à gauche du graphique ont tendance à opérer sur un plus grand nombre de marchés. 

Plus d’instabilité sociale et politique

Désabusés, les individus cherchent des alternatives, le changement leur semblant désormais préférable au statu quo. Ce n’est pas une tendance qui se limite aux partis d’extrême-droite ou gauche : le constat se généralise dans tout l’éventail des sensibilités politiques. Des mouvements tels que Occupy font souvent les manchettes, mais la hausse des taux de participation électorale depuis dix ans est un courant beaucoup plus puissant. 

Comme nous pensons qu’il n’existe pas de solution unique aux problèmes des électeurs, les espoirs vont probablement passer d’un parti à l’autre et risquent d’entraîner des changements soudains au niveau des tendances politiques.

Deux mots-clés : flexibilité et adaptabilité

Une stratégie d’entreprise efficace consiste désormais moins à prévoir l’avenir et définir une approche appropriée qu’à préparer son organisation pour résister à des changements inattendus. La culture, la supervision, la structure et les incitations sont des forces plus précieuses et plus durables que des capacités de prévision ou le sens des affaires. La gouvernance d’entreprise est un aspect important de cette flexibilité, car elle montre dans quelle mesure dirigeants et employés sont prêts à impliquer les parties prenantes pour identifier des pressions au niveau local.

Les entreprises opérant dans des secteurs habitués à évoluer et dans lesquels la gouvernance est généralement plus robuste devraient donc être mieux préparées pour relever le défi de la réglementation (plus abondante), des pressions politiques et des aspirations sociales. Au contraire, celles qui sont moins en phase avec le changement seront peut-être moins prêtes, en particulier si leur gouvernance laisse à désirer. 

Plus de pressions pour une meilleure redistribution des revenus de l’économie

L’inquiétude qui caractérise notre époque est largement due au fait que la plupart des individus n’ont pas bénéficié de la mondialisation et de l’essor économique mondial de ces dernières décennies. Aux États-Unis, les revenus moyens n’ont pas progressé depuis le milieu des années 90, si l’on prend en compte l’inflation, et depuis la crise financière, le niveau de vie du travailleur moyen dans les pays de l’OCDE a reculé de 5 à 10 %. À côté de cela, ceux qui détiennent des actifs financiers ont vu ces derniers s’apprécier grâce aux politiques d’assouplissement quantitatif, et on ne compte plus les articles à propos de la rémunération des patrons et de la richesse des entreprises.

Perception confirmée par les chiffres : la part des bénéfices des entreprises dans le PIB mondial est en hausse depuis plusieurs dizaines d’années, au détriment de celle des salaires, et la rémunération des dirigeants continue de progresser beaucoup plus vite que celles de leurs employés. Selon nous, les forces vont désormais se rééquilibrer en faveur des travailleurs. La confiance envers les grandes entreprises est en chute libre, une tendance accentuée par la crise financière. Les populations attendent clairement de leurs gouvernements qu’ils régulent la distribution des revenus. 

Les gouvernements, quant à eux, accentuent la pression sociale car ils sont maintenant dans l’incapacité de soutenir financièrement les travailleurs dont les salaires ne suffisent plus. Un embarras évident lorsque l’on observe les mesures sociales et politiques prises au niveau des salaires minimum, de l’évasion fiscale, des réformes des retraites et systèmes de santé et d’autres « subventions » prodiguées par l’État.

Investir dans le renforcement des relations avec les parties prenantes

Pour les entreprises, la clé du succès à long terme va résider dans leur aptitude à attirer des collaborateurs talentueux, à impliquer leurs clients, à bien gérer leurs chaînes d’approvisionnement et à construire des relations solides avec l’ensemble des parties prenantes à leur activité. Elles devront s’assurer que ces parties prenantes (et en particulier les employés) bénéficient de ces relations au travers de rémunérations appropriées et de conditions de travail convenables, car elles pourront ainsi mieux résister aux pressions grandissantes sans compromettre leurs marges par opposition aux entreprises qui continueront de considérer l’engagement des parties prenantes comme une concession sur la rentabilité.

De façon générale, les entreprises qui opèrent dans des secteurs où les salaires sont plus bas feront face à des pressions plus importantes, et celles qui ont des marges opérationnelles faibles disposeront d’une de marge de manœuvre réduite. En effet, une augmentation des salaires à travers tout un secteur entraînera une hausse des prix et n’affectera donc pas la rentabilité globale ; en revanche, on pourrait assister à un important transfert de potentiel de valeur entre les entreprises qui s’appuient sur des rémunérations faibles et les autres. 

Les entreprises les plus fortes s’attaqueront aux causes plutôt qu’aux symptômes

Toutes les entreprises connaîtront plus ou moins de difficultés juste après le vote pro-Brexit, mais celles qui prendront conscience des tendances qui ont conduit à ce vote et qui s’y adapteront auront beaucoup plus de chance de s’en sortir sur le long terme. Même si l’ensemble des défis et des opportunités sera certainement plus complexe et varié, nous avons isolé trois tendances :

  • Des politiques plus protectionnistes et moins tournées vers l’extérieur : les multinationales doivent se concentrer sur leur présence au niveau local
  • Davantage d’instabilité sur les plans politique et social. Deux mots-clés : flexibilité et adaptabilité
  • Plus de pressions pour une meilleure redistribution des revenus de l’économie : investir dans le renforcement des relations avec les parties prenantes

Si ce genre de considérations trouvent généralement plus d’écho dans le monde de l’entreprise que sur les marchés financiers, il n’en reste pas moins que toutes les entreprises ne les abordent pas de la même manière et offrent ainsi des opportunités pour les investisseurs qui comprennent ces tendances. 

Il nous faut des outils plus adaptés

Du point de vue de l’investissement, l’une des choses mises en évidence par le vote pro-Brexit est la nécessité croissante de changer de modèles et d’outils. Les fondamentaux des marchés sont constants : sur le long terme, la performance des actions est dictée par les bénéfices, et sur le court terme, les fluctuations du sentiment et des multiples de valorisation font dévier les cours de leur tendance à long terme.

Cependant, les marchés considèrent ces questions dans une perspective qui tend à partir du principe que les conditions extérieures ne changent jamais, ce que l’actualité dément de plus en plus. Le secteur de l’investissement établit des modèles de bénéfices à court terme fondés sur l’analyse des transactions actuelles, des tendances récentes des marchés et des prévisions économiques à moyen terme, puis il compare le résultat aux cours de Bourse et prend ensuite des décisions en fonction de l’attrait relatif de chaque entreprise. Or l’impact des pressions sociales n’est pas pris en compte dans ce modèle, même si beaucoup de gens reconnaissent leur existence et leur importance.

Il nous semble donc évident que nous devons changer d’outils. Chez Schroders, nous cherchons à créer des modèles et des outils d’analyse qui reflètent l’aptitude des entreprises à s’adapter à l’évolution des tendances environnementales et sociales. Cela signifie que nous étudions les entreprises et l’impact que les tendances sociales ont sur leurs business models, leur compétitivité et leur rentabilité. Nous cherchons à savoir comment les entreprises sont dirigées, et pas seulement combien elles gagnent. Cela signifie que nous pensons l’investissement en termes d’entreprises, pas de symboles. 

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