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Changement de régime : l'accélération de la réponse au changement climatique

Un nouveau régime en matière de politiques et de comportement des marchés est à l’origine des mesures prises pour lutter contre le réchauffement planétaire incontrôlé. Les problèmes de sécurité énergétique mis en évidence par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en sont peut-être la preuve la plus évidente, et ils rendent les efforts de transition vers des économies vertes d’autant plus urgents.

19/04/2023
Regime shift
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8 pages

Authors

Irene Lauro
Economiste

Il est probable que les pays accélèrent rapidement la décarbonation de la production d’électricité, car les émissions doivent diminuer de plus de 40 % au cours des sept prochaines années ; c’est une étape intermédiaire essentielle vers l’objectif de « zéro émission nette » d’ici à 2050. La transition vers le zéro émission nette représente une nouvelle tendance structurelle majeure pour l’économie mondiale, car il nécessitera un changement radical du système énergétique et d’autres secteurs clés de l’économie. Cette note examine les mesures politiques que les gouvernements sont susceptibles de mettre en œuvre pour encourager le passage au zéro émission nette et leurs implications macroéconomiques.

La transition énergétique devrait engendrer une montée des pressions inflationnistes à moyen terme, alors que l’on s’attend également à une dégradation des perspectives de croissance. En outre, la note souligne que les investissements dans les technologies clés sont en hausse, l’innovation étant appelée à devenir une autre force importante qui bousculera l’économie mondiale. Ces changements soutiendront l’activité sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’énergie durable, créant ainsi de nombreuses opportunités pour les investisseurs, alors que les technologies de l’énergie verte poursuivront leur expansion. De manière plus générale, ces changements sont un autre aspect d’un nouveau régime de pénuries du côté de l’offre et d’augmentations de prix plus fréquentes.

La réponse au changement climatique devrait s’accélérer à mesure que les gouvernements seront confrontés à des risques physiques croissants

Dans la perspective de l’adoption, en 2015, de l’Accord de Paris sur le climat, les gouvernements ont été invités à présenter leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) et leurs actions visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).

Les CDN sont nécessaires pour atteindre l’objectif de limiter la hausse des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels et représentent notre meilleure chance d’empêcher un changement climatique dévastateur. Il est encourageant de constater qu’au cours des dernières années, le nombre de pays s’engageant à atteindre l’objectif de zéro émission nette de GES d’ici à 2050 a considérablement augmenté.

Plus de 40 pays ainsi que l’Union européenne (UE), qui représentent ensemble environ 70 % des émissions mondiales de CO2, ont fait de telles promesses (graphique 1). Cependant, moins d’un quart de ces pays ont rendu ces engagements juridiquement contraignants, et les politiques actuelles en matière d’émissions de GES sont insuffisantes si le monde veut éviter les effets les plus néfastes du changement climatique.

Cette année, la COP28, qui se tiendra aux Émirats arabes unis, mettra l’accent sur les engagements pris jusqu’à présent, car elle comprendra un « bilan mondial ». Les politiques climatiques seront passées au crible, ce processus étant le premier bilan officiel de l’Accord de Paris, évaluant si chaque partie fait des progrès suffisants vers le zéro émission nette.

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Nous commençons à voir davantage d’actions pour lutter contre le changement climatique. Au cours des trois dernières années, les États-Unis ont réintégré l’accord de Paris et la Chine s’est engagée à atteindre un objectif de zéro émission nette d’ici 2060. La réponse au changement climatique devrait s’accélérer à mesure que les gouvernements feront face aux risques croissants de dommages physiques résultant d’un changement climatique non maîtrisé. Il semble que les décideurs politiques des principales économies occidentales s’accordent de plus en plus à dire qu’une réglementation plus stricte (soit des lois qui introduisent des subventions vertes pour encourager certains comportements, soit une tarification du carbone pour les imposer) est nécessaire pour forcer le changement.

Une évolution de la législation sur le climat, récemment observée avec de nouvelles politiques industrielles majeures dans l’UE et aux États-Unis imposant des investissements dans les technologies vertes, contribuera à transformer les politiques climatiques en actions concrètes.

Pour des raisons politiques, les États-Unis ont toujours évité les taxes sur le carbone et ont choisi les subventions vertes comme approche privilégiée pour encourager l’évolution vers le zéro émission nette. En revanche, les pays européens ont encouragé la décarbonation de leurs économies par la mise en place d’une tarification du carbone depuis le début des années 2000.

Jusqu’à présent, l’UE a joué un rôle de premier plan en matière d’action et de réglementation dans le domaine du climat. L’Union européenne a l’un des prix du carbone les plus élevés au monde et s’apprête à mettre en œuvre la première taxe frontalière sur le carbone. Les inquiétudes concernant la sécurité énergétique suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie ont également accéléré la volonté de changement rapide, en particulier au sein de l’UE. Toutefois, de nombreux obstacles politiques subsistent, notamment le rééquilibrage des forces géopolitiques depuis la guerre. Un nouvel ordre mondial est en train d’émerger (que nous explorerons dans la troisième partie de la série sur le changement de régime), avec les principaux émetteurs des économies émergentes d’un côté, et les États-Unis ainsi que l’UE de l’autre.

Les investissements dans les technologies vertes sont-ils motivés par la carotte et le bâton ?

La décarbonation représente un changement structurel majeur qui devrait s’accélérer dans les années à venir. Pour parvenir au zéro émission nette, il faut modifier radicalement le bouquet énergétique. La tarification du carbone, sous la forme d’un système de plafonnement et d’échange, tel que le système communautaire d’échange de quotas d’émission (SCEQE), ou d’une taxe sur le carbone, est communément considérée comme la principale approche politique nécessaire pour résoudre le problème du climat. En internalisant les coûts de l’impact négatif sur la santé, sur l’environnement et pour les générations futures, le prix du carbone incite fortement à réduire la consommation de combustibles fossiles et, à terme, à atteindre le zéro émission nette.

La tarification du carbone peut corriger efficacement la défaillance du marché créée par l’externalité environnementale, c’est-à-dire le fait qu’un bien (ou un service) commercialisé cause des dommages environnementaux qui ne sont pas répercutés sur son prix.

Mettre un prix sur la pollution encourage les producteurs et les consommateurs à passer d’un équilibre sous-optimal, où il y a défaillance du marché, à une allocation efficace des ressources, où le prix d’équilibre prend en compte cette externalité. Le fait que le carbone ait un prix fournit un signal économique aux émetteurs de GES et leur permet de décider soit de transformer leurs activités et de réduire leurs émissions, soit de continuer à émettre et de payer pour leurs émissions. En rendant les émissions plus chères que les sources propres, la tarification du carbone permet non seulement de réduire la demande d’énergie de source fossile, mais aussi d’encourager les investissements des entreprises dans les énergies renouvelables et les technologies sobres en carbone, tout en améliorant l’efficacité énergétique.

Cette innovation motivée par le prix représente l’approche du bâton pour l’atténuation du changement climatique. L’autre solution, la carotte, consiste à encourager l’innovation par des subventions vertes. C’est, par exemple, ce que l’on observe dans des pays comme les États-Unis, qui mettent l’accent sur l’augmentation de l’offre d’énergies renouvelables par le biais de financements publics. Toutefois, de nombreux économistes considèrent que cette solution est coûteuse et qu’elle ne constitue qu’une option de second choix. En effet, les subventions publiques peuvent entraîner une surcapacité tout en pesant sur les finances publiques.

En revanche, les systèmes de tarification du carbone peuvent constituer une importante source de revenus, que les gouvernements peuvent réinjecter dans l’économie. Cela peut se faire sous la forme de paiements forfaitaires aux ménages ou, indirectement, en utilisant les recettes supplémentaires pour réduire le déficit public. Cette dernière solution permettrait de réduire d’autres taxes dans l’économie ou de libérer des fonds pour investir dans le développement économique.

La transition énergétique risque d’être coûteuse, car les coûts d’investissement et d’innovation devraient augmenter avec le passage à une économie verte. Comme nous le verrons plus en détail ci-dessous, une tarification plus stricte du carbone aura un effet inflationniste pendant au moins la prochaine décennie, en raison de la forte dépendance à l’égard des combustibles fossiles. C’est ce que les banques centrales appellent la « fossilflation ».

Il y aura également un autre élément d’inflation - la « greenflation » - en raison des pénuries de minéraux et de métaux essentiels. Combinées à une tarification élevée du carbone, ces pénuries sont susceptibles d’augmenter les coûts de production, ce qui entraînerait une hausse des prix et une baisse de la demande, avec pour conséquence inévitable une diminution de la production économique globale. Cela signifie que l’atténuation du changement climatique aura un impact négatif sur la croissance du PIB mondial, sauf dans les scénarios les plus optimistes.

Il est possible que les avancées rapides dans les technologies vertes compensent le plus gros de ces pertes de productivité, mais vraisemblablement pas dans les dix prochaines années. Les gains de productivité attendus dans les énergies renouvelables marqueront peut-être la prochaine ère, mais dans le régime actuel qui nous intéresse, les conséquences stagflationnistes de la transition risquent d’inciter les banques centrales à maintenir une politique monétaire plus stricte que par le passé. Cette évolution est tout à fait conforme aux tendances mises en évidence dans la première partie de la série (voir Changement de régime : les banques centrales privilégieront la maîtrise de l’inflation par rapport à la croissance (uniquement en anglais)).

Leaders et retardataires en matière de tarification du carbone

En utilisant les données de la Banque mondiale sur la tarification du carbone et les émissions couvertes, nous avons calculé un prix moyen pondéré en fonction des émissions. Il s’agit de tenir compte du fait que toutes les juridictions ne disposent pas d’une politique couvrant la même quantité d’émissions.

Notre analyse du prix effectif du carbone montre que des pays comme la Norvège, la Suède, la Suisse et l’UE dans son ensemble sont en tête en termes d’action climatique, ce qui reflète la forte ambition du continent de lutter contre le réchauffement climatique (graphique 2). Les pays émergents comme la Chine, l’Afrique du Sud et le Mexique ont un prix du carbone beaucoup plus bas, ce qui suggère que les risques de transition restent élevés pour ces marchés. Ces risques sont encore plus importants pour certains grands pays pollueurs comme l’Australie et l’Inde, qui n’ont pas encore commencé à internaliser le coût des émissions dans leur économie.

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L’impact inflationniste d’une réglementation climatique plus stricte

La décarbonation et la transition vers une économie plus durable risquent de se traduire par une tendance très inflationniste, au moins au cours de la prochaine décennie. En effet, le coût actuel des émissions est trop faible, le prix moyen du carbone étant d’environ 6 dollars par tonne de dioxyde de carbone (tCO2), ce qui est bien inférieur aux 200 dollars/tCO2 nécessaires d’ici à 2030 pour encourager le passage à une consommation nette neutre en carbone et atteindre l’objectif de 1,5 °C fixé à Paris.

Compte tenu du large recours aux combustibles fossiles pour la production d’énergie, une tarification plus élevée du carbone aura probablement un impact important sur les prix de l’énergie et de l’électricité, en particulier dans les premières phases de la transition énergétique.

Afin de comprendre les conséquences sur l’inflation d’une tarification du carbone plus agressive, nous avons envisagé trois scénarios différents : zéro émission nette, zéro émission nette avec innovation et transition retardée. Notre analyse révèle qu’avec une adoption plus forte des taxes sur le carbone, les pressions inflationnistes augmenteront globalement dans tous nos scénarios par rapport aux mesures existantes, qui sont reflétées dans notre scénario « Politiques actuelles ».

Les prix du carbone utilisés dans notre analyse correspondent étroitement à ceux des scénarios correspondants du Network for Greening the Financial System (NGFS), un groupe de 116 banques centrales et autorités de surveillance qui travaillent ensemble pour renforcer le rôle du système financier dans la gestion des risques et la mobilisation de capitaux pour des investissements verts et à faible intensité de carbone.

Le NGFS utilise des modèles d’évaluation intégrée qui calculent les prix optimaux pour un degré donné d’atténuation tout en ménageant au maximum chaque économie. Le modèle du NGFS suggère qu’un prix mondial du carbone d’environ 200 $/tCO2 est nécessaire d’ici 2030 pour encourager une transition vers le zéro émission nette.

Dans le cas de la transition retardée, le monde se retrouve avec des politiques plus strictes à partir de 2040, car des incitations plus fortes seront nécessaires pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2 °C, ce qui met en évidence les risques associés à l’absence d’action rapide de la part des gouvernements.

Seul notre scénario « zéro émission nette avec innovation » tient compte des avantages économiques plus larges associés à une plus grande innovation. Le scénario « zéro émission nette avec innovation » tient également compte d’un plus grand nombre d’investissements verts émanant du secteur privé. Les prix du carbone sont inférieurs à ceux du scénario « zéro émission nette », car on suppose que les bénéfices de la recherche et du développement (R&D) font baisser le coût marginal de la réduction des émissions. Cela signifie que dans ce scénario, les taxes sur le carbone n’ont pas besoin d’augmenter autant pour obtenir le même degré de changement de préférence.

À mesure que les pays décarbonent leur production d’énergie et abandonnent les produits taxés, l’inflation commencera à diminuer en 2030 dans le cadre d’une transition ordonnée, pour revenir à son niveau de référence d’ici à 2050. L’inflation dans le cadre du scénario « zéro émission nette avec innovation » reviendra plus rapidement à son niveau de référence en raison d’une productivité plus élevée et d’une tarification du carbone moins sévère.

Dans le cas de la transition retardée, l’inflation commencera à augmenter à partir de 2030 et restera supérieure au niveau de référence à long terme en raison de l’augmentation continue de la pression fiscale. C’est pourquoi une transition désordonnée devrait être plus inflationniste qu’un passage progressif à la neutralité carbone.

Il est également important de noter que notre analyse suggère que l’impact sur la croissance des prix ne sera pas homogène d’un pays à l’autre, comme le montre le graphique 3. La Russie et l’Afrique du Sud devraient connaître les pressions sur les prix les plus fortes, tandis que la hausse de l’inflation sera plus modeste en Europe et au Royaume-Uni.

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L’impact de la tarification du carbone dans le monde entier dépendra de divers facteurs propres à chaque pays. Tout d’abord, le niveau des taxes sur le carbone est un facteur déterminant de l’évolution des prix de l’énergie. Les prix du carbone seront beaucoup plus élevés sur les marchés développés que sur les marchés émergents. Le bouquet énergétique est un autre facteur clé qui explique les différences d’impact inflationniste d’un pays à l’autre. Les pays qui dépendent actuellement davantage des combustibles fossiles pour leur production d’énergie seront plus exposés aux taxes sur le carbone, car une part plus importante de combustibles fossiles renforce la répercussion sur les prix.

L’augmentation des prix de l’énergie dépend aussi étroitement de la teneur en carbone des combustibles fossiles utilisés. En effet, le charbon a une intensité carbonique beaucoup plus élevée que le pétrole et surtout le gaz. Cela signifie que pour un même montant de taxe, les prix du charbon augmenteront davantage que ceux des autres combustibles fossiles. Il est donc important d’examiner non seulement la quantité de combustibles fossiles utilisés dans la production d’énergie, mais aussi la teneur en carbone de chaque source. Les marchés émergents dépendent fortement de sources d’énergie plus polluantes. L’Afrique du Sud est en tête, le charbon représentant plus de 60 % de sa demande énergétique, suivie par la Chine et l’Inde.

La pénurie de minéraux essentiels accentuera les pressions inflationnistes

Les technologies d’énergie propre, notamment les éoliennes, les panneaux solaires et les véhicules électriques, sont très gourmandes en minéraux. Par exemple, une centrale éolienne en mer nécessite environ 13 fois plus de ressources minérales qu’une centrale au gaz et un véhicule électrique nécessite six fois plus de ressources minérales qu’une voiture conventionnelle. Cela signifie que la demande de minéraux et de métaux clés va exploser au cours des deux prochaines décennies et que l’offre ne sera pas en mesure de répondre à la demande.

Le FMI a comparé les projections de l’offre et de la demande de métaux pour les 30 prochaines années en supposant que les émissions nettes de gaz à effet de serre soient nulles (sur la base de l’analyse du scénario zéro émission nette de l’Agence internationale de l’énergie). Il a constaté une pénurie d’approvisionnements de plus de 50 % pour le graphite, le cobalt, le nickel et le lithium (graphique 4).

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Ce déséquilibre entre l’offre et la demande entraînera une hausse des prix de ces métaux clés et mettra en évidence les difficultés d’accès à ces derniers. Ce sont en partie ces vulnérabilités qui poussent les gouvernements occidentaux à intervenir directement pour accroître les capacités de fabrication de technologies vertes.

Une nouvelle initiative de tarification du carbone

Les grandes disparités des prix du carbone d’un pays à l’autre suscitent des inquiétudes quant aux « fuites de carbone » et renforcent l’intérêt pour les taxes frontalières sur le carbone. La fuite de carbone se produit lorsque les contrôles des émissions au niveau national incitent à déplacer la production à forte intensité de carbone vers des pays moins réglementés.

L’UE joue un rôle de premier plan dans ce domaine avec une nouvelle initiative : le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » (MACF).

À la fin de l’année dernière, les membres du Parlement européen sont parvenus à un accord avec les gouvernements de l’UE pour réduire le risque de fuite de carbone. Le MACF est la première taxe au monde à cibler le contenu en carbone des produits importés ; il est appelé à devenir un pilier essentiel de la politique européenne en matière de climat. Il est spécifiquement conçu pour garantir que les efforts de l’UE en matière de réduction des émissions ne soient pas compensés par des émissions plus importantes en dehors de ses frontières, du fait de la délocalisation de la production vers des pays où les prix du carbone sont inférieurs à ceux de l’UE.

Dans un premier temps, le MACF ne s’appliquera qu’aux industries à forte intensité de carbone, notamment le fer et l’acier, les engrais, l’aluminium, la production d’électricité et le ciment. Il entrera en vigueur le 1er octobre 2023, mais avec une période de transition au cours de laquelle l’importateur sera seulement soumis à une obligation déclarative. À partir de 2026, les importateurs devront acheter des certificats MACF en fonction de l’intensité carbone des marchandises qu’ils importent.

Notre analyse montre que les effets du MACF seront concentrés sur un nombre restreint de partenaires commerciaux de l’UE. En particulier, le graphique 5 montre que la Russie et la Chine seront probablement fortement touchées par l’introduction du MACF en raison de leurs importantes exportations de fer, d’acier et d’aluminium.

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L’Inde et la Chine se sont opposées au MACF de l’UE, compromettant les espoirs de voir leurs décideurs politiques discuter de l’établissement d’un prix du carbone dans ces pays. Ils assimilent le mécanisme à du protectionnisme voilé. Les efforts multilatéraux concrets visant à prendre la tête de la décarbonation de l’économie mondiale, tels que le MACF, seront certainement mis à l’épreuve dans le cadre d’un nouvel ordre mondial.

Le MACF aura d’importantes répercussions sur le commerce international, car il pourrait encourager les partenaires commerciaux à décarboner leurs processus de production. Il obligera probablement les décideurs politiques à envisager l’établissement d’un prix du carbone dans les pays où il n’existe actuellement aucun mécanisme de fixation du prix des émissions nationales, comme aux États-Unis. Il pourrait également inciter d’autres pays à instaurer leur propre taxe carbone aux frontières. Le Canada et le Royaume-Uni, par exemple, ont commencé à l’envisager.

La transition vers les technologies vertes stimulera les investissements dans l’innovation

Alors que ces changements politiques devraient exercer une pression à la hausse sur l’inflation et peser sur la croissance économique, il y a une autre force en jeu, susceptible d’atténuer cette issue stagflationniste. L’investissement dans la technologie et l’innovation est un élément clé pour atteindre l’objectif « zéro émission nette ». La transition vers la neutralité carbone ne se limite pas à la fixation du prix du carbone et à une réglementation plus stricte en matière de climat ; elle entraînera également une augmentation des investissements dans les technologies vertes au cours de la prochaine décennie. En effet, les innovations technologiques sont essentielles pour parvenir aux réductions d’émissions nécessaires pour lutter contre le réchauffement climatique.

Les investissements dans les technologies vertes sont déjà en train de s’accélérer. Les investissements dans la chaîne de valeur durable ont doublé depuis la signature de l’accord de Paris en 2015, passant de 650 milliards de dollars à 1 300 milliards de dollars en 2022. Les investissements dans les transports électrifiés ont connu la plus forte croissance au cours de cette période, à un rythme moyen de 60 % par an, mais les énergies renouvelables restent en tête, elles attirent chaque année le plus de capitaux.

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Les investissements dans les énergies propres vont augmenter, ce qui devrait stimuler l’activité sur l’ensemble de la chaîne de valeur, créant ainsi d’importantes opportunités pour les investisseurs. Les entreprises de ces segments particuliers capteront ce capital et le convertiront en une nouvelle croissance des bénéfices et des flux de trésorerie.

Les entreprises qui investissent dans des technologies telles que le captage et le stockage du carbone, les nouvelles infrastructures de transport, les réseaux intelligents et l’hydrogène durable sont toutes susceptibles d’être ciblées par les investisseurs. Le passage à une consommation à zéro émission nette ne consiste pas seulement à abandonner les combustibles fossiles, mais aussi à électrifier l’énergie et à développer et étendre de nouvelles technologies qui permettent une utilisation plus efficace de l’énergie, comme les pompes à chaleur au lieu des chaudières à gaz pour chauffer nos bâtiments.

Du côté de l’offre, des incitations à la R&D, sous forme de subventions et de crédits d’impôt, seront nécessaires pour réduire le coût de l’innovation ; elles vont jouer un rôle primordial pour faciliter le développement de ces nouvelles technologies.

Comme nous l’avons déjà mentionné, une plus grande innovation contribuera à stimuler la productivité, ce qui compensera en partie l’impact inflationniste de l’augmentation des prix du carbone. Toutefois, il est important de souligner que ces avantages en termes d’atténuation de l’inflation grâce à l’augmentation des investissements ne commenceront à se faire sentir qu’après 2030.

En résumé, l’évolution technologique stimulera la croissance économique tout en réduisant l’inflation à long terme. En effet, si le déploiement des nouvelles technologies est couronné de succès, les taxes sur le carbone n’auront pas besoin d’augmenter autant qu’elles le devront autrement. Par exemple, s’il est possible de capter davantage d’émissions à leur point de rejet, puis de les stocker, par exemple en les réinjectant dans des gisements de pétrole et de gaz épuisés, il ne sera peut-être pas nécessaire d’opérer un changement de comportement aussi radical. En somme, la technologie fera baisser le coût marginal de la réduction des émissions, tout en créant d’importantes opportunités d’investissement.

Résumé et conclusion

  • La réponse au changement climatique s’est accélérée ces dernières années, mais nous pensons que ce n’est pas fini, car les économies continuent d’être confrontées à des préjudices physiques plus importants en raison de l’augmentation des températures.
  • En particulier, nous nous attendons à ce que les prix du carbone commencent à augmenter dans de nombreuses économies afin d’internaliser les coûts des émissions de carbone. D’autres mesures politiques, telles que les MACF, deviendront également un élément clé du nouvel ordre mondial.
  • Dans tous les scénarios, sauf le plus optimiste, où les progrès rapides des technologies vertes compensent les principales pertes de productivité, où les taxes élevées sur le carbone découragent la production et réduisent la production économique globale, l’atténuation des changements climatiques aura un impact négatif sur la croissance mondiale.
  • L’augmentation des taxes sur le carbone va faire grimper les prix de l’énergie et entraîner une hausse de l’inflation dans toutes les grandes économies. La fossilflation, c’est-à-dire la croissance plus forte des prix due à la hausse de la tarification du carbone, sera plus marquée au début de la transition énergétique, car les économies seront encore fortement dépendantes des combustibles fossiles comme sources d’énergie. Les pressions inflationnistes proviendront également d’une pénurie de minéraux et de métaux essentiels.
  • L’UE et les États-Unis s’apprêtent à favoriser des chaînes d’approvisionnement plus locales pour les technologies vertes afin de mener à bien leurs transitions énergétiques. Ils semblent susceptibles de coopérer à l’écologisation de leurs économies et d’accepter les risques de stagflation liés aux changements nécessaires pour atteindre le niveau zéro.
  • L’innovation sera une autre force clé qui bousculera l’économie mondiale. Les progrès technologiques sont nécessaires pour parvenir à des réductions importantes des émissions, et les gouvernements sont susceptibles de soutenir davantage les dépenses de recherche et de développement.
  • Les investissements dans la chaîne de valeur de l’énergie durable ont déjà fortement augmenté depuis l’accord de Paris et ces secteurs clés affichent toujours de bonnes perspectives d’augmentation des flux de capitaux. Les entreprises de transition énergétique qui déploieront le mieux ces capitaux devraient générer une croissance significative de leurs capitaux propres, créant ainsi de belles opportunités pour les investisseurs.

Pour en savoir plus sur les implications économiques et commerciales du changement de régime, consultez le site : www.schroders.com/regimeshift.

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