Pourquoi la lutte contre les inégalités des genres est essentielle pour une véritable inclusion financière

L'inégalité des genres freine l'esprit d'entreprise et étouffe la croissance économique. Mais en cette semaine de la Journée internationale des femmes, les investisseurs pourraient être surpris de voir à quel point ils peuvent contribuer à favoriser l'inclusion financière pour tous.

09/03/2023
Woman pays for goods

Authors

Valerie Harrington
Fund Manager, Blue Orchard

L'inclusion financière - à savoir l’accès à des services financiers appropriés, abordables et bien réglementés - constitue un pilier fondamental du développement économique et social. Intégrée dans les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies, elle aide également à atteindre de nombreuses autres cibles, parmi lesquelles l'élimination de la pauvreté et l'égalité entre les hommes et les femmes.

L'inclusion financière a beau être essentielle, 1,4 milliard d'adultes dans le monde restent totalement non bancarisés, dont une majorité de femmes, de pauvres et de personnes peu éduquées, selon l'indice Global Findex de la Banque mondiale (2021).

L'inégalité entre les sexes est un problème mondial, mais qui est surtout visible dans les pays émergents et frontières. L'égalité des chances crée des économies plus résilientes, capables de résister et de se remettre plus rapidement des crises.

En cette semaine de la Journée internationale des femmes (8 mars), les investisseurs pourraient être surpris de voir à quel point ils peuvent directement contribuer à combler le fossé entre les hommes et les femmes et à favoriser l'égalité.

Pourquoi les considérations de genre sont-elles toujours pertinentes en 2023 ?

L'investissement sensible au genre (« gender smart ») a pris encore plus de sens après la crise du Covid-19, étant donné l’effet disproportionné que celle-ci a eu sur les femmes. Selon le Forum économique mondial, deux fois plus de femmes ont perdu leur emploi dans le monde (64 millions) pendant la pandémie. En 2021, les Nations unies ont estimé que pour 100 hommes âgés de 25 à 34 ans vivant dans l'extrême pauvreté, il y avait 118 femmes.

Au total, 435 millions de femmes et de filles devraient vivre dans l'extrême pauvreté et l’écart devrait encore se creuser. Des estimations montrent également que 80 % des personnes déplacées à cause du changement climatique sont des femmes (Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 2016).

Au rythme actuel, il faudra 132 ans pour atteindre l'égalité entre les femmes et les hommes, selon le rapport du Forum économique mondial sur les inégalités femmes-hommes dans le monde, qui examine les inégalités dans quatre domaines, à savoir la participation et les opportunités économiques, le niveau d’instruction, la santé et la survie et l'autonomisation politique. Et comme on peut s’y attendre, la route sera encore bien plus longue dans les économies en développement.

Les raisons de cette situation ne sont peut-être pas immédiatement visibles, mais, comme l'explique le PNUD, les femmes sont structurellement plus vulnérables en raison de la différentiation par genre des pouvoirs, rôles et responsabilités relatifs. Par exemple, nous savons que les femmes sont plus susceptibles de tomber dans la pauvreté et de travailler dans des emplois informels, temporaires et à temps partiel, avec des salaires plus faibles et moins de protection sociale. Les femmes sont également proportionnellement plus dépendantes des ressources naturelles menacées, en raison de leur rôle dans l'agriculture.

L'OCDE estime que si les femmes participaient à l'économie de la même manière que les hommes, cela permettrait d’accroître le PIB mondial de 28 000 milliards de dollars, soit 26 %, d’ici 2025. Ce potentiel inexploité est, une nouvelle fois, plus important dans les pays en développement. L'égalité entre les sexes jouerait un rôle de catalyseur dans la création d'économies plus résilientes, plus durables et plus inclusives à l'avenir.

Pourquoi le genre est-il important pour l'inclusion financière ?

L'inclusion financière est un outil puissant d'autonomisation économique. La microfinance a notamment joué un rôle clé dans l'accès des femmes aux services financiers dans les pays émergents. Une grande partie des portefeuilles de microfinance concerne les femmes. Toutefois, l'approche traditionnellement « neutre en termes de genre » de l'inclusion financière a parfois limité son efficacité et a parfois eu des conséquences négatives inattendues. En ne tenant pas compte du genre, nous ignorons à la fois les circonstances particulières liées au fait d'être une femme et nos préjugés de genre inconscients (que nous avons sans doute tous).

Par exemple, une femme dans une économie en développement est plus susceptible de travailler dans le secteur informel, mais moins susceptible de posséder des terres ou des biens. Or, ce sont des facteurs importants qui influencent votre capacité à contracter un prêt et les conditions de celui-ci. Les normes de genre, qui varient en fonction de la culture, peuvent également limiter la capacité des femmes à accéder aux services financiers, à les utiliser et à en tirer profit.

Des données provenant de différentes sources montrent que si vous êtes une femme entrepreneure, vous avez plus de chances de voir votre demande de prêt commercial rejetée. Et si votre demande est acceptée, vous risquez de vous voir proposer un montant inférieur, un taux plus élevé et une échéance plus courte. Les exigences en matière de garanties peuvent en outre être plus strictes que pour les hommes. Tout ceci en dépit du fait que les femmes affichent des taux de remboursement identiques (voire supérieurs) à ceux des hommes.

Inter-American Development Bank Invest s'est associée à plusieurs institutions financières d'Amérique latine pour déterminer si les préjugés de genre jouent un rôle dans la prise de décision en matière de crédit. L’objectif est de quantifier l'impact de ces décisions sur leur résultat. En plus de confirmer les obstacles auxquels les femmes sont confrontées (comme expliqué ci-dessus), l'analyse des données réelles des banques montre aussi que, pour des demandes identiques, les femmes avaient près de 18 % de chances en moins de voir leur dossier approuvé. Environ 8 % des revenus potentiels générés par ces portefeuilles ont été laissés de côté, ce qui représente des millions de manque à gagner.

C'est probablement la raison pour laquelle la Banque mondiale estime le déficit financier des femmes à 1 700 milliards de dollars. Au niveau mondial, moins d'un tiers des petites et moyennes entreprises formelles sont détenues et dirigées par des femmes, en grande partie à cause du manque d'accès aux services financiers. La Banque mondiale chiffre à 300 milliards de dollars le déficit de crédit annuel pour ces entreprises détenues par des femmes.

La finance innovante peut lutter contre les inégalités entre les genres dans le cadre de l'inclusion financière

Il existe un nombre restreint mais croissant de fonds qui investissent en tenant compte des enjeux liés au genre. Ceux-ci peuvent prendre différentes formes, mais ils présentent généralement les caractéristiques suivantes :

  • ils prennent en compte des facteurs liés au genre tout au long de leur processus d'investissement ;
  • ils cherchent à promouvoir l'égalité entre les sexes via les activités de la stratégie, notamment en répondant aux divers besoins de financement des femmes entrepreneures, en donnant aux femmes les moyens d'agir en tant que consommatrices et en renforçant les secteurs employant essentiellement des femmes.

À titre d’illustration, citons l’exemple, basé sur l'expérience de BlueOrchard en Asie, d’investisseurs qui se joignent les uns aux autres pour proposer du financement par emprunt à un certain nombre d'institutions financières. Ces dernières auront fait l'objet d'évaluations ESG et d'impact, portant notamment sur des aspects tels que les pratiques en matière d’équité sur le lieu de travail. Partenaires connus et de confiance du fonds global, les institutions financières vont à leur tour « prêter » aux emprunteurs visés. Dans ce cas, les emprunteurs sont des entreprises dirigées par des femmes ou des entreprises proposant des produits ou services qui améliorent considérablement les moyens de subsistance des femmes ou des filles.

Ces fonds peuvent adopter une approche de financement mixte (« blended finance ») en vue de renforcer le concept de partenariat entre les secteurs public et privé en maximisant les synergies et en fixant des objectifs clairs en matière d'impact sur le développement durable.

Dans une telle structure, les capitaux des investisseurs publics sont utilisés comme catalyseur pour attirer et accroître la taille des investissements à impact axés sur l’égalité des genres du secteur privé, et pourraient être structurés en différentes couches afin d'intégrer différents niveaux d'appétit pour le risque. Par exemple, les donateurs ou les institutions de financement du développement (IFD) ont un objectif d'impact explicite dans le cadre de leurs stratégies et donc potentiellement une tolérance au risque plus élevée que les investisseurs privés. L'effet catalyseur des capitaux du secteur public pourrait être obtenu par leur place dans la structure globale du capital, par exemple, avec des capitaux subordonnés assumant un risque plus élevé et/ou bénéficiant de certaines concessions.

En outre, les donateurs peuvent participer à l'initiative en accordant des subventions à l'assistance technique, ce qui inclut des projets qui soutiennent soit les entreprises du portefeuille elles-mêmes, soit les écosystèmes dans lesquels elles opèrent. Les subventions d'assistance technique - pour le renforcement des capacités - jouent un rôle crucial dans les stratégies axées sur l’égalité des genres. Elles aident les institutions financières à adapter leurs produits ou processus aux besoins de leurs clientes, par exemple.

Nous jouons un rôle de pionniers sur la « nouvelle frontière » des initiatives axées sur le genre, la diversité et l'inclusion et explorons une stratégie de ce type en Amérique latine. Outre la gestion de stratégies de financement mixte axées sur l’égalité hommes-femmes, BlueOrchard suit également une approche dans ce domaine sur les marchés publics, avec des investissements dans des « gender bonds », des titres qui permettent de soutenir des projets visant l’autonomisation des femmes et des filles dans des régions spécifiques.

Le rôle primordial de la transparence

Quelle que soit la stratégie choisie, les investisseurs doivent pouvoir recevoir des rapports périodiques sur les objectifs d'impact spécifiques ainsi que sur l'impact réel de leurs investissements. BlueOrchard considère ce reporting régulier comme un élément essentiel du parcours proposé aux investisseurs.

Schroders Capital a récemment publié son rapport sur la durabilité et l'impact pour 2022. Le rapport décrit en détail les méthodologies utilisées pour mesurer les risques et les opportunités associés à la réalisation des objectifs de durabilité et des rendements financiers. Dans le rapport d'impact de BlueOrchard, les investisseurs peuvent contrôler des données spécifiques, comme le nombre d'emplois créés ou maintenus. Le rapport présente également une ventilation des clients finaux financés, dont 80 % sont des femmes.

Nous disposons également d'une série intitulée « C’est mon histoire » qui présente les histoires inspirantes de personnes qui ont réussi à monter leurs affaires grâce aux fonds de nos investisseurs. Vous trouverez ci-dessous deux exemples de l’impact positif que peuvent avoir les investisseurs.

C’est mon histoire – Rashida Begam - BlueOrchard

Rashida exploite un atelier de couture en Inde. En 2014, elle a emprunté 2 800 dollars afin de développer son activité, ce qui lui a permis d'embaucher deux personnes et d'acheter deux machines à coudre. En plus du prêt, Rashida a pu bénéficier de conseils pour l'élaboration de son business plan.

C’est mon histoire – Grace Kissiri - BlueOrchard

Grace vit en Tanzanie, où elle s’est lancée dans l’élevage de bétail il y a plus de 20 ans. À l'époque, elle avait plusieurs enfants. Son activité est aujourd'hui florissante et elle s'est diversifiée dans différents types d'élevage. Le soutien financier dont elle a bénéficié lui a permis d'accéder à des facilités de crédit qui ont été cruciales pour son expansion.

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