Actionnariat actif et politique : comment cela fonctionne et ce que nous demandons aux décideurs politiques
L’actionnariat actif peut-il contribuer à la réalisation des objectifs politiques ? Marina Severinovsky pense qu’une réglementation bien conçue qui favorise des marchés sains et une durabilité à long terme est nécessaire.
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Nous croyons que les forces sociales et environnementales transforment les communautés, les économies, les industries et les marchés financiers.
Une approche réfléchie et ciblée, encourageant les entreprises à s’adapter à ces changements et leur demandant de rendre des comptes, peut renforcer la compétitivité et la valeur à long terme de leurs activités, ce qui aidera leurs actionnaires et servira nos clients.
Dans le même temps, cela peut aider à accélérer le changement vers une économie mondiale plus durable. Les informations obtenues grâce à l’engagement peuvent également influencer directement l’argumentaire d’investissement.
Dans cet article, nous explorons plus en détail l’actionnariat actif et sa relation avec la politique.
Pourquoi l’engagement actif est-il important ?
Le double défi du changement climatique et de la perte de biodiversité illustre parfaitement l’importance d’un tel engagement. Il est plus important que jamais de trouver des moyens de lutter contre ces menaces tout en maximisant la performance potentielle des investissements de nos clients.
Les recherches menées par Schroders sur les préférences des investisseurs continuent de montrer que l’actionnariat actif est important pour eux.
Ainsi, selon notre Enquête auprès des investisseurs institutionnels de 2022, 95 % des investisseurs institutionnels interrogés considèrent que l’engagement fait partie de leur stratégie d’investissement durable. Les principales demandes des investisseurs professionnels étaient les suivantes : (i) la preuve de l’impact de l’engagement sur la performance financière et (ii) l’impact sur les résultats dans le monde réel.
En outre, 89 % des conseillers pensent que les événements de ces deux dernières années ont renforcé l’importance de la gestion et de l’utilisation d’un gestionnaire d’actifs qui s’engage activement auprès de la direction de l’entreprise.
Notre Enquête mondiale auprès des investisseurs de 2022 révèle que 63 % des investisseurs interrogés estiment qu’il est important d’impliquer les entreprises dans la protection de la nature et de la biodiversité (déforestation, pollution, etc.) et 59 % pensent qu’il en va de même concernant l’engagement climatique (zéro émission nette et autres objectifs de décarbonation).
De bonnes relations à long terme avec les entreprises augmentent la probabilité pour que nous puissions influencer leurs pratiques. C’est la raison pour laquelle des engagements constructifs, de « recueil d’informations » peuvent accroître les chances de succès des engagements destinés à « susciter le changement ». Le changement est généralement un processus de longue haleine et l’engagement est permanent.
Comment l’actionnariat actif fonctionne-t-il concrètement ?
Nous nous concentrons sur les questions de développement durable qui ont le pouvoir d’avoir un impact significatif sur la valeur à long terme des entreprises en portefeuille. Ces problématiques reflètent des attentes et des tendances qui concernent différentes parties prenantes, notamment les collaborateurs, les clients, ainsi que l’environnement, les fournisseurs et les organismes de réglementation.
Nous nous engageons généralement sur l’un des deux objectifs suivants :
1. Axé sur les résultats : améliorer la performance et les processus dans l’optique d’accroître et de préserver la valeur de nos investissements ;
2. Axé sur la connaissance : pour enrichir notre analyse des risques et opportunités d’une entreprise ou pour suivre l’évolution des pratiques ESG, de la stratégie commerciale et de la performance financière au sein d’une entreprise.
Nous pensons également que le vote est un élément essentiel de notre devoir fiduciaire. Nous utilisons notre voix en tant qu’actionnaires, de manière réfléchie, pour prendre des positions motivées par une forte logique d’investissement. Les détails de notre approche d’engagement et de vote sont disponibles dans notre Programme d’engagement.
L’actionnariat actif fonctionne-t-il ? Comment mesurer son efficacité ?
Bien que la pratique de la gestion (ou « stewardship ») soit intrinsèquement une pratique à long terme, il est essentiel que les investisseurs actifs surveillent régulièrement leurs progrès avec les entreprises et évaluent si et comment ils génèrent des résultats concrets qui améliorent leur retour sur investissement.
Chez Schroders, nous avons plusieurs décennies d’expérience dans l’engagement auprès des entreprises, ce qui nous fournit les données nécessaires pour évaluer l’impact de l’engagement. Ce sujet a été récemment exploré dans deux de nos propres études.
La première est une analyse des engagements de Schroders et des rendements associés. La deuxième est l’analyse de l’engagement sur le climat et des progrès en matière de réduction des émissions et la fixation d’objectifs alignés sur les trajectoires visant le zéro émission nette. Bien que ces études n’établissent pas de lien de causalité, elles contribuent à l’ensemble des travaux qui nous permettent de commencer à analyser la valeur de l’engagement.
Quelle est la valeur de l’engagement ? Une étude centrée sur le rendement
Nous avons analysé l’écart de rendement corrigé par les pairs pour les sociétés présentant différents niveaux d’exposition à l’engagement. Cette évaluation du groupe de pairs a comparé les rendements financiers de plus de 1 000 sociétés engagées dans 47 pays avec les rendements de sociétés du groupe de pairs non engagées.
L’étude a examiné l’engagement sur des éléments clés de la gouvernance d’entreprise, tels que l’indépendance du conseil d’administration et le changement de direction, l’allocation du capital, la rémunération des dirigeants et l’émission de droits de préemption.
S’appuyant sur les données d’engagement de la période allant de 2010 à 2019, l’étude a quantifié l’association entre l’engagement de Schroders sur ces questions et la performance financière des entreprises via leurs rendements aux actionnaires.
L’analyse a révélé que, pendant près de deux ans à compter du début d’un engagement sérieux et durable, les investisseurs obtiennent de meilleurs rendements que les investisseurs chez leurs pairs.
Au plus haut, cette approche de l’engagement permet d’obtenir des rendements supérieurs de 6 % à ceux des pairs vers la fin de la première année. L’analyse a également examiné la qualité de l’engagement, et les entreprises qui ont été engagées plus fréquemment au cours des deux premières années ont enregistré des rendements plus élevés.
Ces engagements ont souvent encouragé le changement au niveau du conseil d’administration et de la direction, et c’est l’intensité et la profondeur de l’engagement sur la période de deux ans qui ont permis l’augmentation la plus substantielle des rendements. Cela suggère que l’engagement, lorsqu’il est fait de manière constructive et dans un but précis, peut être associé à de meilleurs rendements.
Bien que cette étude ne mesure pas le lien de causalité, nous pensons qu’il s’agit d’une contribution importante pour démontrer la valeur de l’engagement en tant que moteur du changement positif dans les entreprises que nous détenons.
Quel est le point de vue des entreprises dans lesquelles nous investissons ? Une enquête auprès des bénéficiaires d’investissements
Nous avons également conscience que la communauté des investisseurs est l’une des nombreuses voix qui peuvent demander des comptes aux entreprises. Pour compléter cette analyse, nous avons interrogé plus de 350 sociétés afin de comprendre les perspectives des sociétés bénéficiaires d’investissement en matière d’engagement.
L’une des principales conclusions de l’étude était que, bien que les entreprises considèrent les clients comme la partie prenante la plus influente, la communauté des investisseurs est presque sur un pied d’égalité avec la politique gouvernementale en tant que partie prenante très influente dans la conduite du changement.
En outre, les entreprises affichant des performances inférieures à la moyenne étaient plus susceptibles d’être influencées par la politique du gouvernement.
Cela souligne le fait que l’engagement ne devrait pas se faire en vase clos, mais plutôt que les stratégies d’engagement devraient être informées par les politiques et les tendances réglementaires et en tenir compte.
- Le rapport complet sur l’étude citée ci-dessus peut être consulté ici (uniquement en anglais) : Le fonctionnement de l’engagement : gouvernance et retours
Quelle est la valeur de l’engagement sur le changement climatique ?
Schroders est conscient que le changement climatique constitue un risque d’investissement important et a pris à cette fin un certain nombre d’engagements liés à la décarbonation. Il s’agit notamment d’établir des objectifs de réduction des gaz à effet de serre validés par l’initiative Science-based Targets, d’adhérer à l’initiative Net Zero Asset Manager et de publier des informations conformément au CDP et à la Taskforce on Climate-related Financial Disclosures (groupe de travail sur les informations financières liées au climat). S’engager sur le climat avec les entreprises dans lesquelles nous investissons est l’un des outils les plus importants dont nous disposons pour atteindre l’objectif du zéro émission nette sur l’ensemble de notre chaîne de valeur d’ici 2050.
En 2022, nous avons demandé des engagements à plus de 700 sociétés, représentant environ la moitié des émissions financées par le groupe pour les portefeuilles concernés par nos objectifs. Nous nous attendons à ce que les entreprises décarbonent leurs modèles économiques d’ici le milieu du siècle et fixent des objectifs de réduction des émissions à long, moyen et court terme, entre autres objectifs liés au climat.
Bien que le programme d’engagement climatique continue d’évoluer, les premières indications montrent que l’engagement sur le climat est un mécanisme efficace pour encourager les entreprises à comprendre leurs risques liés au climat et à agir pour les atténuer.
Voici quelques exemples :
- Les entreprises que nous avons contactées au sujet du climat depuis 2021 ont été presque deux fois plus susceptibles de fixer un nouvel objectif inférieur à 2 °C que celles que nous n’avons pas contactées. Nous avons constaté que l’alignement de la température de ces portefeuilles est passé de 2,8 °C à 2,6 °C au cours de l’année.
- Notre analyse[1] montre que les entreprises qui sont parvenues à réduire leurs émissions plus rapidement que leurs concurrentes ont globalement surperformé ces dernières années. Alors que les initiatives politiques visant à encourager la décarbonation et à pénaliser les émissions se multiplient, nous anticipons le maintien de ces vents porteurs en termes de performance.
Nous sommes conscients que l’action des entreprises sur le climat est motivée par une multitude de facteurs, allant des politiques aux préférences des consommateurs, en passant par les risques physiques et de transition, et nous nous efforçons de nous assurer que nos stratégies d’engagement en matière de climat soient complémentaires.
Nous enregistrons et contrôlons nos engagements ESG, et définissons les délais prévus pour les étapes et les objectifs. Nous suivons les progrès réalisés par rapport à ces objectifs, les révisons si nécessaire et évaluons l’efficacité de nos engagements climatiques, à mesure que nous nous rapprochons de nos objectifs en matière de zéro émission nette.
Comment la réglementation devrait-elle soutenir le rôle de l’actionnariat actif ?
Notre philosophie d’engagement est axée sur la compréhension des risques et des opportunités auxquels les entreprises sont confrontées, et sur l’utilisation de notre influence pour demander aux entreprises de reconnaître et de gérer ces risques et de saisir les opportunités qui s’offrent à elles. Nous pensons que les entreprises qui font preuve d’une bonne prévoyance et prennent les mesures nécessaires pour investir dans leur durabilité à long terme réalisent de bons investissements.
Cependant, si la gestion joue un rôle actif en orientant les entreprises vers des pratiques commerciales plus durables à long terme, ce processus peut être lent, en particulier dans le cas des entreprises bénéficiaires d’investissements qui ne peuvent justifier un changement de leurs pratiques commerciales en l’absence d’une impulsion juridique.
Le changement peut se faire de manière plus ciblée et plus rapide grâce à l’accélérateur que peut constituer la réglementation. À l’échelle mondiale, les investisseurs[2] considèrent les régulateurs comme essentiels à l’atténuation du changement climatique.
Nous pensons qu’une réglementation bien conçue qui favorise des marchés sains et qu’une durabilité à long terme est un levier important pour promouvoir un engagement efficace. La modification de la réglementation est l’un des risques les plus importants et les plus constants auxquels les entreprises peuvent être confrontées à la fois à court et à long terme. Notre stratégie d’engagement utilise souvent une approche « de la carotte et du bâton ». La carotte représente les opportunités qu’une entreprise a si elle agit sur un problème spécifique affectant sa durabilité à long terme, et le bâton est la sanction qu’elle peut encourir si elle n’agit pas.
Souvent, le « bâton » imposé par la réglementation est le facteur de motivation le plus décisif. Les grandes sociétés hésitent souvent à agir tôt. Cependant, la réglementation leur donne la certitude qu’elles doivent comprendre les coûts de l’absence d’action et peut aider à uniformiser les règles du jeu en faisant en sorte que les entreprises jouent selon les mêmes règles.
Lorsque les investisseurs actifs ont identifié un risque réglementaire auquel est confrontée une entreprise, il est important que ce risque ait une réelle chance de se matérialiser. Sans le « bâton » réglementaire, la crédibilité de l’engagement peut être érodée même si le changement demandé bénéficiera tout de même à la pérennité de l’entreprise.
Nous demandons donc aux responsables politiques :
- De reconnaître les efforts que le secteur de l’investissement déploie autour de l’actionnariat actif et de le soutenir par le biais d’une législation et d’une réglementation en matière de finance durable. Cette politique ne devrait pas simplement appliquer une approche du type « cocher la case » et du « nombre d’engagements » à l’engagement et à la transition (et donc à la pratique globale de gestion), mais plutôt chercher à soutenir des efforts d’actionnariat actif à long terme plus solides, engagés et fondés sur des données probantes.
- Respecter les engagements pris, en particulier en matière d’atténuation du changement climatique, en donnant la priorité à la législation qui crée le « cadre environnemental » dans lequel les entreprises travailleront à l’avenir, et pour lequel nos efforts en matière de gestion sont conçus afin de les aider à se préparer.
Le changement climatique en ligne de mire
Bien que l’investissement durable couvre un large éventail de tendances sociales et environnementales et leurs conséquences en matière d’investissement, le changement climatique se distingue par la place prépondérante qu’il occupe dans les programmes politiques et les préoccupations sociales. Notre Plan d’action pour la transition climatique (uniquement en anglais) définit la manière dont nous allons gérer nos activités en vue d’atteindre un niveau d’émissions nettes nulles, avec des objectifs clairs concernant les investissements que nous réalisons pour le compte de nos clients. Ces objectifs guident nos efforts d’engagement auprès des sociétés bénéficiaires. En 2021, nous nous sommes engagés de manière indépendante auprès du FTSE 350 pour lui demander de produire et de publier des plans de transition climatique détaillés et chiffrés. Ces demandes reflétaient les rapports obligatoires qui entreront en vigueur mais nous étendons le champ d’application à l’ensemble du FTSE 350 et accélérons le calendrier. De même, nous suivons les règlements proposés et à venir dans d’autres régions, comme les États-Unis et l’Asie, afin d’aligner nos efforts d’engagement sur ces priorités.
Enfin, nous pourrions mettre en garde contre le fait qu’en l’absence d’efforts législatifs et réglementaires adéquats, les investisseurs ne peuvent à eux seuls tracer la voie aux entreprises. Ils pourraient même faire l’objet de critiques sévères, comme c’est actuellement le cas dans certaines parties des États-Unis, pour sembler « faire pression » sur les entreprises afin qu’elles prennent des mesures allant au-delà des lois et réglementations existantes.
Si les promesses faites par les gouvernements en matière de réglementation climatique ou sociale ne sont pas tenues, le secteur de l’investissement pourrait être exposé pour avoir proposé des initiatives en matière de gestion qui étaient au service de ce changement législatif et réglementaire attendu, et qui pourraient alors être accusées d’avoir été financièrement sous-optimales pour les portefeuilles des investisseurs finaux.
C’est pourquoi il est si essentiel que la réglementation soutienne les efforts déployés par l’actionnariat actif et trace une voie qui pourra ensuite être suivie par les imitatives de gestion.
[1] Sur la base de l’analyse de Schroders des sociétés cotées de l’indice MSCI ACWI IMI. Nous avons examiné l’évolution des émissions des entreprises au cours des cinq dernières années, par rapport aux concurrents du secteur, et comparé les rendements totaux obtenus par les entreprises pour les actionnaires dans chaque quintile de réduction des émissions.
[2] Enquête Global Investor Study 2021 de Schroders : 74 % des investisseurs considèrent que les gouvernements/régulateurs nationaux détiennent le plus de responsabilité en matière d’atténuation du changement climatique.
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