Adapter l’allocation d'actifs au risque de stagflation
Face à la montée des risques de stagflation, soit une inflation plus élevée associée à une croissance plus faible, les investisseurs doivent réévaluer la manière dont leurs capitaux sont alloués.
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Face à la montée du risque de stagflation, c’est-à-dire d’une inflation plus élevée associée à une croissance plus faible, les investisseurs doivent réévaluer la manière dont leurs capitaux sont alloués. Les portefeuilles traditionnels seront probablement moins résilients, même si certains de leurs fondements demeurent pertinents. De légers ajustements peuvent améliorer les chances d’obtenir un résultat favorable, tandis que des allocations tactiques complémentaires peuvent renforcer encore l’efficacité des portefeuilles et leur potentiel de rendement.
Les rumeurs annonçant la disparition du portefeuille 60/40 sont largement exagérées
Il se passe rarement une année sans que certains annoncent avec fracas que le portefeuille classique 60/40, composé à 60 % d’actions et à 40 % d’obligations souveraines, n’est plus adapté à son objectif. Alors que la stagflation constitue une menace à la fois pour les actions et pour les obligations, cette question revient une nouvelle fois au premier plan.
L’argument n’est pas dénué de fondement. Pour les actions, une faible croissance pèse sur les ventes, les entreprises comme les consommateurs réduisant leurs dépenses. Une inflation élevée vient encore compliquer la situation. Dans une économie dynamique, les entreprises peuvent répercuter la hausse de leurs coûts de production sur les consommateurs. Lorsque la demande est déjà faible, cela devient plus difficile. Les marges bénéficiaires des entreprises en souffrent souvent, exerçant une pression supplémentaire sur les résultats. Historiquement, une inflation élevée a également été associée à des multiples de valorisation plus faibles, notamment parce qu’elle contribue à la hausse des rendements obligataires, qui eux-mêmes influencent les modèles utilisés pour valoriser les actions.
Graphique 1 : Une inflation élevée tend à peser sur les multiples de valorisation des actions
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Robert Shiller, Schroders. L’analyse porte sur les périodes d’inflation élevée. Les périodes durant lesquelles l’inflation était inférieure à 0 %, c’est-à-dire les périodes de déflation, ne sont donc pas représentées. L’axe vertical est plafonné à 60 afin d’éliminer l’effet de distorsion sur l’échelle provoqué par un petit nombre de valeurs extrêmes. Données mensuelles de 1960 à 2025.
Pour les obligations, le mécanisme de transmission est encore plus simple. Une inflation plus élevée érode la valeur réelle des paiements d’intérêts fixes qu’elles procurent. Les investisseurs exigent alors des rendements plus élevés pour être compensés, ce qui entraîne une baisse des prix obligataires.
Cette double contrainte signifie que les obligations sont moins fiables dans leur rôle traditionnel de réduction du risque aux côtés des actions. De manière générale, lorsque l’inflation constitue le principal moteur des marchés, la corrélation entre actions et obligations a davantage tendance à être positive que négative, ce qui signifie qu’elles montent et baissent simultanément. Pour les allocataires d’actifs, il s’agit d’un défi majeur.
Il convient toutefois de rappeler qu’une corrélation positive entre actions et obligations a constitué la norme pendant plusieurs décennies avant la fin des années 1990 (graphique 2), période durant laquelle le portefeuille 60/40 a pourtant gagné en popularité. À l’époque, la principale motivation pour détenir des obligations résidait dans les revenus et le rendement qu’elles procuraient, et non dans leur corrélation négative avec les actions. L’histoire ne se répète pas à l’identique, mais elle présente souvent des similitudes.
Graphique 2 : Une corrélation négative entre actions et obligations est un phénomène relativement récent
Corrélation entre actions et obligations sur 60 mois glissants
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Morningstar Direct, via le CFA Institute, LSEG Datastream, S&P et Schroders. Les actions sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Large-Cap Stocks jusqu’en 2024, puis par le S&P 500. Les obligations sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Long-term Government Bonds jusqu’en 2024, puis par l’indice ICE BofA 10+ Year US Treasury Index. Données arrêtées à décembre 2025.
Les actions font donc face à des risques supplémentaires, les obligations également, et même leur capacité à évoluer en sens inverse l’une de l’autre est remise en question. Malgré cela, il serait prématuré de considérer le portefeuille 60/40 comme obsolète.
Sur la base des données disponibles depuis 1926, le rendement réel annuel médian des actions au cours des années de stagflation a été proche de 0 %. Ce chiffre est inférieur à ce que les investisseurs attendent généralement des actions sur le long terme, mais parvenir à préserver un rendement proche de l’inflation dans un contexte de forte inflation reste un résultat honorable. Par ailleurs, les actions ont plus souvent surperformé les liquidités qu’elles ne les ont sous-performées.
Comme on pouvait s’y attendre, les obligations souveraines de longue maturité ont tendance à souffrir, et le portefeuille 60/40 se montre plus vulnérable en période de stagflation que dans d’autres environnements. Néanmoins, le portefeuille 60/40 a enregistré un rendement médian supérieur à celui des actions ou des obligations prises isolément au cours des années de stagflation. Les bénéfices de la diversification sont certes moins fiables, mais ils ne disparaissent pas complètement.
Graphique 3 : En période de stagflation, le portefeuille 60/40 affiche un résultat médian supérieur à celui des actions ou des obligations prises isolément
Rendements réels lorsque l’inflation et la croissance sont supérieures ou inférieures à leur moyenne des dix années précédentes - données annuelles de 1926 à 2025
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Morningstar Direct, via le CFA Institute, LSEG Datastream, S&P et Schroders. La moitié des observations se situent dans la zone bleue ombrée, un quart au-dessus et un quart au-dessous. HighInfl = inflation supérieure à la moyenne des dix années précédentes ; HighGrowth = croissance réelle du PIB supérieure à la moyenne des dix années précédentes ; LowInfl et LowGrowth sont définis selon la logique inverse. Analyse fondée sur les données des actions américaines de 1926 à 2025. Les dix premières années étant utilisées pour calculer les premières moyennes sur dix ans, l’évaluation du régime économique porte sur 90 années au total. Selon ces critères, on recense 17 années HighInfl_LowGrowth, 22 années HighInfl_HighGrowth, 23 années LowInfl_LowGrowth et 28 années LowInfl_HighGrowth. Les actions sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Large-Cap Stocks jusqu’en 2024, puis par le S&P 500. Les liquidités sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US (30-Day) Treasury Bills jusqu’en 2024, puis par le taux constant à un mois des bons du Trésor américain. Données arrêtées à décembre 2025.
Le portefeuille 60/40 affiche également un taux de réussite plus élevé lorsqu’il s’agit de surperformer les liquidités. Il y est parvenu lors de 65 % des années de stagflation, contre 59 % pour les actions prises isolément. Cette meilleure fréquence de surperformance n’a pas été obtenue au détriment des rendements : la surperformance médiane par rapport aux liquidités étant globalement comparable pour les actions et pour le portefeuille 60/40 (graphique 4).
L’échantillon reste toutefois limité puisqu'il ne compte que 17 années de stagflation sur les 100 dernières années. Il convient donc de faire preuve de prudence avant d’accorder une confiance excessive à ces résultats. Néanmoins, ceux-ci suggèrent qu’il serait prématuré d’annoncer, une fois encore, la disparition du portefeuille 60/40.
Graphique 4 : Au cours des années de stagflation, le portefeuille 60/40 a plus souvent surperformé les liquidités que les actions ou les obligations, sans sacrifice notable en termes de rendement
Analyse des années civiles au cours desquelles l'inflation a été supérieure et la croissance inférieure à leurs moyennes sur dix ans, de 1926 à 2025
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Morningstar Direct, via le CFA Institute, ICE Data Indices, LSEG Datastream, S&P et Schroders. Analyse fondée sur les 17 années HighInfl_LowGrowth. Les actions sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Large-Cap Stocks jusqu’en 2024, puis par le S&P 500. Les obligations souveraines de longue maturité (long govs) sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Long-term Government Bonds jusqu’en 2024, puis par l’indice ICE BofA 10+ Year US Treasury Index. Les liquidités sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US (30-Day) Treasury Bills jusqu’en 2024, puis par le taux constant à un mois des bons du Trésor américain. Données arrêtées à décembre 2025.
Mais peut-on améliorer le modèle traditionnel du portefeuille 60/40 ?
Oui, en mettant en œuvre un ajustement simple : réduire la duration du portefeuille obligataire. Les obligations de duration plus courte sont moins sensibles aux variations de taux, ce qui limite les risques de baisse. À titre illustratif, l’utilisation d’obligations du Trésor américain à 5 ans plutôt que d’obligations de très longue maturité, supérieures à 20 ans, a historiquement permis d’améliorer le couple rendement/risque.
Graphique 5 : Réduire la duration obligataire peut améliorer le comportement du portefeuille 60/40 en période de stagflation
Analyse des années civiles au cours desquelles l'inflation a été supérieure et la croissance inférieure à leurs moyennes sur dix ans, de 1926 à 2025
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Morningstar Direct, via le CFA Institute, ICE Data Indices, LSEG Datastream, S&P et Schroders. Analyse fondée sur les 17 années HighInfl_LowGrowth. Les actions sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Large-Cap Stocks jusqu’en 2024, puis par le S&P 500. Les obligations souveraines longues (long govs) par l’indice Ibbotson® SBBI® US Long-term Government Bonds jusqu’en 2024, puis par l’indice ICE BofA 10+ Year US Treasury Index. Les obligations souveraines de maturité intermédiaire (intermediate govs) sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US Intermediate-term Government Bonds jusqu’en 2024, puis par l’indice Bloomberg U.S. Treasury Bellwethers: 5 Year. es liquidités sont représentées par l’indice Ibbotson® SBBI® US (30-Day) Treasury Bills jusqu’en 2024, puis par le taux constant à un mois des bons du Trésor américain. Données arrêtées à décembre 2025.
La même approche peut être appliquée à d’autres segments du marché obligataire, notamment aux obligations d’entreprise. Les obligations de maturité plus courte offrent une marge de sécurité plus importante que les obligations de maturité plus longue. Lorsque la courbe des taux est pentue, comme c’est actuellement le cas, le compromis consiste à accepter un rendement inférieur. Historiquement toutefois, leur moindre sensibilité à une hausse des taux a joué en leur faveur.
Graphique 6 : Les obligations de maturité plus courte peuvent absorber une hausse bien plus importante des taux avant que les investisseurs ne subissent une perte
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Schroders, LSEG Datastream, ICE Data Indices, J.P. Morgan. Données au 31 mai 2026. Yield correspond au yield to worst (rendement au pire). La marge de sécurité (Margin of safety) mesure l’ampleur de la hausse des taux qu'il faudrait observer au cours des 12 prochains mois pour entraîner un rendement négatif pour les investisseurs.
Une autre stratégie pour les investisseurs obligataires consiste à envisager des instruments à taux variable, tels que les prêts à effet de levier (leveraged loans) ou le crédit titrisé / financement adossé à des actifs (asset-based finance). Ces instruments versent un coupon indexé sur les taux d’intérêt à court terme. Si les banques centrales relèvent leurs taux pour lutter contre l’inflation, cela soutient les revenus qu’ils génèrent ainsi que leurs rendements. Cette situation contraste avec celle des obligations souveraines et des obligations d’entreprise, dont la valeur tend à diminuer lorsque les taux augmentent. D’un point de vue technique, il ne s’agit pas exactement du même mécanisme, les rendements des titres à taux variable dépendant principalement de l’évolution des taux courts, tandis que les rendements obligataires traditionnels sont davantage sensibles aux taux à plus longue échéance. Ces deux phénomènes demeurent toutefois liés. Ces actifs exposent les investisseurs à des risques différents de ceux des actifs traditionnels. Une analyse détaillée de ces risques dépasse le cadre de cette étude et serait en outre limitée par l’historique de rendement plus restreint dont disposent ces classes d’actifs.
Un risque à garder à l'esprit concernant les obligations d’entreprise
Les spreads de crédit ont généralement tendance à s’écarter durant les années de stagflation, avec une hausse médiane de 0,3 %. Cela constitue aujourd’hui un défi pour les investisseurs en obligations d’entreprise, les spreads se situant à des niveaux proches de leurs plus faibles niveaux des vingt dernières années. Une hausse de seulement 0,1 % à 0,2 % des spreads suffirait à entraîner une sous-performance des obligations Investment Grade par rapport aux obligations souveraines. Si nous entrions dans une phase de stagflation, le risque que cette situation se matérialise serait significatif.
Graphique 7 : Les spreads de crédit sont revenus à des niveaux exceptionnellement resserrés au regard de leur historique
Les losanges indiquent le positionnement actuel par rapport à l’historique des 20 dernières années : 0 % = spread le plus faible sur 20 ans ; 100 % = spread le plus élevé sur 20 ans.
Sources : Schroders, LSEG Datastream, ICE Data Indices, J.P. Morgan. Données au 30 avril 2026. Période d’observation : 20 ans.
Cette situation est particulièrement pertinente pour les investisseurs qui adoptent une approche plus tactique des obligations d’entreprise. Ceux qui ont l’intention de conserver leurs obligations jusqu’à l’échéance sont moins concernés. Dans ce cas, l’élément déterminant est davantage le risque de non-remboursement. Historiquement, depuis 1920, le taux de défaut annuel moyen des obligations Investment Grade n’a été que de 0,1 %. Autrement dit, 99,9 % de ces obligations n’ont pas fait défaut au cours d’une année donnée. Les investisseurs adoptant une stratégie d’achat et conservation sur des obligations Investment Grade n’ont donc aucune raison de se précipiter vers la sortie. Cela étant, comme indiqué précédemment, réduire la duration du portefeuille demeure un moyen efficace de limiter la sensibilité des rendements globaux à une hausse des taux.
Ajuster les allocations au sein des actions
Lorsqu’il s’agit de la performance des styles de gestion ou des secteurs actions, l’interaction entre l’inflation et la croissance peut être complexe et il est important de bien la comprendre. Nous avons synthétisé ces différentes relations de manière inédite dans le tableau ci-dessous, à partir de données remontant à 1963. Ce tableau nécessite quelques explications mais offre une représentation multidimensionnelle utile des données.
Les performances sectorielles et factorielles reposent sur la base de données de Fama-French, afin de permettre l’analyse sur la période la plus longue possible. Les catégories utilisées diffèrent légèrement de celles généralement proposées par des fournisseurs d’indices tels que MSCI, mais la plupart présentent des correspondances évidentes. Alors que l’analyse de la section précédente reposait sur des données annuelles, le nombre plus limité d’années disponibles depuis 1963 nous conduit ici à utiliser des données trimestrielles. Cela permet d’augmenter le nombre d’observations disponibles pour l’analyse.
- Dimension 1 : la position horizontale, de gauche à droite, d’un style ou d’un secteur reflète la fréquence à laquelle il a surperformé lorsque la croissance ralentissait. Pour les secteurs, la surperformance est mesurée par rapport au marché dans son ensemble. Par exemple, les actions du secteur de la santé ont surperformé le marché mondial dans 52 % à 53 % des cas lorsque la croissance ralentissait. Pour les styles, la comparaison est effectuée par rapport à l’extrémité opposée du facteur considéré. Ainsi, la surperformance du style value correspond à la performance des sociétés bon marché par rapport aux sociétés chères. Pour le style qualité, elle correspond à la performance des entreprises affichant une rentabilité opérationnelle élevée (définie ici comme le rapport entre les bénéfices et les actifs) par rapport à celles dont la rentabilité est faible.
- Dimension 2 : la position d’un style ou d’un secteur sur l’axe vertical reflète la fréquence à laquelle il a surperformé lorsque l’inflation était supérieure à 3 % et en hausse. Par exemple, les actions du secteur de la santé ont surperformé le marché dans 58 % à 59 % des cas lorsque l’inflation a évolué dans ces conditions.
- Dimension 3 : le chiffre figurant à côté de chaque secteur correspond à la surperformance trimestrielle moyenne, annualisée, observée lorsque la croissance du PIB ralentissait et que l’inflation était élevée et en hausse. Par exemple, les actions du secteur de la santé ont enregistré une surperformance moyenne annualisée de 7,2 % lorsque ces deux situations économiques se produisaient simultanément.
- Dimension 4 : la couleur indique l’ampleur de la surperformance ou de la sous-performance, afin de faciliter la lecture du tableau.
Les styles et secteurs présentant le meilleur historique dans un scénario de stagflation sont ceux qui se situent le plus à droite et en bas du graphique, dans les nuances de vert les plus foncées. À l’inverse, ceux situés dans la partie supérieure gauche apparaissent comme les moins fiables. Ceux dont la couleur tend vers le rouge ont enregistré les sous-performances les plus marquées.
Graphique 8 : Quels styles et quels secteurs actions se comportent le mieux lorsque la croissance ralentit et/ou que l’inflation est élevée et en hausse ?
Les chiffres présentés dans le graphique correspondent à la surperformance trimestrielle moyenne, annualisée, lorsque la croissance du PIB ralentit et que l’inflation est élevée et en hausse, 1963-2025
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : Kenneth French’s Data Library, Schroders. Données trimestrielles 1963-2025.
La conclusion la plus marquante concerne le style qualité. Les entreprises affichant une rentabilité opérationnelle élevée, c’est-à-dire des bénéfices élevés rapportés aux actifs, ont surperformé les sociétés moins rentables dans plus de 60 % des cas lorsque la croissance était faible ou que l’inflation était élevée et en hausse. La surperformance moyenne a atteint 4 % par an. Le style qualité a connu quelques années difficiles en matière de performance, mais les conditions macroéconomiques actuelles plaident fortement en faveur d’une allocation vers ce style.
Le style value a également surperformé le style growth. Les valeurs de croissance bénéficient généralement de multiples de valorisation plus élevés en raison des bénéfices futurs anticipés. Toutefois, la hausse des taux d’intérêt qui accompagne habituellement les périodes de stagflation augmente le taux d’actualisation appliqué à ces bénéfices futurs. Cela réduit de manière disproportionnée leur valeur actuelle et rend les valeurs de croissance plus vulnérables. Les sociétés décotées (value) disposent d’une marge de sécurité plus importante grâce à leurs valorisations initiales relativement faibles.
Point important dans le contexte du cycle actuel de dépenses d’investissement : les entreprises dont les stratégies d’investissement sont plus prudentes ont généralement surperformé celles ayant des stratégies plus agressives lorsque l’inflation était élevée et en hausse, même si la relation est moins nette lorsque la croissance ralentit. L’une des explications tient au fait que la hausse des taux d’intérêt qui caractérise ce scénario a un impact négatif sur le coût de la dette qui finance les stratégies d’investissement plus agressives. Dans un marché mondial dominé par des entreprises engagées dans l’un des plus importants cycles de dépenses d’investissement de l’histoire, les investisseurs indiciels sont fortement exposés à ce risque.
Analyse sectorielle détaillée
Les actions du secteur de l’énergie affichent un solide historique de surperformance lorsque l’inflation est élevée et en hausse. Cela est logique, car les prix de l’énergie sont souvent à l’origine des poussées inflationnistes. La demande d’énergie étant étroitement liée à l’activité économique, le ralentissement de la croissance constitue normalement un facteur défavorable. Toutefois, dans les épisodes de stagflation, l’impact du choc inflationniste a historiquement davantage pesé que celui du ralentissement économique. Le secteur énergétique est passé d’un poids maximal de 14 % de la capitalisation boursière mondiale à environ 4 % aujourd’hui. Les investisseurs souhaitant obtenir une exposition significative doivent donc recourir à des allocations sectorielles spécialisées ou privilégier certains marchés géographiques dont la pondération énergétique est plus importante, comme le Royaume-Uni ou certains marchés latino-américains.
Par ailleurs, les secteurs traditionnellement défensifs, tels que la santé, les biens de consommation courante (catégorie proche des biens de consommation de base) et les services aux collectivités, affichent des performances relativement fiables ainsi que des niveaux élevés de surperformance dans un environnement combinant inflation élevée et faible croissance.
Les valeurs aurifères constituent un cas quelque peu atypique. Leur performance n’a pas été particulièrement régulière, mais leur surperformance moyenne a été la plus élevée de tous les secteurs analysés. Autrement dit, lorsqu’elles surperforment, elles le font souvent de manière très marquée. L'or bénéficie aujourd’hui d’un soutien structurel lié aux achats des banques centrales cherchant à diversifier leurs réserves, en particulier dans les économies émergentes. Les valeurs aurifères constituent un cas encore plus extrême que le secteur énergétique, puisqu’elles représentent moins de 1 % de la capitalisation boursière mondiale. La seule manière d’obtenir une exposition significative consiste donc à investir via des véhicules spécialisés.
Les entreprises des technologies de l'information ont généralement rencontré des difficultés dans ce type d’environnement. Il s’agit d’un autre signal d’alerte pour les investisseurs indiciels, étant donné qu’environ 50 % du marché boursier américain (et environ 40 % du marché mondial) est exposé au secteur informatique, si l’on inclut Amazon et Tesla, qui relèvent du secteur des biens de consommation discrétionnaire, ainsi qu’Alphabet et Meta Platforms, qui relèvent du secteur des services de communication. Les difficultés observées ont traditionnellement résulté d’une combinaison de facteurs : affaiblissement de la demande, hausse des coûts de production et compression des valorisations. Si le cycle d’investissement lié à l’intelligence artificielle se poursuit, le ralentissement de la demande pourrait constituer un risque moins immédiat. En revanche, l’impact sur les valorisations demeure une préoccupation majeure, pour les mêmes raisons qui rendent les valeurs de croissance vulnérables.
L’immobilier présente également un historique contrasté. Cette situation reflète les forces opposées qui s’exercent sur cette classe d’actifs : d’un côté, il s’agit d’un actif réel dont les flux de trésorerie sont souvent indexés sur l’inflation ; de l’autre, le financement immobilier repose généralement sur un niveau d’endettement important. Lorsque nous réalisons une analyse alternative fondée sur les performances annuelles observées durant les années où l’inflation était supérieure à sa moyenne sur dix ans et la croissance inférieure à sa moyenne sur dix ans, l’immobilier affiche un rendement réel moyen et médian supérieur à celui de tous les autres secteurs. Toutefois, il présente également la plus grande dispersion des résultats. Pour un investissement immobilier donné, la performance dépend notamment du segment du marché immobilier concerné, de la durée des baux, de l’existence ou non de clauses d’indexation sur l’inflation, du profil d’échéance de l’endettement et d’autres facteurs spécifiques.
Graphique 9 : Principaux biais sectoriels et de style au sein des actions
Source : Schroders
Classes d’actifs complémentaires : matières premières et hedge funds
Les investisseurs en quête de diversification pourraient envisager d’ajouter des matières premières et des hedge funds à leurs portefeuilles. Les périodes de turbulences de marché provoquées par une inflation élevée et en hausse sont précisément celles au cours desquelles ces classes d’actifs ont historiquement démontré leur utilité au sein des portefeuilles, comme l’illustre le graphique 10.
Graphique 10 : Les matières premières et les hedge funds ont surperformé les actions lorsque l’inflation était élevée et en hausse
Pourcentage de trimestres au cours desquels ce secteur/style a surperformé l'indice MSCI USA lorsque l'inflation était supérieure à 3 % et en hausse, 1990-2025
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : HFRI, MSCI, LSEG Datastream et Schroders. Données du premier trimestre 1990 au quatrième trimestre 2025. Les matières premières sont représentées par l’indice S&P GSCI Commodity. Les stratégies de hedge funds sont représentées par les indices HFRI. Les stratégies « Equity Long/Short » sont représentées par l’indice Equity Hedge (Total) et les stratégies Macro (Fundamental) par l’indice Macro (Total), car ces catégories ont historiquement constitué les composantes les plus importantes de chacune de ces stratégies. La surperformance est mesurée par rapport à l'indice MSCI USA, mais les conclusions générales restent les mêmes si l'on utilise l'indice MSCI World. Tous les rendements sont des rendements totaux exprimés en dollars américains.
Sur cette période, seuls 23 trimestres sur 144 ont été marqués simultanément par un ralentissement de la croissance et une inflation élevée et en hausse. Sur cet échantillon limité, les hedge funds présentent un taux de réussite encore plus élevé en matière de surperformance des actions que dans les seuls environnements d’inflation élevée et en hausse. Il est intéressant de constater que ce résultat se vérifie pour l’ensemble des principaux styles de hedge funds. Les matières premières affichent un historique légèrement moins régulier, en raison de leur sensibilité à la croissance économique, mais présentent également la surperformance moyenne la plus élevée.
Graphique 11 : Les matières premières et les hedge funds affichent un historique solide de surperformance en période de stagflation
Pourcentage de trimestres au cours desquels ce secteur/style a surperformé l'indice MSCI USA, et surperformance trimestrielle moyenne, sur une base annualisée, lorsque la croissance a été faible et que l'inflation était supérieure à 3 % et en hausse, 1990-2025
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Sources : HFRI, MSCI, LSEG Datastream et Schroders. Données du premier trimestre 1990 au quatrième trimestre 2025. Les résultats sont limités aux 23 trimestres durant lesquels la croissance du PIB ralentissait et où l’inflation était supérieure à 3 % et en hausse. Les matières premières sont représentées par l’indice S&P GSCI Commodity. Les stratégies de hedge funds sont représentées par les indices HFRI. Les stratégies « Equity Long/Short » sont représentées par l’indice Equity Hedge (Total) et les stratégies Macro (Fundamental) par l’indice Macro (Total), car ces catégories ont historiquement constitué les composantes les plus importantes de chacune de ces stratégies. La surperformance est mesurée par rapport à l'indice MSCI USA, mais les conclusions générales ainsi que les ordres de grandeur restent similaires avec le MSCI World (les rendements excédentaires annualisés moyens étant supérieurs de 4 % à 5 % par rapport au MSCI World). Tous les rendements sont des rendements totaux exprimés en dollars américains.
Dans la mesure où la stagflation remet en question le rôle traditionnel des obligations comme source de diversification, l’argument en faveur d’une allocation aux matières premières et aux hedge funds apparaît solide. Ces classes d’actifs ne surperforment pas systématiquement dans les autres environnements économiques, ce qui n’a rien de surprenant puisqu’elles visent généralement à générer de meilleurs rendements ajustés du risque plutôt que de meilleurs rendements absolus. Elles ont toutefois historiquement disposé d’un avantage dans ce type d’environnement. Il va sans dire qu’il n’est pas souhaitable de payer des frais élevés de gestion de fonds spéculatifs pour une performance moyenne. La sélection des gérants est donc essentielle.
Marchés privés
Cette étude se concentre sur les marchés cotés, mais ceux-ci ne représentent qu’une partie de l’univers d’investissement. Les marchés privés, sous leurs différentes formes, offrent aux allocataires d’actifs des leviers supplémentaires pour adapter leurs portefeuilles, y compris face au risque de stagflation. Ces leviers concernent à la fois le potentiel d’amélioration des rendements et la diversification des moteurs de performance. Les données disponibles de manière homogène sur les marchés privés sont plus limitées et présentent leurs propres contraintes, notamment en raison de valorisations moins fréquentes. Par ailleurs, les caractéristiques propres à de nombreux segments des marchés privés, par exemple le fait que les capitaux soient appelés progressivement sur plusieurs années dans les véhicules traditionnels de Private Equity, les rendent moins adaptés à un positionnement tactique. Pour ces raisons, nous ne les avons pas couverts dans cette étude, mais nous estimons qu’ils doivent être pris en compte dans le cadre d’un processus d’allocation stratégique d’actifs.
Conclusion
Le célèbre portefeuille 60/40 n’est pas obsolète. Néanmoins, les investisseurs peuvent améliorer leurs chances d’obtenir des résultats favorables si l’économie mondiale s'oriente vers une situation de stagflation, caractérisée par une croissance plus faible et une inflation plus élevée.
- Au sein des portefeuilles obligataires : raccourcir la duration
- Au sein des portefeuilles actions :
Renforcer l’exposition aux styles qualité et value, afin de contrebalancer la forte exposition aux valeurs growth qui caractérise aujourd’hui le marché mondial
Accroître l’exposition au secteur de l’énergie, via des allocations sectorielles spécialisées ou des biais géographiques ciblés
Renforcer l’exposition aux entreprises et aux secteurs défensifs
Envisager une allocation aux valeurs aurifères
- Ajouter des allocations aux matières premières et aux hedge funds
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