CIO Lens : les marchés s’adaptent à un retournement majeur du consensus politique - T2 2025
Johanna Kyrklund réfléchit à la façon dont l'annonce des droits de douane s’inscrit dans un contexte de changement à plus long terme du consensus politique, tandis que Nils Rode examine les perspectives des marchés privés dans le contexte d’incertitude actuel et qu'Andy Howard évoque la nouvelle phase qui se dessine pour l’investissement durable.
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Dans notre CIO Lens de ce trimestre, disponible dans son intégralité ici (uniquement en anglais) :
- Johanna Kyrklund, Directrice des investissements du groupe, explique l’importance de prendre du recul pour avoir une meilleure vue d'ensemble, et analyse l'inscription des droits de douane dans le contexte d’un changement du consensus politique à plus long terme.
- Nils Rode, Directeur des investissements de Schroders Capital, présente comment, malgré les risques accrus liés aux changements de politique et aux incertitudes économiques, les marchés privés continuent de présenter des opportunités attrayantes.
- Andrew Howard, responsable mondial de l’investissement durable, revient sur une nouvelle ère pour l’investissement durable et climatique, en soulignant que le catalyseur de ce changement est antérieur à la nouvelle administration Trump.
Retrouvez l’article complet de Johanna Kyrklund ci-dessous ou cliquez ci-dessus pour visionner la vidéo.
Johanna Kyrklund :
Nous avons connu un début d’année mouvementé, marqué par la perturbation du monde de l’intelligence artificielle (IA) par DeepSeek, un changement radical dans les dépenses de défense et d’infrastructure en Allemagne et, bien sûr, le « Liberation Day ». Cela s’est traduit, dans un premier temps, par des écarts importants de performance entre et au sein des différentes classes d’actifs, puis plus récemment, par une correction sévère.
Comme toujours, il nous faut prendre du recul pour replacer ces événements dans leur contexte. Ces dernières années, nous avons souvent évoqué un changement profond du régime d’investissement, sous l’effet d’un rejet du consensus politique qui dominait les politiques occidentales depuis les années 1990 : priorité à la rigueur budgétaire, politique monétaire accommodante et mondialisation accrue.
Ce modèle a posé problème, en particulier dans les années 2010, lorsque les taux d’intérêt étaient proches de zéro ou étaient négatifs et que la croissance des salaires stagnait, car il ne convenait pas à la majorité des citoyens des démocraties occidentales. Par conséquent, ces dernières années, nous avons assisté à l’émergence d’un nouveau consensus politique populiste axé sur une politique budgétaire plus proactive et des politiques protectionnistes et anti-immigration.
Cela peut sembler être une combinaison d’événements chaotique, mais en réalité, tout cela est symptomatique du tournant majeur lié au consensus politique que nous avons décrit. La définition des « droits de douane » par le président Trump est critiquable, mais il exprime clairement son point de vue sur le commerce international depuis de nombreuses années. Nous ne partageons peut-être pas son approche et sa philosophie, mais il a toujours été constant dans ses décisions politiques.
Droits de douane : la base de tarification du risque devient claire
Certes, la première salve de Donald Trump a annoncé des droits de douane plus élevés que prévu : il reste à savoir quelle sera l’issue des négociations. Cependant, nos prévisions économiques sont ajustées à la baisse et le risque de récession a augmenté, alors que les entreprises font face à des perturbations de leurs chaînes d’approvisionnement.
Désormais, la réaction du reste du monde sera déterminante. Les pays figurant sur la liste tarifaire choisissent soit de riposter et d’intensifier la guerre commerciale, soit d’envisager de réduire leur déséquilibre commercial avec les États-Unis. La durée de ce processus aura également une incidence sur les marchés.
Il faut garder à l’esprit que ce que les marchés redoutent le plus, c’est l’incertitude ; les mauvaises nouvelles peuvent être intégrées dans les prix. La méthodologie de Trump, présentée de façon transparente, est claire. On peut contester l’approche : il n’a pas appliqué de taux de droits de douane, ni de barrières non tarifaires, mais a pris le déficit commercial de chaque pays avec les États-Unis, puis l’a divisé par ses exportations vers les États-Unis. En appliquant le principe d’imposer 50 % du taux ainsi calculé, il a donné un cadre de négociation explicite.
Cela peut ressembler à parcours semé d’embûches, mais au moins nous commençons à comprendre les règles et les marchés disposent d’une base pour évaluer ces risques. La riposte de la Chine assombrit les perspectives de croissance mais, là encore, nous cernons mieux la logique et les réactions possibles. Nous passons rapidement de risques inconnus à des risques analysables.
Les réactions des gouvernements et des banques centrales influenceront également les mouvements du marché
Au-delà des négociations commerciales, les marchés seront également tributaires des réponses budgétaires et monétaires face au ralentissement de la croissance. L’administration Trump demeure attachée aux baisses d’impôts et la levée du frein à l’endettement par l’Allemagne est une mesure encourageante. De même, les dirigeants chinois envisagent des mesures pour stimuler la consommation intérieure.
Les politiques monétaires pourraient diverger davantage. Les droits de douane ont généralement un effet déflationniste en Europe, de sorte qu'une accélération des baisses des taux est attendue dans cette région. La situation est plus complexe aux États-Unis en raison des effets inflationnistes à court terme de la hausse des prix à l’importation : nous nous attendons donc à ce que la Réserve fédérale américaine soit plus prudente. À terme, nous prévoyons un resserrement de la politique monétaire en réponse aux droits de douane, ce qui devrait contribuer à atténuer une partie de son impact.
À moyen terme, il convient toutefois d'être prudents. Les conséquences sur l'inflation et le niveau de la dette, ainsi que la volonté des détenteurs d'obligations d'accepter cette situation, constitueront en effet les principales contraintes pesant sur l'assouplissement des politiques monétaires. Si les niveaux d’endettement sont jugés insoutenables, ou si l’engagement des décideurs politiques à l’égard d’une certaine forme de discipline budgétaire et de contrôle de l’inflation est remis en question, les rendements obligataires pourraient augmenter.
Les obligations d’État américaines ont connu une certaine volatilité. Néaanmoins, pour l’instant, ce risque nous semble faible. L’indépendance de la banque centrale est toujours intacte et les inquiétudes au sujet de la croissance plafonnent les rendements obligataires, mais nous surveillons de près les prix de l’inflation et les corrélations entre obligations et actions.
Si l’on fait le lien avec le 3D Reset (démondialisation, démographie, décarbonation), nous sommes passés d’un régime mondialisé marqué par des chocs déflationnistes dans les années 2010 à un régime démondialisé avec des chocs inflationnistes.
Diversifier l’exposition aux actions régionales
Enfin, concentrons-nous sur les États-Unis. Comme mentionné ci-dessus, l’exceptionnalisme américain a été en partie motivé par la capacité du pays à maintenir des niveaux plus élevés de dépenses publiques grâce au statut de devise de réserve du dollar, et sa domination dans le secteur technologique. La perturbation du système commercial international assombrit toutefois cette tendance.
De plus, l’extrême concentration du S&P 500 dans sur quelques entreprises expose les investisseurs à un niveau inhabituellement élevé de risque spécifique aux actions, comme l’a illustré la récente actualité autour de DeepSeek.
Nous anticipons une réaction des gouvernements européens et chinois qui pourrait être favorable aux marchés, provoquée par Donald Trump, et avons donc diversifié notre exposition aux actions en dehors des États-Unis.
À long terme, les enjeux structurels posés par le « 3D Reset » restent plus que jamais d’actualité, et exigent adaptabilité et sens aigu du risque pour faire face à la complexité croissante. Pour détourner une célèbre citation de Bette Davis : « Attachez vos ceintures, la route s’annonce mouvementée ». Les opportunités restent nombreuses, mais il nous faut désormais élargir notre regard au-delà des gagnants des années passées.
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