Conflit iranien : implications pour le pétrole et les autres matières premières
L’escalade récente au Moyen-Orient laisse présager des perturbations d’approvisionnement et un risque de hausse des prix des matières premières.
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Avant les événements du week-end dernier, le pétrole était bon marché au regard des standards historiques, autour de 60 $ le baril (bbl). Les stocks étaient élevés et les acteurs du marché pétrolier n’anticipaient pas d’évènements susceptibles de faire monter les prix. Le consensus pour le reste de l’année tablait d'ailleurs sur une baisse des prix du pétrole.
À la suite des attaques, les prix du pétrole se sont redressés. La réponse iranienne a été plus large et plus agressive que lors d’incidents précédents, comme la guerre de 12 jours de juin dernier qui avait vu les prix grimper jusqu'à 78 $/bbl avant de rapidement se replier.
Le détroit d’Hormuz, un point névralgique pour de nombreuses matières premières
Une différence majeure aujourd’hui est que le détroit d’Ormuz, l’un des principaux points de passage stratégiques du transport maritime mondial, est pratiquement fermé. Des attaques visant des navires dans la zone ont été signalées, comme l’a confirmé le UK Maritime Trade Operations. Cette situation crée une dynamique plus fragile et complexe que lors des épisodes précédents, généralement de courte durée.
Le détroit est un passage étroit et très exposé par lequel transitent environ :
- 20 % de l'offre mondiale de pétrole
- 20 % du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial
- des volumes significatifs d’engrais (par exemple 33 % de l'urée)
- 7 % de l’offre mondiale d’aluminium
Une perturbation prolongée affecterait donc plusieurs marchés de matières premières, et pas uniquement le pétrole brut. La question clé est désormais de savoir combien de temps le conflit actuel pourrait durer. Le président Trump a évoqué un horizon de quatre semaines.
Un approvisionnement alternatif en pétrole difficilement envisageable
Si le transport maritime via le détroit d’Ormuz reste entravé pendant longtemps, il sera extrêmement difficile de se procurer des approvisionnements de substitution. L’OPEP a annoncé une augmentation de 200 000 barils par jour (b/j), mais ce volume est négligeable au regard de l’ampleur des perturbations potentielles.
L’Iran produit 3,4 millions de b/j et en exporte 1,7 million, principalement vers la Chine : ce sont les flux les plus immédiatement menacés. La Chine pourrait chercher à les remplacer par du pétrole russe, qui est par ailleurs soumis à des sanctions. Un autre point à surveiller est une éventuelle reprise des achats de pétrole russe par l'Inde.
Une perturbation du transport maritime via le détroit d’Ormuz affecterait aussi la capacité de l’Arabie saoudite à exporter du pétrole. L’Arabie saoudite exporte entre 7 et 7,4 millions de b/j et pourrait, en théorie, réacheminer une partie des volumes via son oléoduc Est-Ouest. Cependant, cet oléoduc n’a jamais fonctionné à pleine capacité et cela impliquerait également de réorganiser les routes maritimes, ce qui prendrait du temps.
Par ailleurs, les exportations saoudiennes sont déjà proches de leurs niveaux maximums. Il semble peu probable que l'Arabie saoudite dispose d'une grande marge de manœuvre pour les augmenter, même en cas de bascule partielle vers l’oléoduc plutôt que le détroit d’Ormuz.
Les exportations saoudiennes proches de leur maximum
Sources : Bloomberg, Schroders ; Bloomberg – mars 2026.
Les États-Unis ne sont pas non plus en position de fournir davantage de pétrole pour remplacer les barils bloqués par les perturbations. La croissance du pétrole de schiste américain s’est essouflée et les meilleurs gisements sont de plus en plus épuisés. Même des prix plus élevés ne suffiraient pas à déclencher une hausse immédiate de l’offre, compte tenu de la discipline en matière de capital et de seuils d'investissement élevés.
Variation annuelle de la production pétrolière américaine
Sources : Bloomberg, Schroders – février 2026. Présenté à titre illustratif uniquement et ne constitue pas une recommandation d’achat ou de vente.
En résumé, si le détroit reste perturbé, il n’existe aucune source crédible d’offre de remplacement rapide, exposant le marché à un déficit significatif.
Les prix du pétrole pourraient encore grimper si le conflit persiste
Si les perturbations se prolongent pendant plusieurs semaines, les prix du pétrole pourraient s’envoler. Chaque semaine supplémentaire de blocage augmenterait les craintes du marché quant à une perte durable d’approvisionnement. Une perturbation plus longue pourrait faire grimper les prix vers des niveaux historiques extrêmes.
Nos estimations suggèrent que si l’accès au détroit d’Ormuz est restreint pendant une période de quatre à cinq semaines, le prix du pétrole pourrait atteindre 100 à 120 $/bbl. Si le conflit se prolonge pendant des mois, nous pourrions voir les prix dépasser les précédents records historiques, jusqu’à 150 à 200 $/bbl.
Une hausse prolongée des prix du pétrole pourrait déclencher une seconde vague d’inflation
David Rees, Responsable mondial de la recherche économique, a déclaré : « Une brève flambée des prix du pétrole aurait peu d’effet durable sur l’inflation. Les prix de l’énergie devraient rester élevés pendant des semaines, voire des mois, pour que cela fasse remonter l’IPC de manière significative. En revanche, une inflation énergétique durablement plus élevée rognerait les revenus réels, pèserait sur la croissance et susciterait des doutes quant à la capacité des banques centrales, comme la Réserve fédérale américaine, à poursuivre l'assouplissement de leur politique monétaire. »
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