Dette émergente : des opportunités dans un monde fragile
Mise à jour - juin 2026 : l’environnement mondial reste extrêmement complexe, mais les risques demeurent gérables pour plusieurs économies émergentes
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Nos perspectives pour les marchés obligataires émergents restent constructives, malgré un environnement mondial exceptionnellement difficile. Les marchés continuent de faire face à trois sources majeures de risque, qui se révèlent toutes plus persistantes que ne l’avaient initialement anticipé de nombreux investisseurs et décideurs publics :
- La persistance des tensions commerciales liées aux droits de douane et les chocs géopolitiques au Moyen-Orient. En particulier, l’incertitude autour du détroit d’Ormuz et des perspectives d’approvisionnement en pétrole en provenance du Golfe est susceptible de maintenir un niveau très élevé de nervosité chez les investisseurs internationaux.
- Le renforcement des pressions stagflationnistes à l’échelle mondiale. Le ralentissement de la croissance, combiné à des tensions inflationnistes liées à des chocs d’offre, continue de compliquer les perspectives de politique économique.
- L’aggravation des fragilités budgétaires dans plusieurs pays développés, où la fragmentation croissante des paysages politiques rend incertaine toute consolidation budgétaire, ce qui pourrait maintenir des primes de risque budgétaire élevées sur les marchés obligataires mondiaux.
Si ces trois risques venaient à s’intensifier simultanément, ils pourraient exercer une pression significative sur les prix des actifs mondiaux et justifier une allocation de portefeuille nettement plus défensive.
Dans ce contexte, une hausse marquée des rendements des obligations du Trésor américain à long terme, au-delà de leur fourchette récente, constituerait un signal d’alerte important. Dans un tel scénario, il pourrait être opportun d’augmenter les niveaux de liquidités et de mettre en place des stratégies de couverture. De manière encourageante, les rendements américains ont testé puis rejeté le haut de cette fourchette en mai, ce qui conforte nos signaux techniques et de sentiment positifs pour ce marché.
Plusieurs facteurs soutiennent par ailleurs notre conviction que les risques mentionnés ci-dessus devraient rester globalement contenus.
Premièrement, ces risques globaux sont désormais largement connus et semblent, de ce fait, au moins en partie intégrés dans les prix de marché. Dans les marchés émergents, cela se reflète notamment dans l’important ajustement des positionnements sur les devises, qui s’est traduit par un débouclage bienvenu des stratégies de portage excessives et des expositions spéculatives accumulées lors de la faiblesse du dollar américain l’an dernier (rappel : les stratégies de portage consistent à emprunter dans une devise à faible taux d’intérêt pour investir dans des actifs offrant un rendement plus élevé).
L’Asie illustre clairement cet ajustement : le positionnement consensuel dans la région a récemment atteint des niveaux fortement vendeurs, comme le montre le graphique 1, ce qui crée les conditions d’un rebond marqué en cas d’apaisement des tensions mondiales.
Graphique 1 : Positionnement consensuel du marché – Devises asiatiques
Source : Schroders FX Survey, juin 2026
Deuxièmement, nos indicateurs relatifs aux agrégats monétaires mondiaux suggèrent que la liquidité financière globale reste abondante et continue de croître à des niveaux historiquement propices à une prise de risque accrue.
Troisièmement, et surtout, les développements récents renforcent notre conviction que la résilience des principales économies émergentes reste intacte. Celle-ci repose sur des fondamentaux macroéconomiques plus solides et des cadres de politique économique plus robustes que lors des précédents cycles de ralentissement de la croissance et de tensions inflationnistes.
Le Graphique 2 met en évidence une tendance de fond : les investisseurs internationaux reconnaissent de plus en plus la solidité relative des finances publiques et des balances des paiements des marchés émergents par rapport aux marchés développés. Les rendements des marchés émergents s’inscrivent ainsi en baisse, tandis que ceux des marchés développés restent soumis à des pressions haussières.
Graphique 2 : Rendements obligataires des marchés émergents et développés (%)
Sources : LSEG DataStream, Schroders Economics Group, 28 mai 2026.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures et peuvent ne pas se reproduire.
Quatrièmement, les comptes extérieurs restent solides dans une grande partie des économies émergentes. Les positions de balance des paiements sont globalement saines et les réserves de change constituent un matelas de protection supplémentaire face aux chocs externes. Dès lors, le risque de crises généralisées de balance des paiements ou de tensions soudaines sur le financement apparaît limité. Malgré les chocs en cours, les réserves de change continuent de progresser, comme l’illustre le Graphique 3. À l’exception de la Turquie et de l’Indonésie, aucune grande économie émergente n’a été contrainte d’intervenir de manière significative pour stabiliser sa devise lors des récents épisodes géopolitiques.
Graphique 3 : Réserves de change des marchés émergents – croissance annuelle (%)
Sources : Schroders, Bloomberg, LSEG Data & Analytics, 29 mai 2026
Cinquièmement, de nombreuses économies émergentes disposent d’une couverture géopolitique intégrée grâce à leur statut d’exportateurs de matières premières. Dans un contexte caractérisé par des tensions géopolitiques, une fragmentation des chaînes d’approvisionnement et une concurrence accrue pour les ressources stratégiques, les pays producteurs de matières premières peuvent bénéficier de recettes d’exportation plus élevées et d’équilibres extérieurs plus forts. L’Amérique latine se distingue à cet égard, ce qui explique notre positionnement récemment renforcé sur la région.
Le Brésil en est un exemple convaincant. Malgré les récentes périodes de volatilité des marchés mondiaux et d’incertitude politique intérieure, la dette souveraine brésilienne en monnaie locale a offert des rendements exceptionnellement solides cette année, avec environ 12 % en dollars américains mesurés par l’indice GBI-EM Global Diversified Brazil. Cette surperformance a été principalement motivée par l’appréciation du real brésilien, lui-même soutenue par plusieurs facteurs fondamentaux puissants : des valorisations réelles du taux de change effectif encore raisonnables, les taux d’intérêt réels les plus élevés de l’univers investissable, une balance commerciale qui continue de générer des excédents importants et une dépendance limitée aux flux de capitaux étrangers à court terme.
Le dernier point est particulièrement important. La détention étrangère du marché obligataire domestique brésilien reste proche des plus bas sur plusieurs années, à environ 11 % de la dette en cours, réduisant ainsi la vulnérabilité aux sorties de capitaux soudaines lors des périodes de tension du marché. À notre avis, cette combinaison de comptes externes solides, de valorisations attractives et de marges de taux réels élevées offre une protection significative contre les chocs défavorables. En conséquence, malgré l’élection présidentielle d’octobre à venir, qui engendrera inévitablement des périodes de volatilité accrue, nous restons constructifs sur les obligations en monnaie locale brésilienne.
Les risques d’inflation se renforcent à l’échelle mondiale, mais les marges de taux restent importantes
Graphique 4 : Stade actuel du cycle d’inflation par pays
Sources : Schroders, mai 2026. À titre illustratif uniquement. Ne constitue pas une recommandation d’achat ou de vente.
Comme le montre le Graphique 4, la hausse des prix du pétrole a ravivé les pressions inflationnistes dans plusieurs économies développées et émergentes, interrompant une tendance désinflationniste jusqu’alors largement généralisée. Si ces signaux inflationnistes se multiplient, quatre différences majeures apparaissent par rapport au choc inflationniste consécutif à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qui avait fortement pesé sur les marchés obligataires mondiaux et émergents.
Premièrement, le point de départ de la remontée actuelle de l’inflation dans la plupart des économies émergentes est nettement plus faible qu’en 2022. Deuxièmement, le choc actuel de l’offre pétrolière intervient dans un contexte de demande mondiale atone, contrairement à 2022 où la reprise post-Covid s’accompagnait d’un rebond marqué de la demande et de perturbations importantes des chaînes d'approvisionnement. Troisièmement, ces tensions inflationnistes surviennent dans un environnement de politique monétaire déjà très restrictive et de taux réels élevés, offrant davantage de marge de manœuvre aux autorités monétaires. Quatrièmement, les marchés émergents n’évoluent plus de manière synchronisée, tant en termes de performance que de réponses de politique économique aux chocs de marché ou à la pression renouvelée des prix.
Dans ce contexte, des pays comme l’Afrique du Sud ont été récompensés pour avoir relevé leurs taux de manière décisive en mai afin de préserver la crédibilité de leur politique monétaire et de maintenir des taux réels adéquats. À l’inverse, les marchés ont sanctionné des pays comme l’Indonésie, où les signaux de politique économique ont été erratiques et où la crédibilité budgétaire s’est détériorée. La roupie indonésienne a poursuivi sa dépréciation, contraignant la banque centrale à relever ses taux en mai sans parvenir, à ce stade, à restaurer la confiance du marché.
À l’inverse, plusieurs grandes économies émergentes, dont le Brésil et le Mexique, ont récemment démontré leur capacité à abaisser leurs taux face à un ralentissement de la croissance. Cette évolution a été bien accueillie par les marchés, comme en témoigne la poursuite de l’appréciation de leurs devises.
Cette divergence entre pays renforce l’importance de la gestion active et de la sélection géographique dans un environnement marqué par des pressions stagflationnistes. Le Graphique 5 illustre la dispersion des performances observée depuis le début de l’année dans l’univers de la dette émergente en monnaie locale.
Graphique 5 : Performances depuis le début de l’année des obligations et devises émergentes (%)
Source : Bloomberg, JP Morgan, 3 juin 2026
Nous anticipons que les écarts de valorisation actuels continueront d’accentuer cette dispersion des performances au cours de l’année.
Des valorisations de plus en plus différenciées au sein de la dette émergente
Dans la dette souveraine en devises fortes, les obligations investment grade apparaissent chères. Les spreads de crédit se sont fortement comprimés à environ 90 points de base, offrant une rémunération limitée au regard des risques de baisse, notamment dans un environnement où les rendements obligataires des marchés développés restent susceptibles de connaître de nouveaux épisodes de volatilité.
À l’inverse, des poches de valeur subsistent dans le segment à haut rendement en devises fortes, avec des spreads supérieurs à 400 points de base selon l’indice EMBI GD. Si la sélection de crédit reste essentielle, les investisseurs peuvent encore identifier des opportunités attractives ajustées du risque parmi des émetteurs dont les fondamentaux s’améliorent, sans que cette amélioration soit encore pleinement reflétée dans les valorisations. Plusieurs pays africains exportateurs de pétrole, tels que le Nigeria et l’Angola, présentent ainsi une amélioration de leurs indicateurs de crédit et une trajectoire de politique économique favorable.
Notre conviction la plus forte porte sur la dette en monnaie locale. Les taux locaux continuent d’offrir certaines des opportunités les plus attractives au sein des marchés obligataires mondiaux. Les rendements des obligations d’État à 10 ans au Brésil (14,5 %), en Colombie (12,3 %), au Mexique (9,1 %) et en Afrique du Sud (8,6 %) figurent parmi ceux qui, selon nous, compensent largement les investisseurs pour les risques inflationnistes et géopolitiques actuels.
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