Dette émergente : sélectivité dans un contexte changeant
Mise à jour T3 2026 : Des opportunités attractives émergent à mesure que les pressions stagflationnistes s'atténuent, mais la sélectivité demeure essentielle.
Authors
Les vents contraires stagflationnaires qui ont pesé sur l’économie mondiale au trimestre précédent commencent à s'atténuer. Si les tensions au Moyen-Orient restent élevées, leur impact sur les marchés semble avoir diminué. Alors que les flux pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz se normalisent progressivement, l'effet du récent choc d'offre pétrolier s'estompe. Si cette normalisation se confirme, le marché pétrolier mondial pourrait même rapidement basculer en situation d'excédent d'offre, en particulier si l'OPEP se fragmente davantage. Associée à la faiblesse des prix agricoles, cette évolution devrait contribuer à dissiper les craintes inflationnistes récentes, qui ont conduit les investisseurs et les responsables politiques à adopter dernièrement une position excessivement prudente vis-à-vis d'une hausse de l'inflation largement imputable à un choc d'offre temporaire.
Ce contexte réduit les vents contraires pesant sur les marchés obligataires mondiaux et justifie une position tactiquement plus constructive sur la duration de taux. Par ailleurs, il ne faut pas négliger le potentiel d'un short squeeze sur la partie longue de la courbe des taux américaine, les intervenants de marché semblant avoir récemment commencé à réduire leurs positions excessivement vendeuses ou sous-pondérées en duration.
Nos indicateurs mondiaux de liquidité financière demeurent à des niveaux propices à une prise de risque accrue sur les marchés. La croissance monétaire mondiale reste favorable, sans être suffisamment excessive pour alimenter durablement les récentes inquiétudes inflationnistes. Autrement dit, les signes de surchauffe de la demande ou d'excès de crédit restent limités dans les principales économies développées comme émergentes.
Les vulnérabilités structurelles du dollar américain sont actuellement éclipsées par l'orientation restrictive adoptée par le nouveau président de la Réserve fédérale. Cette posture devrait toutefois s'assouplir prochainement, dans la mesure où l'atténuation rapide des chocs d'offre énergétiques devrait réduire la nécessité de relever les taux. La Fed pourrait également être de nouveau confrontée, plus tôt que prévu, aux réalités de la domination budgétaire, qui limiteraient fortement la capacité de la Fed à reserrer sa politique monétaire. Dans ce contexte, le repli cyclique du dollar, amorcé l'an dernier, devrait reprendre et offrir un nouveau soutien aux actifs émergents. Nous jugeons également encourageant le récent dégagement des positions longues très consensuelles sur les devises émergentes, qui réduit le risque d'un débouclement désordonné des opérations de portage encore présentes sur ces marchés.
La dette émergente en monnaie locale demeure notre secteur favori, en particulier au Brésil, au Mexique, en Colombie, au Pérou, en Afrique du Sud, en Hongrie, au Nigeria et en Égypte. Nous anticipons pour ces marchés des rendements supérieurs à 10 % au cours des douze prochains mois. Les révisions haussières récentes des anticipations d'inflation dans plusieurs pays émergents paraissent excessives et devraient s'inverser à mesure que les prix de l'énergie et des produits agricoles poursuivent leur correction. Malgré les récentes inquiétudes inflationnistes, la crédibilité des politiques économiques reste globalement intacte, les taux réels demeurent élevés et les balances des paiements apparaissent généralement solides. Cela explique la résilience remarquable des actifs émergents.
Malgré des spreads moins attrayants sur la dette en devises fortes, ce segment devrait continuer à constituer une source importante de génération de revenus, avec un rendement total attendu d'environ 7 % sur douze mois. La Colombie, l'Afrique du Sud, l'Argentine, l'Égypte, l'Angola, le Nigeria et l'Équateur figurent parmi les émetteurs qui continuent d'associer des spreads attractifs à une amélioration renouvelée de leur qualité de crédit.
Asie
Les marchés obligataires asiatiques devraient bénéficier d'un certain répit, la région ayant surmonté les craintes initiales d'éventuelles pénuries énergétiques catastrophiques, notamment grâce à la capacité remarquable de la Chine à réduire fortement ses importations de pétrole en puisant dans ses gigantesques réserves stratégiques. Le sentiment de marché devrait également se redresser compte tenu de la reprise naissante mais soutenue des importations pétrolières en provenance du Golfe. Après avoir adopté une position très défensive dans la région, nous revenons désormais à une position plus neutre de manière générale.
Nous sommes devenus particulièrement constructifs sur l’Inde, notamment sur la devise, qui pourrait désormais être soutenue par l'apaisement des tensions dans le Golfe, des valorisations plus attractives ainsi que par les initiatives des autorités visant à attirer les flux étrangers et à injecter davantage de liquidité dans le système. Nous conservons également une opinion favorable sur le ringgit malaisien malgré les turbulences politiques à court terme.
Des expositions tactiques limitées aux obligations indonésiennes et à la roupie indonésienne nous paraissent désormais justifiées, compte tenu de niveaux de valorisation excessivement dégradés, d'un faible niveau de détention par les investisseurs, de valorisations améliorées ainsi que des efforts de la Banque d'Indonésie pour restaurer la confiance via des relèvements de taux. Un retour à une position franchement positive nécessiterait toutefois des signes démontrant que l'élaboration erratique récente des politiques publiques et la détérioration budgétaire sont maîtrisées, éventuellement grâce à la nomination d'une équipe économique technocratique crédible.
Europe centrale, Moyen-Orient et Afrique
Les obligations locales d’Europe centrale demeurent attractives, soutenues par une croissance résiliente et équilibrée, une inflation maîtrisée et des balances fondamentales (compte courant plus investissements directs étrangers) solidement excédentaires. Les rendements des obligations souveraines à dix ans se situent encore, selon nos estimations, entre 50 et 70 points de base au-dessus de leur valeur d'équilibre. Au sein de la région, notre conviction est particulièrement forte sur la Hongrie, où le récent repositionnement pro-européen, axé sur la préservation des institutions démocratiques et de la soutenabilité budgétaire, devrait permettre une nouvelle compression structurelle des rendements.
Les obligations sud-africaines, locales comme externes, ainsi que le rand, demeurent des positions de forte conviction. Malgré des divergences internes, la coalition au pouvoir continue de faire avancer les réformes, tandis qu'une politique budgétaire prudente et un cadre monétaire crédible devraient ancrer les anticipations d'inflation. Des valorisations attractives, des taux réels élevés, l'amélioration des termes de l'échange ainsi que le reflux des prix alimentaires et énergétiques soutiennent la stabilité de la devise et la poursuite de la compression des rendements des obligations souveraines à dix ans, actuellement autour de 9,4 %.
En Turquie, les rendements élevés (39 %) et la dépréciation maîtrisée de la devise continuent de rendre les stratégies de portage attractives. Une inflation persistante et la nécessité de préserver la stabilité du taux de change devraient inciter la banque centrale turque (CBRT) à rester prudente quant à l'assouplissement de sa politique monétaire. Nous demeurons toutefois vigilants face au risque politique, compte tenu des incertitudes entourant la possibilité pour Recep Tayyip Erdogan d'obtenir un nouveau mandat et de l'évolution des partis d'opposition.
Les actifs égyptiens sont devenus plus attrayants, maintenant que le pays a traversé les récents chocs géopolitiques, soutenu par la stabilisation macroéconomique menée avec l'appui du FMI, la résilience du tourisme, le renforcement des transferts de fonds des expatriés et une inflation moins élevée que redouté. Nous continuons de privilégier les bons du Trésor à douze mois offrant un rendement de 24 %, en raison de leur portage supérieur à celui des obligations plus longues et de la perspective d'un assouplissement monétaire plus graduel.
Nous réitérons notre position optimiste sur la dette souveraine en dollars du Nigeria et de l’Angola. Si la baisse des prix du pétrole pourrait entraîner une correction après la forte compression récente des spreads, l'amélioration des indicateurs de crédit devrait s'avérer durable.
Amérique Latine
Les obligations et devises locales brésiliennes devraient continuer de bénéficier de soutiens importants, notamment des rendements élevés d'environ 14,5 %, une inflation globalement maîtrisée et des comptes extérieurs exceptionnellement solides. Ces facteurs devraient permettre d'absorber la volatilité liée aux élections ainsi que les incertitudes budgétaires persistantes. Toutefois, l'élection présidentielle à venir devrait provoquer des épisodes de volatilité susceptibles de justifier des réductions temporaires d'exposition à des fins de gestion des risques.
Nous réaffirmons notre position positive sur les actifs mexicains, notamment grâce à un contexte politique stable lié à la forte popularité du président et à la réduction des tensions avec les États-Unis. Les obligations et la devise mexicaines bénéficient également d'une amélioration des échanges commerciaux et d'un soutien toujours marqué des taux d'intérêt, tandis que les dynamiques budgétaires défavorables observées ces dernières années demeurent globalement contenues.
Notre scénario positif sur les obligations colombiennes a été validé par l'issue favorable de l'élection présidentielle de juin. Le pays semble s'éloigner du populisme de gauche de l'administration précédente, qui avait laissé les finances publiques dans une situation vulnérable. Nous nous attendons à ce que la nouvelle équipe économique s'attaque à ces défis budgétaires, favorisant ainsi une nouvelle amélioration du sentiment de marché et une compression supplémentaire des rendements, encore élevés à environ 11,70 %.
Nous conservons une opinion fondamentalement constructive sur les actifs chiliens et péruviens, qui devraient être soutenus par des perspectives politiques plus favorables, une amélioration de la dynamique budgétaire, des positions extérieures solides et des réserves de change adéquates.
Plusieurs États souverains latino-américains devraient offrir des rendements sur 12 mois supérieurs à 8 %, malgré des spreads historiquement serrés sur les obligations en dollars. Ces performances paraissent les plus accessibles en Argentine, en Équateur, en Colombie et au Mexique, soutenues par des indicateurs de crédit stables et des niveaux de rendement toujours attractifs. Le Venezuela continue d'offrir un potentiel de redressement significatif, mais la correction en cours pourrait se poursuivre avant que des points d'entrée plus attractifs ne se présentent.
Entreprises émergentes
Le cycle de crédit des entreprises émergentes se normalise, devenant plus équilibré après deux années d'amélioration des fondamentaux.
Les crédits latino-américains demeurent attractifs, dans un contexte où la dynamique politique continue d'évoluer en faveur de dirigeants favorables aux marchés. Cette tendance devrait améliorer le sentiment des investisseurs ainsi que l'environnement macroéconomique des entreprises. Les émetteurs à haut rendement des secteurs TMT (technologies, médias et télécommunications) ainsi que les banques mexicaines bénéficient de fondamentaux sectoriels solides. Le Brésil offre également des opportunités, même si les taux réels élevés demeurent un défi majeur.
Les entreprises de l’EEMEA se sont stabilisées après la désescalade du conflit entre les États-Unis et l'Iran. Les entreprises ukrainiennes continuent d'offrir des rendements supérieurs à la moyenne et font preuve d'une résilience opérationnelle notable. Les entreprises turques évoluent dans un environnement plus difficile, marqué par des taux d'intérêt élevés, une devise peu compétitive et une consommation intérieure atone.
Les entreprises asiatiques continuent d'être soutenues par une forte demande domestique. L'immobilier à Hong Kong constitue un point positif, grâce à la hausse du marché boursier, à l'arrivée de nouveaux acheteurs en provenance de Chine continentale et à l'amélioration des niveaux de stocks. Certains segments de l'immobilier chinois offrent également des opportunités intéressantes.
Analyse quantitative
Le modèle de vulnérabilité pays de Schröder n’a détecté aucun signal d’alerte précoce majeur parmi les principales économies émergentes. La plupart des pays demeurent dans des phases favorables du cycle, soit en phase d'« ajustement », soit en phase d'« équilibre ». L'Amérique latine s'améliore globalement, tandis que l'Asie et la région EEMEA ont enregistré une certaine dégradation de leurs scores de risque à partir de niveaux très favorables, reflétant en partie l'impact négatif du récent choc énergétique sur les balances des paiements. Cet effet est désormais en train de s'estomper.
Les valorisations des actifs émergents se sont détériorées, même si les taux locaux émergents demeurent sous-évalués, particulièrement en Amérique latine. Les taux de change effectifs réels des devises émergentes se situent désormais, en moyenne, proches de leur juste valeur, à l'exception de la roupie indonésienne (IDR), de la roupie indienne (INR) et du won coréen (KRW), qui se sont fortement dépréciés cette année. Les spreads de la dette émergente en devises fortes apparaissent peu attractifs, même si certains marchés frontières émergents en dollars continuent d'offrir de la valeur.
Analyse graphique et du sentiment de marché
Les perspectives techniques sur les taux américains sont mitigées. Les rendements évoluent au sein de configurations triangulaires qui devraient se résoudre par une sortie haussière. À court terme, le rejet récent de la borne supérieure de cette figure, combiné à un positionnement consensuel très léger sur la duration, constitue toutefois un élément encourageant.
Les configurations graphiques sont également contrastées pour la dette émergente. Le resserrement des spreads de crédit émergents paraît excessif, même si la dynamique reste très solide. La correction récente observée sur les taux locaux et les devises doit s'achever prochainement afin de ne pas remettre en cause la tendance haussière de long terme de cette classe d'actifs. Le récent dégagement des positions sur la dette émergente en monnaie locale constitue un premier signe indiquant que cette phase de correction pourrait bientôt toucher à sa fin.
Les prévisions présentées dans ce document résultent d'une modélisation statistique fondée sur un certain nombre d'hypothèses. Elles sont soumises à un degré élevé d'incertitude concernant les facteurs économiques et de marché futurs susceptibles d'influencer la performance effective. Ces prévisions sont fournies à titre informatif à la date du présent document. Nos hypothèses peuvent évoluer de manière significative sous l'effet de modifications des hypothèses sous-jacentes, notamment en raison de changements des conditions économiques et de marché. Nous n'assumons aucune obligation de vous communiquer des mises à jour ou des modifications de ces données à mesure que les hypothèses, les conditions économiques et de marché, les modèles ou d'autres éléments évoluent.
S’abonner à nos paroles d’experts
Visitez notre centre de préférences et choisissez les articles que vous souhaitez recevoir.
Réservé exclusivement aux investisseurs et aux conseillers professionnels.
Ce document exprime les opinions du gérant ou de l'équipe citée et ne représente pas nécessairement les opinions formulées ou reflétées dans d’autres supports de communication, présentations de stratégies ou de fonds de Schroders.
Ce document n’est destiné qu’à des fins d’information et ne constitue nullement une publication à caractère promotionnel. Il ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente d’un instrument financier quelconque. Il n’y a pas lieu de considérer le présent document comme contenant des recommandations en matière comptable, juridique ou fiscale, ou d’investissements. Schroders considère que les informations contenues dans ce document sont fiables, mais n’en garantit ni l’exhaustivité ni l’exactitude. Nous déclinons toute responsabilité pour toute opinion erronée ou pour toute appréciation erronée des faits. Aucun investissement et/ou aucune décision d’ordre stratégique ne doit se fonder sur les opinions et les informations contenues dans ce document.
Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les cours des actions ainsi que le revenu qui en découle peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant qu’ils ont investi.
Les prévisions contenues dans le présent document résultent de modèles statistiques, fondés sur un certain nombre d'hypothèses.
Elles sont soumises à un degré élevé d'incertitude concernant l'évolution de certains facteurs économiques et de marché susceptibles d'affecter la performance future réelle. Les prévisions sont fournies à titre d'information à la date d'aujourd'hui. Nos hypothèses peuvent changer sensiblement au gré de l'évolution possible des hypothèses sous-jacentes notamment, entre autres, l'évolution des conditions économiques et de marché. Nous ne sommes tenus à l'obligation de vous communiquer des mises à jour ou des modifications de ces prévisions au fur et à mesure de l'évolution des conditions économiques, des marchés, de nos modèles ou d'autres facteurs.
Ce document est produit par Schroder Investment Management (Europe) S.A., succursale française, 1, rue Euler, 75008 Paris, France.
Authors
Thèmes