Géopolitique ou politique monétaire : qu'est-ce qui déterminera la prochaine évolution des rendements obligataires ?
Mise à jour de juin 2026 : alors qu’une résolution du conflit au Moyen-Orient semble désormais plus probable, nous examinons la manière dont les marchés obligataires pourraient réagir une fois que l’attention se détournera des enjeux géopolitiques.
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Alors qu’une résolution du conflit au Moyen-Orient paraît désormais plus probable, nous exposons les différents scénarios que nous envisageons ainsi que nos positionnements actuels de portefeuille, à mesure que l’attention des marchés se détourne des enjeux géopolitiques.
Deux constats s’imposent. Premièrement, la solidité des données économiques américaines réduit la probabilité de nouvelles baisses de taux de la Réserve fédérale (Fed) et augmente celle de hausses de taux au cours des douze prochains mois. Deuxièmement, même si notre analyse est devenue plus restrictive, les anticipations de marché se sont elles aussi nettement ajustées dans ce sens. Nous continuons de considérer que la probabilité d’un maintien des taux par la Fed (« Réchauffement ») est légèrement plus élevée que ce que les marchés intègrent actuellement.
Les probabilités attribuées à nos scénarios sont devenues plus restrictives, mais dans une moindre mesure que ce qu'anticipe le marché
Source : Schroders Global Fixed Income team, 16 juin 2026, à titre indicatif uniquement. Pour refléter la tendance vers le milieu de 2026, nos définitions de scénarios ont été décalées d’un an et sont désormais basées sur les actions attendues d’ici juin 2027, contre décembre 2026 auparavant. Les définitions restent inchangées : « Trop froid » : quatre baisses de taux ou plus ; « Équilibré » : deux à trois baisses ; « Réchauffement » : zéro à une baisse ; « Trop chaud » : plusieurs hausses de taux.
Marché du travail : détente, stabilisation ou resserrement ?
Le rapport sur l’emploi américain publié en mai a confirmé une tendance que nous mettons en avant depuis plusieurs mois : le marché du travail a cessé de se détériorer et se redresse désormais. Cette évolution est déterminante pour la Fed et, par conséquent, pour les investisseurs obligataires.
Pour l’instant, les données signalent un marché du travail plus solide, mais pas encore véritablement plus tendu (un resserrement du marché du travail étant généralement défavorable à l’inflation). Toutefois, comme le montre le graphique ci-dessous, même si les créations d’emplois ralentissaient à 100 000 par mois entre aujourd’hui et décembre, soit bien en deçà de la moyenne récente de 188 000 observée sur trois mois, laquelle a pu être gonflée par les embauches liées à la Coupe du monde, les effectifs salariés progresseraient encore de près de 1 % d’une année sur l’autre. Il s'agit d'un rythme que la capacité d’offre de main-d’œuvre ne peut absorber. Ainsi, même avec une croissance de l’emploi réduite de moitié par rapport à son rythme récent, un resserrement du marché du travail au second semestre 2026 paraît quasiment inévitable.
Variation (%) des effectifs non agricoles américains (données globales et sous-jacentes)
Sources : Schroders, Macrobond, juin 2026
S’agissant du volet inflation du mandat de la Fed, quelques éléments sont encourageants. Les effets saisonniers contribuent à des perspectives plus favorables pour l’été, tandis que l’impact des droits de douane sur le core PCE (indice des dépenses de consommation personnelle hors alimentation et énergie), la mesure de l’inflation privilégiée par la Fed, estimé entre 70 et 90 points de base, devrait progressivement s’estomper au second semestre.
Cependant, ces vents favorables seront compensés par des vents défavorables d’ampleur comparable. Nous n’avons pas encore pleinement observé les effets de la hausse des prix des puces mémoire ni ceux de l’inflation plus large dans le secteur technologique sur les consommateurs. Au-delà de l’électronique, les tensions sur les chaînes d’approvisionnement et la hausse des prix des matières premières alimentent également l’inflation sous-jacente des biens. La réouverture du détroit d’Ormuz apportera un certain soulagement, mais ne devrait pas suffire à résoudre le problème.
Dans l’ensemble, nous anticipons une inflation sous-jacente relativement stable, tandis que l’inflation globale devrait rester supérieure à 3 %, sauf si les prix du pétrole revenaient à leurs niveaux d’avant-guerre. En d’autres termes, l’inflation demeure trop élevée.
Le retour en grâce des gilts
Notre opinion positive sur les obligations australiennes et canadiennes demeure inchangée. Ces deux marchés restent nos marchés obligataires privilégiés. Nous avons toutefois relevé notre opinion sur les gilts britanniques. À mesure que les inquiétudes liées à l’énergie s’atténuent, dans un contexte où la perspective d’un accord avec l’Iran paraît plus probable, nous ne pensons pas que la Banque d’Angleterre relèvera ses taux directeurs, alors même que les marchés continuent d’intégrer certaines hausses de taux dans leurs anticipations. La faiblesse persistante du marché du travail, conjuguée à une amélioration progressive, quoique inégale, des pressions inflationnistes domestiques, notamment en matière de progression salariale et d’inflation des services, conforte cette analyse.
La BCE envoie un signal de politique monétaire restrictif
Nous avons déjà observé la Banque centrale européenne (BCE) resserrer sa politique lors de sa dernière réunion du 11 juin. Même si la croissance économique de la zone euro est modérée, nous ne pensons pas qu’elle ait suffisamment ralenti pour empêcher la BCE de procéder à de nouveaux relèvements de taux. En effet, ses prévisions montrent une inflation sous-jacente au-dessus de l'objectif sur tous les horizons et dans tous les scénarios, alors même que l’hypothèse de taux plus élevés est déjà intégrée dans les projections.
Prévisions d’inflation sous-jacente de la BCE – scénario central et scénarios alternatifs
Même si nous jugeons peu probable la concrétisation de ces projections, elles constituent un signal important quant à l’orientation de la BCE. À ce stade, cette orientation demeure restrictive jusqu’à preuve du contraire. C'est pourquoi nous considérons les Bunds allemands comme une position vendeuse lorsqu’elle est associée à notre position acheteuse sur les gilts.
Allocation d’actifs
La principale évolution de notre allocation d’actifs consiste à adopter une position neutre sur le crédit d’entreprise. Les valorisations demeurent peu attrayantes, mais un environnement macroéconomique favorable justifie désormais une position neutre. Nous conservons notre préférence pour la dette émergente libellée en devises fortes ainsi que pour les titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) émis par les agences américaines.
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