Gestion obligataire mondiale flexible : vues mensuelles – mars 2026
Les événements au Moyen‑Orient ravivent les pressions inflationnistes et placent les banques centrales en état d’alerte.
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La guerre en Iran est entrée dans sa troisième semaine et plusieurs issues restent possibles. Cela rend difficile toute lecture claire des perspectives économiques et des marchés financiers : l’économie mondiale serait profondément différente avec un pétrole au‑dessus de 120 $ le baril qu’avec un prix inférieur à 90 $.
Dans ce contexte, la meilleure approche consiste à reconnaître humblement ce que nous ne savons pas (et ne pouvons pas savoir) et à nous concentrer sur les zones géographiques et classes d’actifs sur lesquelles nous avons des convictions.
Le choc d’offre pétrolière nous a conduits à élargir les risques extrêmes dans notre distribution de probabilités : les deux scénarios « extrêmes » gagnent du terrain par rapport au mois dernier, au détriment du scénario central légèrement accommodant « Équilibré » (Just Right). Sans surprise, compte tenu de l’impact inflationniste du choc pétrolier, la probabilité de notre scénario « Trop chaud » (Too Hot) augmente tout en demeurant inférieure à la probabilité implicite du marché.
Probabilités de scénario : les risques extrêmes remontent
Le scénario « Trop froid » (Too Cold), la Réserve fédérale (Fed) procéderait à plus de quatre baisses de taux en 2026, à 2 à 3 baisses dans le scénario « Équilibré » (Just Right), tandis que dans le scénario « Réchauffement » (Warming Up), la Fed ne baisserait les taux qu’une seule fois, voire pas du tout. Enfin, dans le scénario « Trop chaud » (Too Hot), la Fed repartirait vers des hausses de taux en 2026, l’inflation redevenant problématique.
La duration compte
Rappeler que la duration (la sensibilité d’une obligation aux variations de taux) est déterminante relève presque de l’évidence pour tout investisseur obligataire.
Mais, dans le contexte actuel, nous ne faisons pas (seulement) référence à la duration obligataire : il s’agit aussi de la durée du conflit. Comme indiqué plus haut, de nombreuses inconnues subsistent quant à la manière dont la situation se résoudra, mais nous constatons que les marchés traitent pour l’instant l’épisode comme un choc fort mais temporaire, suivi d’une normalisation. Nous mettons simplement en garde : tout élément remettant en cause cette lecture pourrait alimenter une nouvelle phase de volatilité.
Quelle ampleur pour le choc ?
Compte tenu de la forte volatilité et de l’incertitude, il est impossible de quantifier précisément l’impact de cette crise sur la croissance ou l’inflation. Cela dépendra largement du niveau auquel le pétrole se stabilisera : autour de 80 $, 100 $, 120 $ le baril ou au-delà.
Nous pouvons toutefois estimer les fourchettes de grandeur des chocs de croissance et d’inflation en fonction de différents niveaux de prix du pétrole. Un pétrole stabilisé autour de 80 $ ajouterait environ 0,5 point à l’inflation globale (mesurée par l’indice des prix à la consommation), toutes choses égales par ailleurs. Cela constituerait un vent contraire à la croissance, mais il serait peu probable que cela suscite une alarme majeure.
Si le pétrole se stabilise autour de 100 $ le baril, la situation devient plus complexe : l’impact sur l’inflation (et sur le revenu réel des ménages) pourrait se rapprocher de 1 point, entraînant un ralentissement plus marqué de la croissance. Au‑delà de 120 $, le risque de récession augmenterait sensiblement, car un tel niveau serait probablement suffisant pour éroder la progression du revenu réel des ménages.
Au moins, le point de départ est meilleur....
Les banques centrales suivront de près la probabilité d’effets de second tour, tels que la hausse des anticipations d’inflation à moyen terme, les salaires et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. La bonne nouvelle est que le point de départ est meilleur que lors du choc des prix de l’énergie de 2022 après le début du conflit russo-ukrainien, lorsque les chaînes d’approvisionnement étaient déjà fortement perturbées, les anticipations d’inflation désancrées et la croissance des salaires bien au-delà des niveaux compatibles avec les objectifs d'inflations. Le conflit n'avait alors été que la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase.
Aujourd’hui, ces équilibres sont beaucoup plus proches de la normale. Sans minimiser l’ampleur du choc et le risque d’aggravation, nous privilégions une lecture fondée sur un point de départ plus favorable. Nous restons attentifs aux effets de second tour, mais notre scénario central est qu’ils resteront sensiblement plus modérés que lors de l’épisode précédent.
Des baisses aux hausses : les prix du marché ont connu des fluctuations importantes
Les marchés obligataires ont été considérablement réévalués depuis le début du conflit iranien. C’est particulièrement vrai en dehors des États-Unis et sur les maturités courtes : de nombreuses banques centrales voient désormais une certaine probabilité de hausses intégrée sur les douze prochains mois, alors que les marchés anticipaient auparavant des baisses ou un statu quo.
Implications pour la stratégie de portefeuille ?
Compte tenu de la volatilité et de la sensibilité persistante aux prix mondiaux de l’énergie, nous maintenons une position globalement neutre sur la duration, en privilégiant les opportunités inter-marchés.
Le Canada constitue actuellement notre préférence en matière de duration mondiale (exposition aux taux d’intérêt). Le contexte économique – incluant un affaiblissement du marché du travail et un ralentissement de l’inflation sous-jacente – nous semble difficilement compatible avec les deux hausses de taux intégrées par le marché obligataire canadien pour 2026.
Nous identifions également des opportunités sur la duration des obligations australiennes. La situation y est quelque peu différente : l’économie demeure solide, mais le marché anticipe désormais une hausse du taux directeur de la Banque centrale australienne plus importante cette année que lors du pic post-Covid, bien que les perspectives d'inflation soient aujourd'hui nettement meilleures qu'à l'époque.
Nous privilégions une exposition à ces deux marchés par rapport aux bons du Trésor américain, où les baisses de taux sont toujours anticipées.
Nous sommes plus neutres sur le Royaume‑Uni, où le couple risque/rendement nous paraît moins asymétrique que dans d’autres juridictions, comme l’Australie ou le Canada.
Patience en allocation d’actifs
Nous restons patients en matière d’allocation d’actifs. Les valorisations se sont améliorées dans le crédit d’entreprise, mais restent globalement peu attractives. Nous relevons néanmoins nos vues sur les segments investment grade (IG) et high yield mondiaux à neutre, après un positionnement auparavant négatif. Toutefois, compte tenu de la récente baisse des valorisations (tant en valeur absolue que par rapport aux titres IG américains), nous relevons la notation des titres adossés à des créances hypothécaires (MBS) émis par des agences américaines à positif. Ceux-ci constituent désormais notre préférence en matière d'allocation d'actifs, aux côtés des taux locaux des marchés émergents.
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