L’impact : une source d’alpha ? Un sujet tabou
Une nouvelle étude réalisée par Schroders et la Saïd Business School de l’Université d’Oxford, qui s’appuie sur les données de centaines d’entreprises et plus d’une décennie de performances, montre que l’impact peut être une source d’alpha.
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Les investisseurs ont longtemps supposé que l’investissement d’impact revenait à sacrifier les rendements financiers au profit d'un objectif : c'est un sujet tabou. Cependant, il n'en a pas été ainsi chez Schroders. Aujourd’hui, nos recherches, en partenariat avec l’Initiative pour repenser la performance de l’Oxford Saïd Business School (Initiative for Rethinking Performance (ORP)), apportent de nouveaux éléments qui prouvent que les investissements d'impact sont non seulement viables, mais peuvent également être un moteur d’alpha dans les bonnes conditions.
Un facteur clé de cette analyse est la matérialité de l’impact, c'est-à-dire la mesure dans laquelle les revenus d’une entreprise proviennent de produits ou de services dont l'impact est positif. Nos résultats démontrent que les entreprises caractérisées par une matérialité d'impact plus élevée ont tendance à afficher des performances financières plus solides, avec la preuve d'une relation statistiquement significative entre la matérialité de l’impact et les rendements excédentaires.
Notre étude remet en question les idées reçues selon lesquelles l’investissement d'impact doit avoir un coût financier et souligne plutôt comment les entreprises axées sur l’impact présentent des caractéristiques favorables à leur solidité financière, telles que des marges d’exploitation plus élevées, une croissance plus forte de la main-d’œuvre et une attention particulière au réinvestissement.
Qu’est-ce que l’investissement d'impact ?
L’investissement d'impact et l’investissement ESG sont souvent confondus, mais ils ont des objectifs différents. L’investissement durable se concentre sur le mode de fonctionnement de l'entreprise : sa gouvernance, sa gestion des risques, ses pratiques en matière de développement durable et ses relations avec les parties prenantes. L’investissement d'impact, de son côté, concerne l'activité de l'entreprise : l'obtention de résultats positifs mesurables grâce à ses produits et services de base1.
Le marché de l’investissement d'impact s’est rapidement développé ces dernières années et a atteint 1,57 billion de dollars en 2024, soit un taux de croissance annuel composé (TCAC) de 21 % depuis 20192. Malgré cette croissance, d'importantes lacunes subsistent dans les recherches menées pour comprendre la performance financière de l’investissement d'impact. Notre étude vise à combler cet écart en évaluant si l’investissement d’impact dans des actions cotées peut générer des rendements financiers ajustés au risque et, simultanément, des résultats sociaux et environnementaux mesurables, ainsi qu'en explorant les principaux mécanismes clés par lesquels les entreprises axées sur l’impact génèrent de solides performances financières.
Chapitre 1. Méthodologie : le déroulement de l’étude
En analysant 257 entreprises à impact, nous examinons si elles surperforment les indices de référence traditionnels à l’aide de modèles d’évaluation des actifs et d’une analyse de régression. Nous contrôlons les principaux facteurs financiers (taille, valeur, momentum, rentabilité et facteurs d’investissement) pour déterminer si les entreprises à impact génèrent de l’alpha, indépendamment de leurs caractéristiques de risque. En introduisant la matérialité d’impact comme moteur de rendement potentiel et en intégrant des études de cas réels, cette recherche fournit un aperçu, fondé sur des données de la viabilité financière de l’investissement d'impact dans les actions cotées.
Selon une hypothèse persistante sur les marchés financiers, l’investissement d'impact nécessiterait de sacrifier ses rendements au profit de son objectif. Pour tester cette hypothèse, nous analysons la performance, le profil de risque et les facteurs financiers des entreprises à impact par rapport à l’indice MSCI ACWI IMI.
Notre analyse porte sur 257 entreprises à impact qui ont été approuvées à tracers un d’un cadre d'impact développé en étroite collaboration avec BlueOrchard, le gérant d’actifs spécialisé dans l’investissement d'impact du groupe Schroders. Les entreprises à impact sélectionnées couvrent l’ensemble des marchés développés et émergents à travers diverses capitalisations de marché et secteurs. Le rapport complet est disponible pour une répartition détaillée des zones géographiques et des secteurs.
i) Résultats descriptifs : performances brutes et caractéristiques du portefeuille
Nous commençons par construire dix portefeuilles d’impact sélectionnés aléatoirement, chacun composé de 40 entreprises équipondérées issues de l’univers des 257 entreprises à impact approuvées par Schroders. Ces portefeuilles sont comparés à l’indice MSCI ACWI IMI afin d’évaluer leur rendement total. Étant donné que les portefeuilles d’impact sont testés a posteriori à l’aide d’entreprises qui existent aujourd’hui, ils souffrent intrinsèquement d’un biais de survie. Pour créer une comparaison plus précise, nous analysons également un sous-ensemble de « survivants » à l’indice ACWI IMI, c’est-à-dire des entreprises qui restent dans l’indice aujourd’hui après avoir été testéesrétractivement depuis 2010.
De plus, nous construisons des portefeuilles d’impact pondérés en fonction de la valeur de marché et équipondérés qui incluent les 257 entreprises à impact. Cela nous permet de comparer les caractéristiques des portefeuilles des entreprises à impact, telles que la volatilité, la distribution des rendements et la performance ajustée au risque, à la fois par rapport à l'indice ACWI IMI et à ses constituants survivants.
ii) Analyse de régression : ajustement en fonction des facteurs de risque et de marché
Si la performance brute fournit une vision préliminaire, il est essentiel de déterminer si la surperformance du portefeuille d'impact provient d’une véritable génération d’alpha ou s’explique simplement par une exposition aux facteurs de risque traditionnels. Pour ce faire, nous appliquons des modèles d’évaluation des actifs et une analyse de régression, en contrôlant les éléments suivants :
- Risque de marché – La performance d’un portefeuille d'impact est-elle simplement due à une sensibilité aux mouvements de marché ?
- Taille (facteur SMB) – Les entreprises à impact bénéficient-elles d’une prime liée aux petites capitalisations ?
- Valeur vs. croissance (facteur HML) – La performance est-elle influencée par une inclinaison vers les actions de croissance ou de valeur ?
- Momentum (facteur WML) – Les précédentes entreprises gagnantes sont-elles le moteur de la performance ?
- Rentabilité (facteur RMW) – Les rendements sont-ils liés à l’exposition à des entreprises très rentables ?
- Investissement (Facteur CMA) – La performance reflète-t-elle une préférence pour les entreprises dont les stratégies de réinvestissement sont prudentes ou agressives ?
iii) Identifier les moteurs du rendement financier
Au-delà des modèles de tarification d'actifs, nous examinons les caractéristiques financières propres à chaque entreprise pour comprendre les raisons de leur performance. À l’aide de régressions logit, nous comparons les caractéristiques financières des entreprises à impact à celles des entreprises sans impact dans l’indice MSCI ACWI IMI, afin d’évaluer si les entreprises à impact présentent des caractéristiques opérationnelles et financières distinctes qui contribuent à leur surperformance.
Pour mieux comprendre les facteurs financiers des entreprises à impact, nous effectuons une régression des rendements excédentaires mensuels sur les principales caractéristiques fondamentales des entreprises, généralement liées à la performance des actions dans la documentation antérieure. Nous introduisons la matérialité d’impact, c’est-à-dire le pourcentage du chiffre d’affaires d’une entreprise provenant de produits ou de services alignés sur son intention d’impact principale, en tant que moteur de performance potentiel. Notre analyse permet de vérifier si les entreprises dont l'alignement d’impact est plus élevé génèrent des rendements financiers supérieurs, même après la prise en compte d’autres caractéristiques financières.
iv) Ajout de perspectives concrètes
Pour compléter les résultats quantitatifs, nous incluons des études de cas spécifiques à chaque entreprise et examinons comment les entreprises réussissent à aligner leurs objectifs d’impact sur leurs performances financières. Ces études de cas fournissent un contexte réel aux tendances statistiques observées dans l’ensemble des données.
Chapitre 2. Résultats : briser le mythe du compromis
Après avoir établi notre méthode de recherche, nous évaluons maintenant si les portefeuilles d’impact offrent une performance financière compétitive. Ce chapitre examine la performance du rendement total, les rendements ajustés au risque et les caractéristiques du portefeuille, en comparant les investissements d’impact à ceux des indices de référence traditionnels, afin de déterminer si leur surperformance découle de qualités financières intrinsèques ou de facteurs de marché systématiques.
Nous appliquons également des modèles d’évaluation des actifs et une analyse de régression pour déterminer si les rendements liés à l’impact persistent après ajustement aux expositions aux risques traditionnels, tels que les facteurs de taille, de valeur et de momentum. Enfin, nous analysons les caractéristiques financières propres à chaque entreprise, notamment le rendement des capitaux propres, l’efficacité du capital et la matérialité d'impact, afin d’identifier les principaux facteurs de performance financière de l’investissement d'impact.
i) Évaluation des performances brutes et des caractéristiques des portefeuilles
Les portefeuilles d’impact ne se contentent pas de suivre le rythme des indices de référence traditionnels, ils peuvent même les surperformer. Notre analyse de dix portefeuilles d’impact sélectionnés au hasard montre que huit d'entre eux ont dépassé les rendements des survivants de l’indice MSCI ACWI IMI de 2010 à 2023. Les portefeuilles d’impact ont affiché un meilleur rendement absolu et ajusté au risque, une sensibilité au marché plus faible et une plus grande résilience en cas de ralentissement. Une analyse plus approfondie est nécessaire pour déterminer si ces résultats découlent de qualités intrinsèques ou d’expositions systématiques au risque.
Pour évaluer la performance du rendement total, nous construisons dix portefeuilles d’impact sélectionnés au hasard, chacun composé de 40 entreprises équipondérées issues de l’univers des 257 entreprises à impact approuvées par Schroders. Les entreprises sont sélectionnées avec remplacement, ce qui signifie que certaines entreprises peuvent apparaître dans plusieurs portefeuilles. Ces portefeuilles sont comparés à l'indice MSCI ACWI IMI afin d’en évaluer la performance dans le temps.
Étant donné que les portefeuilles d’impact sont testés a posteriori à l’aide d’entreprises disponibles au troisième trismestre 2024, ils souffrent intrinsèquement d’un biais de survie, c’est-à-dire la tendance à ce que seules les entreprises prospères restent dans l’ensemble de données. Pour prendre cela en considération, nous introduisons un indice de référence plus comparable, l'indice des survivants du ACWI IMI, qui ne comprend que les entreprises qui sont restées dans l'indice ACWI IMI depuis 2010.
Graphique 1 : Rendement total des portefeuilles d'impact (1er janvier 2010 - 31 décembre 2023)
Le graphique 1 (ci-dessus) montre nos résultats. Nous pouvons noter que huit portefeuilles d’impact sur dix ont surperformé les survivants de l’indice ACWI IMI sur la période 2010-2023, dont plusieurs affichent une surperformance significative et seulement deux sous-performent les survivants de l'indice.
Pour évaluer si cette surperformance est associée à un risque plus élevé, nous comparons les caractéristiques des portefeuilles d’impact équipondérés et pondérés en fonction de la valeur de marché (incluant cette fois-ci les 257 entreprises) par rapport aux indices de référence traditionnels.
Tableau 1 : Caractéristiques des portefeuilles des entreprises à impact par rapport aux indices de référence
Nos résultats révèlent que les portefeuilles d'impact surperforment systématiquement les indices de référence traditionnels en termes absolus et ajustés au risque :
- Rendements annualisés et alpha plus élevés – Les portefeuilles d'impact offrent des rendements allant jusqu’à 15,9 %, avec des alphas à 3 facteurs et à 5 facteurs supérieurs de respectivement 9 % et 10,2 %.
- Performance ajustée au risque supérieure – Des ratios de Sharpe allant jusqu’à 1,31 indiquent des rendements par unité de risque plus élevés par rapport aux indices de référence traditionnels.
- Sensibilité au marché plus faible – Les portefeuilles d'impact affichent un bêta inférieur à celui de l’indice MSCI ACWI IMI, ce qui suggère une exposition réduite aux fluctuations générales du marché.
- Résilience en cas de repli des marchés – Les pertes maximales pour les portefeuilles d'impact (-17,5 % et -17,6 %) sont inférieures aux -20,7 % de l’indice de référence, ce qui indique une meilleure protection contre les risques de baisse. Les mesures de la valeur à risque (VaR) renforcent cette tendance, suggérant un potentiel de perte extrême légèrement inférieur.
- Asymétrie modérée – Alors que tous les portefeuilles présentent une asymétrie négative, le portefeuille d'impact pondéré en fonction de la capitalisation boursière affiche l’asymétrie négative la plus légère (-0,274), ce qui implique une plus grande stabilité.
Ces résultats remettent en question l’idée selon laquelle l’investissement à impact nécessite des sacrifices financiers et suggèrent que les portefeuilles d'impact présentent un fort potentiel de rendement et de résilience. Cependant, pour déterminer si ces résultats découlent de qualités intrinsèques ou d’expositions systématiques au risque, une analyse de régression plus approfondie est nécessaire.
ii) Analyse de régression : ajustement aux facteurs de risque et de marché
Même après avoir contrôlé les facteurs de risque de marché, de taille et de valeur, les entreprises à impact génèrent un alpha statistiquement significatif. Elles profitent davantage de la hausse sur les marchés solides tout en amortissant les pertes en période de ralentissement et font preuve d’une résilience unique. Les effets de momentum sont insignifiants, ce qui suggère que les rendements ne sont pas déterminés par les entreprises précemment gagnantes, mais par de solides fondamentaux commerciaux.
Bien que les portefeuilles d’impact affichent de solides performances, il est essentiel de déterminer si leurs rendements excédentaires proviennent de caractéristiques d’impact intrinsèques ou d’une exposition à des facteurs de risque traditionnels. Pour évaluer cela, nous appliquons des modèles d’évaluation des actifs et une analyse de régression à l’aide du modèle à cinq facteurs de Fama-French, ainsi que des ajustements de momentum, en contrôlant les facteurs de risque de marché, de taille, de valeur, de rentabilité, d’investissement et de momentum.
- Les résultats de la régression confirment que les portefeuilles d'impact génèrent un alpha statistiquement significatif, avec des rendements excédentaires mensuels d’environ 1 % en moyenne. Cela suggère que les investissements d'impact offrent des rendements supérieurs à ceux expliqués par les facteurs de risque de marché, de taille, de valeur, de rentabilité et d’investissement. Cependant, le biais de survie potentiel doit être pris en compte dans l’interprétation de l’ampleur de ces résultats.
- Le facteur de risque de marché (Mkt-RF) est constamment positif et significatif, ce qui indique que les entreprises à impact sont corrélées à des mouvements plus larges du marché.
- La sensibilité des rendements des entreprises à impact au risque de marché est plus faible pendant les récessions que pendant les expansions, ce qui suggère que ces entreprises profitent davantage de la hausse des marchés solides tout en subissant des baisses moins importantes en période de ralentissement. Cette tendance correspond aux bêtas faibles indiqués dans le chapitre précédent, ce qui met en évidence une exposition au marché plus asymétrique.
- Le facteur de valeur (HML) est négatif, ce qui indique que les entreprises à impact sont plus alignées sur les actions de croissance que sur les investissements de valeur traditionnels.
- Un important effet de taille (SMB) confirme que les entreprises à impact sont principalement de petites entreprises, ce qui contribue à leur profil de rendement.
- Les effets de momentum sont insignifiants, ce qui suggère que les rendements ne sont pas systématiquement influencés par les précédentes entreprises gagnantes ou perdantes. Par conséquent, les performances historiques ne jouent pas un rôle dominant dans l’explication des rendements.
- Les facteurs de rentabilité (RMW) et d’investissement (CMA) sont moins importants, ce qui indique que les portefeuilles d'impact ne sont pas systématiquement orientés vers des stratégies d’investissement à forte rentabilité ou prudentes.
Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent un impact alpha au-delà des facteurs de risque traditionnels. Les entreprises à impact suivent les mouvements du marché, mais profitent davantage des expansions tout en limitant les baisses, ce qui améliore la stabilité. La surperformance se maintient dans tous les pays, tous les secteurs et toutes les époques.
iii) Identifier les facteurs de rendement financier
Qu’est-ce qui distingue les entreprises à impact ? Notre analyse révèle qu’elles opèrent avec des marges plus élevées, augmentent leurs effectifs plus rapidement et déploient activement des capitaux : autant de caractéristiques qui sont le signe d'une croissance à long terme. Elles détiennent des réserves de trésorerie plus faibles, lèvent des capitaux plus fréquemment et ont des actifs plus tangibles, ce qui reflète leur volonté de développement. Plus important encore, la matérialité d’impact, c’est-à-dire la part des revenus d’une entreprise provenant de produits et de services à impact, apparaît comme un facteur clé statistiquement significatif de la surperformance.
Pour explorer plus en détail ce qui différencie les entreprises d’impact du marché dans son ensemble, nous analysons leurs caractéristiques financières par rapport aux composantes de l'indice MSCI ACWI IMI. À l’aide de régressions logit mensuelles, nous évaluons si les entreprises à impact présentent des caractéristiques opérationnelles et financières distinctes qui contribuent à leur surperformance.
Les résultats indiquent que les entreprises à impact se démarquent de plusieurs façons :
- Efficacité opérationnelle et croissance de la main-d’œuvre – Elles affichent des marges d’exploitation plus élevées et une croissance plus rapide de leurs effectifs, ce qui suggère des fondamentaux commerciaux plus solides et une expansion active.
- Structure du capital et financement – Les entreprises à impact ont tendance à déployer des capitaux de manière plus active, en maintenant des ratios de trésorerie par rapport aux actifs plus faibles tout en levant des fonds propres et des dettes plus fréquemment, ce qui reflète leur nature axée sur la croissance.
- Tangibilité accrue des actifs – Ces entreprises détiennent une plus grande proportion d’actifs tangibles, probablement en raison de leur exposition sectorielle (par exemple, énergies renouvelables, infrastructures) et de la dynamique de croissance à un stade précoce.
- Multiples de valorisation plus élevés – Les entreprises à impact affichent des flux de trésorerie disponibles et des ratios bénéfices/prix plus faibles (ou un ratio cours/bénéfices plus élevé), ce qui correspond aux caractéristiques des entreprises à forte croissance.
Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent que les entreprises à impact se distinguent par leurs marges d’exploitation solides, leur accès accru au financement externe, l’expansion active de la main-d’œuvre et leurs stratégies de déploiement de capital. Bien que les indicateurs traditionnels de croissance des revenus ne montrent pas d’accélération claire, la combinaison d’une augmentation des émissions d’actions et de dettes, d’une croissance accrue des effectifs et d’un positionnement financier indique que ces entreprises développent activement leur expansion et investissent dans une expansion à long terme.
La matérialité d’impact comme facteur de performance
Pour mieux comprendre les facteurs financiers des entreprises à impact, nous régressons les rendements excédentaires mensuels sur les principales caractéristiques fondamentales de l’entreprise généralement liées à la performance des actions. L’une des variables centrales de notre analyse est la matérialité d’impact, qui mesure le pourcentage des revenus d’une entreprise issus de produits ou de services dont l'impact est positif. En intégrant des contrôles sectoriels variables selon les pays et sur la durée, nous visons à isoler la relation entre l’impact et les rendements financiers.
Notre analyse révèle que la matérialité d’impact joue un rôle important dans la performance financière, parallèlement à d’autres caractéristiques clés de l’entreprise qui influencent les rendements excédentaires :
- Une matérialité d’impact plus élevée (c'est-à-dire les entreprises dont le pourcentage de chiffre d'affaires lié à l’impact est plus élevé) est associée à des rendements excédentaires plus conséquents, indépendamment d’autres caractéristiques financières. Les résultats de la régression indiquent une relation positive et très significative entre la matérialité d’impact et la performance des actions. Le coefficient de matérialité d’impact est de 0,012 et est statistiquement significatif à un niveau de 1 %. Nos résultats suggèrent que les entreprises dont les revenus sont alignés à 100 % sur l’impact obtiennent des rendements excédentaires mensuels supérieurs d’environ 1,2 % à ceux des entreprises dont l'alignement sur l’impact est nul. Il convient d'interpréter avec prudence l’ampleur des rendements excédentaires, compte tenu du biais de survie inhérent au portefeuille d’impact. Ces tests empiriques ne permettent pas une interprétation causale, et il est possible que la matérialité d’impact soit corrélée à d’autres caractéristiques financières ou de qualité non contrôlées dans les régressions.
- Un rendement des capitaux propres (ROE) plus élevé et une volatilité plus faible des flux de trésorerie sont associés à des rendements plus élevés. Cela correspond aux prévisions selon lesquelles les entreprises dont le déploiement du capital est stable et efficace ont tendance à surperformer.
- Les entreprises dont la croissance des ventes et des dépenses d’investissement (CapEx) est plus élevée, et dont le rendement en dividendes et le ratio cours/flux de trésorerie d’exploitation sont importants, affichent des rendements excédentaires plus faibles. Bien que ces caractéristiques soient souvent le signe d’une expansion, elles ne se traduisent pas nécessairement par une performance boursière supérieure dans cet échantillon. Les investissements rapides et les distributions de dividendes ne sont donc peut-être pas les principaux moteurs de la réussite des entreprises à impact. Ces résultats indiquent qu'une forte matérialité d'impact ainsi qu'une stabilité et une efficience financières, plutôt qu'une expansion agressive seule, contribuent à la surperformance des entreprises.
iv) Études de cas : ajout de perspectives concrètes
Au-delà des chiffres, des études de cas concrètes mettent en évidence comment les entreprises axées sur l’impact traduisent leur objectif en bénéfices. L'entreprise Schneider Electric mène la transition vers une économie à faible émission de carbone, en s’appuyant sur des solutions énergétiques numériques pour améliorer l’efficacité et la performance financière, avec des marges d’EBITA supérieures à 17 %. L'entreprise Gentera, leader de la microfinance en Amérique latine, prouve que l’inclusion financière alimente à la fois l’impact social et la rentabilité, avec une croissance à deux chiffres constante des prêts et un ROE supérieur à 20 %.
Bien que les analyses quantitatives établissent un lien entre l’alignement de l’impact et la performance financière, elles ne peuvent pas saisir pleinement les nuances opérationnelles ou les décisions stratégiques qui sous-tendent cette relation. Pour compléter ces résultats, cette étude comprend des études de cas d’entreprises individuelles qui ont réussi à aligner leurs objectifs d’impact sur des rendements financiers concurrentiels.
Schneider Electric : favoriser la transition vers une économie à faible émission de carbone
Schneider Electric s’est positionné comme un leader des solutions énergétiques numériques, en aidant les entreprises à optimiser leur efficacité énergétique et à réduire leurs émissions. La plateforme EcoStruxure de l’entreprise intègre des technologies numériques et d’électrification pour permettre une gestion de l’énergie plus intelligente et plus durable.
Sur le plan financier, Schneider Electric a réalisé de solides performances. En 2022, l'entreprise a enregistré une croissance organique de 12,2 % de son chiffre d’affaires, avec des marges d’EBITA supérieures à 17 %. Avec la demande en hausse de solutions durables, Schneider est bien positionné pour sa croissance future.
Gentera : l’inclusion financière comme moteur de croissance
Gentera, une institution de microfinance d’Amérique latine, se concentre sur la fourniture de crédit et de services financiers aux populations défavorisées, en particulier aux femmes entrepreneurs. En élargissant l’accès au crédit, Gentera favorise l’autonomisation économique tout en maintenant de solides performances financières.
L’entreprise a constamment enregistré une croissance à deux chiffres de ses prêts, maintient un rendement des capitaux propres (ROE) supérieur à 20 % et démontre ainsi que l’inclusion financière peut être à la fois percutante et rentable.
Chapitre 3. Conclusion et principaux points à retenir
Cette étude remet en question l’hypothèse de longue date selon laquelle l’investissement à impact nécessite des compromis financiers. Nos résultats démontrent que les entreprises à impact peuvent générer des performances financières compétitives, avec des portefeuilles caractérisés par des rendements ajustés au risque plus élevés, une volatilité plus faible et une résilience à travers les cycles de marché. Par l'analyse de la performance du rendement total, des rendements ajustés au risque et des facteurs financiers fondamentaux, nous montrons que l’alignement sur l’impact peut être une source d’alpha plutôt qu’un frein à la performance.
Principaux points à retenir
- Rendements compétitifs : Notre étude a révélé que les portefeuilles d'impact ont généré de solides rendements absolus et ajustés au risque, et ont affiché un alpha statistiquement significatif qui n’est pas expliqué par les facteurs de risque traditionnels.
- Risque réduit et stabilité accrue : Les portefeuilles d’impact ont affiché une volatilité, des pertes et un risque de baisse plus faibles par rapport à l’indice de référence, ce qui indique une plus grande stabilité.
- Résilience dans les cycles de marché : Les portefeuilles d’impact ont affiché une solide performance pendant les récessions, avec des caractéristiques défensives dans des secteurs comme la santé et l’industrie. Leur sensibilité au risque de marché est plus faible en période de récession qu’en période d’expansion : elles connaissent donc des baisses plus faibles en période de ralentissement et profite davantage de la vigueur des marchés.
- La matérialité d’impact comme source d’alpha : Les entreprises dont les revenus sont plus alignés sur l’impact ont généré des rendements financiers supérieurs, ce qui implique que l’impact lui-même peut être un moteur de la performance financière.
Ces résultats suggèrent que l’investissement à impact peut générer de solides rendements financiers ajustés au risque, et que l’impact lui-même peut agir comme un moteur d’alpha dans les bonnes conditions. Cependant, tous les investissements à impact ne surperformeront pas. Leur réussite dépend d’une sélection et d’une évaluation minutieuses, en veillant à ce que la solidité et l’impact financiers se renforcent mutuellement, plutôt que de les concurrencer. Lorsqu’ils sont alignés, ils engendrent une création de valeur significative à long terme. Pour les investisseurs avisés, l’impact n’est pas seulement un choix motivé par un objectif, mais aussi une opportunité d’investissement financièrement attrayante.
Sources :
1Les investissements à impact sont des investissements réalisés en vue de générer un impact social ou environnemental positif et mesurable, en plus d’un rendement financier.
2Le réseau mondial de l’investissement à impact (GIIN), page uniquement disponible en anglais.
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