L’impératif de l’adaptation climatique : combler le déficit de protection de l’assurance face au climat
Découvrez comment les titres assurantiels et les investissements ciblés en private equity contribuent à renforcer la couverture d’assurance face aux catastrophes naturelles et aux événements climatiques extrêmes, offrant ainsi une protection économique à des millions de personnes.
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Dans le large Paysage d’investissement des solutions climatiques, l’« adaptation climatique » – c’est-à-dire les actions visant à ajuster ou renforcer la capacité à faire face aux effets du changement climatique – est désormais considérée comme une priorité majeure. Cette évolution s’explique par la multiplication des événements météorologiques extrêmes et la reconnaissance de changements structurels à long terme, tels que la modification des régimes de précipitations.
La dernière Conférence des Parties (COP29) a marqué des progrès significatifs en matière d’adaptation, avec notamment l’avancement d’un Objectif mondial d’adaptation et un soutien accru aux pays, y compris aux économies en développement, afin d’élaborer des plans nationaux d’adaptation. Pourtant, environ 87 % des pays ne disposent pas d’au moins une politique, d’une stratégie ou d’un plan d’adaptation au niveau national.
Le financement des projets d’adaptation et de résilience climatique s’est élevé à 76 milliards de dollars par an en 2022, principalement via des programmes publics, le secteur privé ne représentant que moins de 3 % du financement des activités d’adaptation. Toutefois, le déficit de financement reste marqué, avec des besoins estimés à 212 milliards de dollars par an rien que pour les économies en développement entre 2024 et 2030.
Nous constatons un intérêt croissant du secteur privé pour cette thématique, sans doute en raison de la fréquence accrue des risques climatiques avérés, des signaux politiques incitatifs et de la sensibilisation grandissante des investisseurs, portée notamment par une plus large couverture médiatique dans la presse financière (par exemple, la série « Le monde non assurable » du Financial Times sur l’assurance climatique). Selon notre enquête mondiale sur les perspectives des investisseurs 2024, l’adaptation climatique arrive en tête des thématiques privilégiées par les investisseurs ciblant la durabilité et l’impact dans leurs allocations aux marchés privés.
Les investisseurs qui recherchent la durabilité et l’impact privilégient l’adaptation au climat
Source : Enquête Schroders Global Investor Insights 2024. Q : À quels thèmes d’investissement cherchez-vous à vous allouer par le biais de stratégies de durabilité et d’impact sur les marchés privés au cours des 1 à 2 prochaines années ? Sélectionnez toutes les réponses qui s’appliquent.
Chez Schroders Capital, nous voyons de nombreuses opportunités dans le domaine de l’adaptation au climat. Dans cet article, nous nous concentrons sur deux domaines spécifiques : les titres liés à l’assurance et le capital-investissement de croissance, qui se concentrent tous deux sur l’amélioration de ce que l’on appelle le « déficit de protection » pour la couverture d’assurance liée aux catastrophes naturelles et aux événements météorologiques extrêmes. Nous définissons les catastrophes naturelles comme des événements à grande échelle résultant de processus ou d’aléas naturels qui causent des destructions importantes, des pertes de vies humaines ou des dommages matériels. Il peut s’agir d’ouragans et de tremblements de terre, ainsi que de risques secondaires tels que les inondations, les incendies de forêt et les glissements de terrain. L’assurance contre les dommages causés aux biens et aux biens couvre généralement les dommages causés aux biens et aux biens, ainsi que les assurances sectorielles, par exemple l’agriculture et les cultures.
L’assurance climatique et la lutte contre le « déficit de protection »
Dans le cadre de l’adaptation au climat, la « résilience » climatique – la capacité d’un système, d’une communauté ou d’un individu à anticiper, à se préparer, à réagir et à se remettre des impacts et des chocs climatiques – est essentielle. L’assurance joue un rôle essentiel dans le soutien aux communautés vulnérables pour répondre à ces impacts et peut améliorer la facilité et le rythme de la reprise.
La fréquence et l’intensité de nombreux types d’événements météorologiques extrêmes ont augmenté. Le Revue WTW sur les catastrophes naturelles 2024 estime que le « déficit de protection » de l’assurance contre les catastrophes naturelles est d’environ 60 %. Selon Swiss Re, les pertes assurées mondiales dues aux catastrophes naturelles et aux événements météorologiques extrêmes a atteint environ 140 milliards de dollars en 2024, pour la cinquième année consécutive, a dépassé les 100 milliards de dollars, et le total des dommages économiques a dépassé 320 milliards de dollars.
Catastrophes naturelles mondiales, pertes assurées et non assurées
Source : Swiss Re, 2025.
L'« écart de protection » est généralement défini comme l’écart entre les pertes financières potentielles pour les personnes ou les économies et le montant de la couverture d’assurance pour atténuer ces pertes. L’écart peut exister dans de nombreux types d’assurance, d’assurance vie, de santé, d’assurance de biens et de catastrophes naturelles. Une lacune en matière de protection peut être causée par de nombreux facteurs, notamment le manque de sensibilisation, l’abordabilité ou le manque d’accès. Une exposition accrue ou nouvelle aux dangers naturels peut créer ou élargir davantage les lacunes existantes en matière de protection.
Généralement, on peut considérer deux marchés, en fonction de la maturité de l’offre d’assurance :
- Marchés de l’assurance moins développés : Caractérisé par un manque d’infrastructures d’assurance locales et un manque d’accès au marché mondial de la réassurance. Le sous-développement peut s’expliquer par l’absence de développement du secteur des services financiers, la faiblesse des valeurs individuelles assurées et, selon le territoire, le manque de capacité d’évaluation des risques pour des risques spécifiques.
- Marchés de l’assurance bien développés : Même dans les économies bien développées, un écart important en matière de protection persiste. Aux États-Unis, par exemple, le déficit de protection pour les 10 années allant de 2015 à 2024 était de 571 milliards de dollars. 43 % des pertes économiques totales dues aux catastrophes naturelles. Les raisons de l’écart de protection peuvent être la sous-assurance due à un manque de sensibilisation ou d’abordabilité, une exposition accrue aux dangers et/ou une perception erronée de l’aide gouvernementale.
De nombreuses régions du monde, en particulier en Asie, en Amérique latine et en Afrique du Nord, se situent également entre ces catégories et où, malgré la présence d’infrastructures d’assurance locales et l’accès à la réassurance, la pénétration des produits d’assurance climatique reste faible.
Comment les titres liés à l’assurance (ILS) contribuent à combler l’écart de protection
Les titres liés à l’assurance (Insurance-Linked Securities, ILS) sont des instruments d’investissement permettant le transfert du risque d’assurance du secteur (ré)assurantiel vers des investisseurs des marchés de capitaux. En contrepartie de ce transfert, les investisseurs perçoivent une prime de risque qui leur procure un rendement stable et peu corrélé aux marchés traditionnels (en savoir plus ici). Le marché mondial des ILS représente actuellement environ 115 milliards de dollars, et devrait poursuivre sa croissance afin de soutenir l’industrie de l’assurance, sur fond d’écart de protection grandissant.
Certaines émissions d’ILS visent spécifiquement des marchés d’assurance peu développés. Ces transactions, parrainées notamment par des entités telles que la Banque mondiale ou la Croix-Rouge danoise, diffèrent des obligations ILS traditionnelles portées par des compagnies d’assurance. Si la couverture fournie à ce jour est restée limitée, de nouvelles transactions sont attendues à l’avenir.
De manière générale, toutefois, l’ensemble des transactions ILS – y compris dans les économies développées – contribuent à la réduction du déficit de protection. Le marché des ILS s’est d’ailleurs structuré après l’ouragan Andrew en 1992, qui avait engendré d’importantes pertes non assurées, comme une source complémentaire de capital à celle du secteur de la réassurance. Aux États-Unis, on distingue principalement deux types d’émetteurs : les compagnies d’assurance ou de réassurance traditionnelles et les entités quasi-publiques, créées pour offrir une couverture de dernier recours lorsque l’assurance privée devient insuffisante.
Lorsqu’on considère l’écart de protection, il importe de ne pas le réduire à un simple pourcentage entre pertes assurées et non assurées, mais aussi de le mesurer en valeur absolue. Il faut ainsi prendre en compte la fréquence et la gravité accrues des événements climatiques, ainsi que l’augmentation de l’exposition économique dans les zones les plus vulnérables — un phénomène particulièrement marqué dans les marchés développés, les régions côtières ou exposées aux inondations. Cette dynamique contribue à la hausse continue des pertes globales liées aux catastrophes naturelles, avec une tendance de croissance estimée à 5 à 7 % par an.
Exemples de transactions ILS (2023-2025) répondant à différents facteurs d’écart de protection
Transaction 1 : Économie moins développée
Cette obligation catastrophe sismique, émise par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD – Groupe Banque mondiale), offre une couverture d’assurance à la République du Chili contre l’impact économique d’un tremblement de terre majeur et permet au pays de sécuriser des financements pour la gestion des risques de catastrophe. Fait notable, le produit de la vente des obligations à des investisseurs ILS (Insurance-Linked Securities) est utilisé par la BIRD pour financer des projets de développement durable dans ses pays membres, tandis qu’un accord d’assurance a été conclu avec le Chili pour déclencher le versement des indemnités en cas de séisme éligible. Les obligations catastrophe BIRD – Chili 2023 peuvent être activées pour un remboursement de 30 %, 70 % ou 100 % du capital, selon la profondeur, la magnitude et la localisation du séisme. Il s’agit d’un mécanisme de déclenchement paramétrique « tremblement de terre dans une boîte », avec plusieurs zones géographiques précisément définies le long du Chili : celles-ci s’étendent également sur les pays voisins, afin de couvrir les séismes majeurs sur les frontières du pays ou au large de ses côtes, susceptibles de générer un tsunami. |
Transaction 2 : Économie développée – Protection de dernier recours
La Citizens Property Insurance Corporation de Floride est un assureur à but non lucratif, positionné en tant qu’assureur de dernier recours : il propose une couverture aux propriétaires qui ne parviennent pas à s’assurer sur le marché privé. Pour pouvoir offrir ses polices d’assurance, Citizens s’appuie sur le soutien du marché de la réassurance traditionnel, ainsi que sur le marché des ILS (Insurance-Linked Securities). Sans l’accès à ces financements, la société ne disposerait pas du capital nécessaire pour répondre à la demande de couverture. À chaque nouvelle émission, le marché des ILS apporte la capacité requise, permettant à Citizens de remplir son rôle auprès des assurés floridiens. Le montant de cette émission fait d’Everglades Re II l’une des plus importantes opérations individuelles du secteur. |
Transaction 3 : Économie développée – Protection standard de l’assureur
Florida Peninsula Insurance Company, un spécialiste de l’assurance habitation en Floride, a obtenu une couverture pour elle-même ainsi que pour ses filiales, Edison Insurance Company et Ovation Home Insurance Exchange, via cette obligation catastrophe. Ce cas illustre parfaitement comment les assureurs privés font appel au marché des ILS (Insurance-Linked Securities) pour se prémunir contre les risques majeurs. Cela leur permet de continuer à proposer des polices d’assurance dans leur région, ici en Floride. |
Comment le capital-investissement peut avoir un impact sur l’assurance climatique
Comme évoqué précédemment, l’adaptation et la résilience face aux changements climatiques restent des thématiques encore peu exploitées par la majorité des investisseurs privés. Toutefois, la demande croissante de solutions liées à la multiplication des événements météorologiques extrêmes et aux évolutions climatiques de long terme ouvre de nouvelles perspectives d’investissement.
Dans le capital-investissement, on distingue principalement deux types d’opportunités :
- Les investissements précoces dans des entreprises spécialisées, développant des solutions ou technologies dédiées à l’adaptation climatique ;
- Les opérations de rachat ou de croissance ciblant de grands acteurs diversifiés.
La nature des opportunités dépendra fortement de la zone géographique, selon le niveau de financement disponible, la résilience locale, la perception des risques climatiques et la spécificité des impacts sur chaque territoire.
Comprendre le risque climatique demeure une étape essentielle pour renforcer la résilience face aux phénomènes extrêmes. Cela passe par l’amélioration de la collecte de données, des capacités d’analyse et de modélisation climatique. Un déficit dans la collecte et la modélisation des données constitue notamment l’une des raisons pour lesquelles certains marchés restent insuffisamment couverts par l’assurance. À titre d’exemple, en Afrique – où le déficit de protection reste élevé avec un Taux de pénétration de l’assurance généralement inférieur à 1 % –, le marché de l’intelligence climatique devrait croître d’environ 15 % par an sur les cinq prochaines années.
Dans les marchés émergents et moins développés, le double défi est particulièrement marqué : une part importante des pertes n’est pas assurée et ces régions sont globalement les plus exposées aux conséquences du changement climatique. À l’inverse, si les pertes financières liées aux catastrophes naturelles sont fréquentes dans les marchés développés, l’impact sociétal global y reste souvent plus limité.
Au sein de BlueOrchard, notre stratégie de capital-investissement dédiée à l’assurance climatique et à la résilience s’attaque directement à cet écart de protection. Nous investissons dans des entreprises positionnées sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur : compagnies d’assurance, technologies d’assurance (insurtech) et intermédiaires financiers. À fin mars 2025, cette stratégie avait mobilisé plus de 120 millions de dollars à travers 32 pays, au bénéfice de plus de 70 millions de personnes – avec une attention particulière portée aux communautés pauvres et vulnérables des économies émergentes.
Notre approche, qualifiée de « capital de croissance », consiste à accompagner des entreprises déjà viables commercialement, mais qui requièrent des fonds pour accélérer leur développement et générer des rendements attractifs sur le capital investi.
Exemples d’entreprises tout au long de la chaîne de valeur de l’assurance climatique
Renforcer l’intelligence climatique grâce à l’amélioration de l’analyse et de la modélisation : Reask, spécialiste de la modélisation des catastrophes naturelles, accompagne des acteurs tels que la Banque mondiale ou le Pacific Catastrophe Risk Insurance Company Trust en fournissant les données indispensables à la conception de produits d’assurance paramétriques. Cette expertise permet d’assurer des paiements rapides, pouvant bénéficier à jusqu’à 10 millions de personnes. Reask est également devenu l’agent de calcul officiel pour le cyclone tropical Rae, qui a frappé les Fidji en février 2025. L’efficacité de sa technologie a permis le versement des indemnités en seulement huit jours après le passage du cyclone, facilitant la restauration des récifs coralliens et le soutien aux moyens de subsistance des communautés affectées. L’entreprise vise 2,8 millions de bénéficiaires d’ici 2030. |
Intégrer des solutions d’assurance climatique dans les produits financiers existants : FinAGG : une solution de financement digital à destination des micro, petites et moyennes entreprises (MPME) en Inde, qui combine un financement compétitif des flux de trésorerie et une couverture d’assurance pour protéger les entreprises contre des catastrophes naturelles telles que les inondations ou les tremblements de terre.
Fido : une plateforme de services numériques active en Afrique, qui propose des crédits instantanés aux populations insuffisamment desservies et aux MPME. Elle s’appuie sur l’IA pour faciliter l’accès à des services financiers auparavant inaccessibles et intègre l’assurance – notamment contre les risques climatiques – directement dans ses offres de prêt.
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Intégrer l’analytique et l’assurance pour renforcer la résilience sectorielle Pula, pionnier de l’agri-insurtech en Afrique, utilise l’intelligence artificielle et des systèmes mobiles pour proposer une assurance agricole aux petits exploitants des marchés émergents. Grâce à un réseau de plus de 100 partenaires, l’assurance est systématiquement associée à des produits essentiels – tels que les semences ou le crédit – afin de la rendre accessible aux 80 % de petits exploitants africains dépourvus de couverture formelle. Pula a déjà assuré plus de 20 millions d’agriculteurs à travers le monde, en s’appuyant notamment sur l’Area Yield Index, une forme d’assurance basée sur les rendements de zone. L’ambition affichée : 68 millions de bénéficiaires d’ici 2028. |
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