La crise iranienne met en lumière l’émergence d’un nouveau cycle énergétique
Certains signaux laissaient déjà entrevoir un risque de pénurie de l’offre pétrolière avant même que le conflit actuel au Moyen‑Orient ne fasse peser la menace d’une perturbation sans précédent.
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La fermeture effective du détroit d'Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial ainsi qu'une part importante du GNL, a provoqué un choc d'approvisionnement majeur. Les marchés pétroliers étaient déjà en train de se resserrer, et les marchés du gaz devaient suivre la même trajectoire au cours des trois à quatre prochaines années. Le conflit accélère désormais cette réévaluation des prix.
Nous y voyons le point de départ d’un cycle d’investissement énergétique de long terme, aux implications larges pour l’ensemble des marchés de l’énergie. D'un côté, on observe des contraintes d'approvisionnement sur les marchés du pétrole, du gaz et de l'électricité, tandis que, de l'autre, la courbe de la demande s'étire. À l'aube de ce cycle d'investissement, nous nous attendons à une progression des flux de trésorerie et des bénéfices, ainsi qu'à une surperformance des actions du secteur de l'énergie. Dans une perspective plus large, alors que les États s'empressent de renforcer leur sécurité énergétique domestique, cela a également des implications pour les énergies renouvelables et les technologies associées.
Les capitaux se sont retirés du secteur
La pondération du secteur de l'énergie dans les indices boursiers mondiaux est passée d'environ 14 % lors des pics des cycles précédents à près de 3 % aujourd'hui. Cette évolution fait suite à une période de faibles performances au début des années 2010, durant laquelle les entreprises ont massivement investi alors que les prix du pétrole étaient élevés, générant ainsi des flux de trésorerie disponible insuffisants.
Poids de l'indice MSCI World Energy dans l'indice MSCI ACWI ( %)
En réponse, les investisseurs ont exigé une discipline accrue dans l'allocation du capital, conduisant les équipes de direction à renforcer les bilans et à accroître les distributions aux actionnaires. Pendant plusieurs années consécutives, les compagnies pétrolières cotées ont restitué davantage de liquidités aux actionnaires qu’elles n’en ont investi dans le développement de nouvelles capacités.
Les dépenses d'investissement, rapportées aux flux de trésorerie, sont ainsi tombées bien en dessous des niveaux observés lors des cycles précédents et ne se sont pas redressées de manière significative. Cette retenue a eu des conséquences.
Le sous-investissement a raccourci la durée de vie des réserves
La « durée de vie des réserves » – qui indique combien de temps les réserves prouvées d'une entreprise pourraient durer au rythme de production actuel – s’est raccourcie sur une large partie du secteur.
Au début des années 2000, elle s’élevait en moyenne à 14-15 ans ; aujourd’hui, pour de nombreux producteurs, ce chiffre se situe entre sept et dix ans. Cette évolution reflète une période prolongée durant laquelle la discipline du capital a privilégié les distributions aux actionnaires au détriment de l’expansion des réserves. Les bassins pétroliers et gaziers matures, exploités depuis un certain temps, continuent de s'épuiser naturellement. Le maintien de leur production nécessiterait des investissements à un moment où les équipes de direction hésitent à remettre en cause leur engagement en faveur de la discipline financière.
La croissance de l’offre pétrolière et gazière est limitée
Au-delà de 2026, on prévoit moins de projets confirmés susceptibles d'apporter des volumes significatifs de nouvelle production. La croissance hors OPEP attendue pour les prochaines années se concentre au Brésil, en Guyane et au Canada. La croissance du schiste américain ralentit et la production par puits ne progresse plus au même rythme qu'auparavant. Lors du cycle précédent, le schiste permettait une réponse rapide de l’offre à la hausse des prix ; cette flexibilité est aujourd'hui plus limitée, la production supplémentaire nécessitant de plus en plus d'investissements.
Dépenses mondiales d'investissement pétrolier et gazier vs prix du pétrole
L’IA et la décarbonation stimulent la demande en électricité
Cette dynamique est portée, d’une part, par la décarbonation de secteurs majeurs comme les transports et le chauffage, et d’autre part par la montée en puissance des centres de données nécessaires au développement de l’intelligence artificielle (IA) générative.
Demande mondiale d'électricité : données historiques et prévisions (en TWh)
De nombreux centres de données dédiés à l'IA – notamment ceux qui ne sont pas raccordés au réseau électrique – sont alimentés par des turbines à gaz, ce qui fait grimper la demande sur les principaux marchés, notamment aux États-Unis où la consommation de gaz naturel est déjà en hausse.
La sécurité énergétique redevient une priorité stratégique des États
La sécurité énergétique figurait déjà parmi les priorités des États avant la crise iranienne, mais elle revêt des significations différentes selon les économies. Pour certains pays, les énergies renouvelables constitueront une composante essentielle de la solution.
Cette crise ne remet pas en cause l'intérêt d'investir à long terme dans les énergies alternatives : leur profil de coûts était compétitif avant le conflit et le reste. D'autres facteurs, tels que l'amélioration du stockage par batterie, soutiennent également la croissance de certains segments du marché.
Toutefois, à l'instar des secteurs pétrolier et gazier, les énergies alternatives font elles aussi face à des contraintes d'approvisionnement spécifiques.
Prévisions d'augmentation annuelle de la capacité électrique mondiale par technologie
Conclusion : implications pour les investisseurs
Le niveau actuel des prix du pétrole reflète un choc d’offre intervenant dans un marché marqué par une longue période de sous‑investissement. Dans le même temps, la demande d’électricité et de gaz continue de progresser, portée par la décarbonation, l’essor de l’intelligence artificielle et les besoins croissants liés aux centres de données, tandis que les réinvestissements dans de nouvelles capacités d’approvisionnement restent insuffisants depuis plus d’une décennie.
La création de nouvelles capacités nécessite des prix durablement élevés et des cycles de mise en œuvre pluriannuels. Les stocks demeurent contenus dans des fourchettes historiques et les capacités de réserve sont concentrées entre les mains d’un nombre limité de producteurs. Le marché dispose ainsi d’une flexibilité réduite, rendant les prix plus sensibles aux perturbations. Même en cas de stabilisation des cours, les projets approuvés aujourd’hui mettront plusieurs années à produire pleinement leurs effets.
Pour les actions des producteurs de pétrole, cette combinaison d’une offre contrainte, d’une capacité de réponse plus lente et d’une demande en hausse est susceptible de soutenir un environnement de prix plus durable. Les bénéfices demeurent fortement sensibles aux prix du pétrole, tandis que les bilans sont aujourd’hui plus solides et l’endettement plus faible que lors du cycle précédent. Enfin, comme indiqué précédemment, les actions du secteur de l’énergie restent sous‑pondérées dans les indices mondiaux. Dans le cadre d’un cycle d’investissement soutenu, une hausse de l’allocation de capitaux vers le secteur, conjuguée à une amélioration des perspectives bénéficiaires et du sentiment des investisseurs, pourrait ainsi soutenir les valorisations boursières.
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