La dette émergente résiste tandis que les obligations d’État des marchés développés restent sous pression
Mise à jour - mai 2026 : Portée par des fondamentaux macroéconomiques solides, la dette émergente s’est rapidement redressée après le repli de marché initial déclenché par la guerre en Iran.
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La dette des marchés émergents a fortement rebondi en avril, effaçant rapidement le repli de marché observé en mars à la suite du conflit au Moyen-Orient. Ce redressement rapide illustre une nouvelle fois la résilience de cette classe d’actifs dans un environnement mondial exigeant, marqué par des risques géopolitiques persistants et par des pressions haussières durables sur les rendements des obligations d’État des marchés développés.
La forte reprise d'avril a été généralisée, avec des gains observés à la fois dans les segments de la dette en devises fortes et en devises locales. Depuis le début de l’année, l’Amérique latine surperforme, bénéficiant de son exposition limitée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de son exposition favorable à la hausse des prix des matières premières.
La dette en devises fortes, telle que mesurée par l'indice EMBI Global Diversified, a enregistré une performance de +2,9 % en avril, portant son rendement depuis le début de l'année à +1,6 %. Au sein de ce segment, les titres notés « investment grade » ont affiché une légère hausse de +0,3 % cette année, reflétant un attrait limité en termes de valorisation compte tenu des spreads serrés, avoisinant les 90 points de base, pour ce sous-secteur. En revanche, les obligations à haut rendement des marchés émergents ont surperformé, avec un rendement de +2,75 % depuis le début de l'année, soutenues par des spreads plus attractifs avoisinant les 400 points de base et par des opportunités de valeur intéressantes dans plusieurs titres souverains et d'entreprises à haut rendement et liés aux matières premières.
La dette en devise locale, suivie par l'indice GBI-EM Global Diversified, a également affiché une solide performance, avec une hausse de +2,8 % en avril, portant le rendement depuis le début de l'année à +0,5 %. Cette performance s'explique principalement par l'appréciation des devises, combinée à un portage élevé. L'Amérique latine s'est à nouveau distinguée au sein de ce sous-secteur, avec une performance de +8,5 % depuis le début de l'année, soutenue par de solides gains de change du réal brésilien (+10 %), du peso colombien (+4 %) et du peso mexicain (+3 %).
Nous restons convaincus que les conditions sont réunies pour que ces tendances positives se poursuivent, en particulier pour la dette locale des marchés émergents et les obligations à haut rendement libellées en dollars, ces deux segments semblant bien positionnés pour générer les rendements de 10 à 12 % que nous prévoyons pour 2026, grâce à la conjonction de facteurs conjoncturels et structurels.
Dynamiques cycliques : impact maîtrisable de la guerre en Iran grâce à des amortisseurs solides
D'un point de vue conjoncturel, l'impact économique de la crise au Moyen-Orient sur les marchés émergents devrait rester gérable, à condition que, comme nous le prévoyons, la récente désescalade entre les États-Unis et l'Iran conduise à la réouverture du détroit d'Ormuz dans les prochaines semaines.
Nous prévoyons que les cours du pétrole reviendront bientôt à des niveaux avoisinant les 80 dollars, après la récente flambée, mais l'impact inflationniste que la crise a déjà engendré devrait tout de même ajouter environ un point de pourcentage (pp) à l'inflation des marchés émergents, sous l'effet des pressions sur les prix de l'énergie (+0,4 pp) et des denrées alimentaires (+0,6 pp).
Il est important de noter que plusieurs économies émergentes abordent ce choc énergétique en disposant de réserves importantes, alors que leurs cadres politiques restent globalement solides. Cela peut être illustré par le graphique 1, ainsi que par les observations suivantes :
- Les niveaux d'inflation dans les pays émergents partent d'un niveau plus bas que lors du précédent choc énergétique de 2022, qui avait suivi l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
- Les taux directeurs réels restent élevés dans de nombreuses économies émergentes, ce qui constitue un rempart contre la remontée actuelle de l'inflation. À cet égard, la crédibilité des banques centrales des marchés émergents s'est globalement renforcée au cours de la dernière décennie.
Graphique 1 : Inflation dans les marchés émergents et taux directeurs réels
Sources : Schroders Economics Group, LSEG Data & Analytics – 31 mars 2026. 1Principaux marchés émergents, pondération égale
Ce contexte permet aux décideurs politiques de voir au-delà de ce qui est, pour l'essentiel, un choc temporaire du côté de l'offre. Plutôt que d'être contraintes de resserrer leur politique monétaire de manière agressive, comme ce fut le cas lors des chocs précédents, de nombreuses banques centrales des marchés émergents semblent avoir gagné le droit de marquer une pause, certaines pouvant même reprendre très prochainement leurs cycles d'assouplissement lorsque les pressions sur les prix de l'énergie commenceront à s'atténuer.
Le Mexique illustre parfaitement cette crédibilité politique. Malgré une volatilité géopolitique accrue en mars, la Banque centrale du Mexique (Banxico) a procédé à une baisse des taux sans provoquer de réactions négatives sur les marchés, démontrant la capacité à mener une politique contracyclique sans compromettre la confiance des investisseurs.
En ce qui concerne l'activité économique, nous estimons que la guerre en Iran devrait actuellement faire perdre entre 0,5 et 1 point de pourcentage à la croissance du PIB des marchés émergents, en raison d'un affaiblissement de la consommation (-0,6 point de pourcentage) lié à la hausse des prix et à la destruction de la demande, ainsi que d'une détérioration du solde commercial (-0,4 point de pourcentage) due à l'augmentation des coûts d'importation de l'énergie. Cet impact se fera principalement sentir en Asie et en Europe centrale, tandis que l'Amérique latine reste davantage à l'abri de ces vents contraires stagflationnistes.
Malgré ces vents contraires, la solidité des balances des paiements aide globalement les marchés émergents à bien résister aux chocs géopolitiques actuels.
Une position extérieure solide, une liquidité mondiale abondante et la poursuite du cycle baissier du dollar américain
La majorité des économies émergentes affichent désormais une dynamique de balance des paiements plus solide, soutenue par des comptes courants solides et des réserves de change robustes.
De plus, la résilience récente des actifs émergents confirme notre analyse selon laquelle ces économies sont devenues sensiblement moins dépendantes des flux de capitaux externes volatils qu'au cours des cycles précédents, réduisant ainsi leur vulnérabilité aux chocs externes. À cet égard, la dette émergente reste sous-détenue, malgré la reprise progressive des flux entrants au cours de l’année écoulée.
Comme l'illustre le graphique 2, après un bref épisode de sorties de capitaux en mars, les flux ont rapidement rebondi, permettant à la classe d’actifs de rester en territoire positif cette année.
Graphique 2 : Flux de capitaux vers la dette émergente (annuels - en milliards de dollars)
Source : JP Morgan, 30 avril 2026
Nous considérons que la réallocation en faveur de la dette émergente, amorcée l’an dernier, n’en est encore qu’à ses débuts. L’un des facteurs à l’origine de ce mouvement est la phase de repli cyclique du dollar américain, enclenchée également l’an dernier et qui semble aujourd’hui reprendre un peu d’élan. Il convient de noter que le dollar américain tend de plus en plus à perdre son statut de valeur refuge, comme en témoigne l’absence de rebond significatif lors des récents épisodes de tensions géopolitiques.
En particulier, lors de l’épisode de volatilité de mars, la plupart des banques centrales des marchés émergents, la Turquie étant une exception notable, n’ont pas eu besoin d’intervenir de manière agressive pour soutenir leurs devises. Elles ont ainsi pu préserver leurs réserves de change et la liquidité domestique, sans dégradation notable des principaux indicateurs de crédit souverain.
La résilience persistante de la dette émergente s’explique également par un environnement de liquidité financière mondiale toujours abondante. Nos indicateurs d’agrégats monétaires globaux continuent de progresser à des niveaux historiquement cohérents avec des marchés évoluant dans un environnement de prise de risque.
La Hongrie, illustration de la résilience récente des marchés émergents
Les performances récentes des actifs obligataires hongrois offrent une illustration concrète de la manière dont la résilience cyclique et les améliorations structurelles continuent de soutenir la dette émergente. Comparé au choc énergétique intervenu au début de la guerre en Ukraine, la Hongrie aborde l’épisode actuel dans une position nettement plus solide, reflétant une amélioration significative de ses fondamentaux macroéconomiques :
- Le compte courant est passé d’un déficit d’environ -6 % du PIB à la veille de l’invasion de l’Ukraine à un excédent d’environ +1,5 % actuellement, traduisant un renforcement de la position extérieure.
- L’inflation a fortement reculé, passant de niveaux à deux chiffres au début de l’invasion de l’Ukraine à 1,4 % au début de la crise actuelle au Moyen-Orient.
- Le déficit budgétaire est passé de -7 % à -5 % du PIB sur la même période malgré la récente hausse des dépenses avant les élections.
- La politique monétaire s’est resserrée de manière significative, le taux directeur passant de 3 % à 6,25 %, renforçant ainsi la crédibilité de la banque centrale.
Par ailleurs, à la suite des élections hongroises d’avril 2026, un changement notable d'orientation politique s’est dessiné en faveur d’une ligne plus pro-européenne, marquant un éloignement des politiques populistes menées sous le précédent gouvernement Orbán. Cette évolution pourrait renforcer davantage la confiance des investisseurs et favoriser la stabilité économique à long terme.
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