Le nouveau régime obligataire : pourquoi il ne s’agit plus simplement de génération de revenus
Des niveaux de revenus attractifs, mais une gestion active est indispensable pour faire face à une complexité croissante.
Authors
Les marchés obligataires mondiaux continuent d’offrir certains des niveaux de revenu les plus attractifs depuis plus de dix ans, mais les investisseurs ne peuvent plus considérer l’obligataire comme une allocation simple et passive.
Les rendements évoluent à des niveaux proches de leurs plus hauts depuis plusieurs décennies et, bien que les banques centrales suivent des trajectoires différentes, parfois opposées, l’univers d’opportunités reste convaincant. Plus que jamais, le succès repose sur une gestion active de la duration, des expositions géographiques et du risque de crédit.
Une nouvelle ère pour les marchés obligataires
2022 a marqué une année charnière pour les marchés obligataires. Un choc d’offre provoqué par la pandémie, puis aggravé par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, a entraîné une forte hausse de l’inflation et conduit au cycle mondial de resserrement monétaire le plus rapide de l’histoire. Cette période a mis fin à l’ère des taux ultra-bas et a profondément modifié le comportement des marchés obligataires aujourd’hui.
Avec des spreads de crédit (la prime exigée pour détenir un risque de crédit supplémentaire) serrés au regard des standards historiques, et une part plus importante de la performance totale des obligations d’entreprises provenant désormais des taux, il est nécessaire de prêter beaucoup plus d’attention à ce que font les banques centrales. Le graphique ci-dessous montre que, même si les spreads de crédit restent serrés (quoique moins qu’à certaines périodes récentes), le rendement global est très attractif.
CContrairement à 2022, les niveaux de revenu actuels offrent un point de départ solide aux investisseurs. Les rendements réels (corrigés de l’inflation) illustrés ci-dessous redeviennent significatifs, et ce niveau de rendement contribue à se protéger contre la volatilité des marchés. Même dans un portefeuille relativement conservateur, avec une exposition limitée aux segments les plus risqués, il est encore possible de viser un rendement d’environ 5 à 6 %.
Les spreads de crédit sont serrés mais le rendement globlal est attractif
Sources : Schroders. Axe droit : rendement (%) de l’indice ICE BoA Global Inflation Linked Bond. Axe gauche : Bloomberg au 16 mars 2026. Les percentiles sont calculés sur une base mobile de 12 ans. ¹Pour les MBS d’agences, les percentiles sont calculés à partir des niveaux de spread depuis 2014.
Les cycles de politique divergents créent des opportunités
L’une des caractéristiques déterminantes de l’environnement actuel est la divergence observée entre les pays et selon différents points de la courbe des taux. Si l’on regarde les mouvements sur les principaux marchés de taux en 2025, les trajectoires ont été très contrastées. En Allemagne et au Japon, les rendements sur la partie longue ont été sanctionnés (en hausse) dans un contexte de relance budgétaire. En revanche, aux États‑Unis et au Royaume‑Uni, le mouvement des taux reflétait davantage l’atténuation des pressions inflationnistes et un marché du travail moins dynamique, avec des rendements sur les maturités courtes en baisse, le marché intégrant des anticipations supplémentaires d’assouplissement monétaire.
Cette divergence devrait se poursuivre, et les événements en cours au Moyen-Orient pourraient accentuer cette tendance, d’où l’importance de rester agile à mesure que le narratif évolue. Lors de la construction des portefeuilles, choisir le bon marché et le bon point de la courbe des taux peut améliorer sensiblement les résultats d’investissement.
Fluctuations des rendements selon le pays et la courbe en 2025
Sources : Schroders, LSEG, 31 décembre 2025
Notre capacité à dissocier l’exposition aux taux de l’exposition au crédit est un avantage clé dans la gestion de portefeuilles mondiaux. Nous pouvons, par exemple, être positifs sur l’Europe, car l’Allemagne dispose de marges de manœuvre budgétaires et certaines entreprises pourraient bénéficier d’une relance, souvent des émetteurs non cotés et sous-suivis, où nous pensons pouvoir générer de l’alpha. Mais cela ne signifie pas que nous souhaitons nécessairement porter une forte sensibilité aux taux européens. Nous pouvons donc investir dans des obligations d’entreprises européennes, tout en isolant l’effet des spreads de crédit en couvrant le risque de taux.
C’est très différent d’un simple achat d’obligations européennes investment grade ou d’obligations européennes à haut rendement. On ne peut plus se contenter du seul « revenu ».
Où se situent les vulnérabilités budgétaires?
Une perspective globale ouvre littéralement un monde d’opportunités. L’une des tendances dont nous tirons actuellement parti dans nos stratégies mondiales est l’attractivité relative des marchés émergents par rapport aux marchés développés.
Si les marchés émergents sont perçus comme plus risqués, ce sont en réalité les économies des marchés développés où les vulnérabilités budgétaires se concentrent de plus en plus. En effet, lorsqu’on met en regard le ratio dette/PIB d’un pays et son rendement réel, les investisseurs sont bien rémunérés pour détenir de la dette des marchés émergents, par rapport au monde développé, où l’endettement est élevé et où les rendements réels sont, en comparaison, beaucoup plus faibles.
Les préoccupations budgétaires concernent principalement les marchés développés, tandis que des rendements réels attractifs se trouvent sur les marchés émergents
Sources : FMI, Macrobond, Schroders, décembre 2025
Comme sur les marchés développés, lorsqu’on alloue aux marchés émergents, il est important de pouvoir cibler un pays précis et un point donné de la courbe des taux. Par exemple, à ce stade, nous serions plus à l’aise avec une allocation aux marchés émergents sur des maturités courtes (la partie 0 à 5 ans de la courbe), où les banques centrales disposent de davantage de leviers si les déficits restent élevés. Cela renforce également la nécessité de rester discipliné sur la duration et prudent face à une exposition excessive aux maturités longues.
Rendement initial : une protection intégrée
Malgré les tensions géopolitiques et l’incertitude en matière de politiques économiques, les rendements de départ actuels peuvent offrir une protection significative à la baisse dans un éventail de scénarios macroéconomiques.
En passant en revue différents scénarios pour les 12 prochains mois, allant d’une croissance inférieure à la tendance et de baisses de taux marquées par les banques centrales jusqu’à l’autre scénario de risque extrême, où la croissance serait durablement trop forte, il est difficile de construire un scénario dans lequel l’obligataire ne contribuerait pas aux portefeuilles.
Mais pour réellement bénéficier des changements de narratif, c’est en confrontant notre propre niveau de conviction au consensus de marché que nous pouvons mieux identifier où se trouvent les véritables opportunités. Des niveaux de revenu attractifs offrent un filet de sécurité, mais pour tirer pleinement parti de ce que le marché obligataire peut offrir, c’est bien plus complexe que d’acheter simplement des obligations.
S’abonner à nos paroles d’experts
Visitez notre centre de préférences et choisissez les articles que vous souhaitez recevoir.
Réservé exclusivement aux investisseurs et aux conseillers professionnels.
Ce document exprime les opinions du gérant ou de l'équipe citée et ne représente pas nécessairement les opinions formulées ou reflétées dans d’autres supports de communication, présentations de stratégies ou de fonds de Schroders.
Ce document n’est destiné qu’à des fins d’information et ne constitue nullement une publication à caractère promotionnel. Il ne constitue pas une offre ou une sollicitation d’achat ou de vente d’un instrument financier quelconque. Il n’y a pas lieu de considérer le présent document comme contenant des recommandations en matière comptable, juridique ou fiscale, ou d’investissements. Schroders considère que les informations contenues dans ce document sont fiables, mais n’en garantit ni l’exhaustivité ni l’exactitude. Nous déclinons toute responsabilité pour toute opinion erronée ou pour toute appréciation erronée des faits. Aucun investissement et/ou aucune décision d’ordre stratégique ne doit se fonder sur les opinions et les informations contenues dans ce document.
Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des performances futures. Les cours des actions ainsi que le revenu qui en découle peuvent évoluer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs peuvent ne pas récupérer le montant qu’ils ont investi.
Les prévisions contenues dans le présent document résultent de modèles statistiques, fondés sur un certain nombre d'hypothèses.
Elles sont soumises à un degré élevé d'incertitude concernant l'évolution de certains facteurs économiques et de marché susceptibles d'affecter la performance future réelle. Les prévisions sont fournies à titre d'information à la date d'aujourd'hui. Nos hypothèses peuvent changer sensiblement au gré de l'évolution possible des hypothèses sous-jacentes notamment, entre autres, l'évolution des conditions économiques et de marché. Nous ne sommes tenus à l'obligation de vous communiquer des mises à jour ou des modifications de ces prévisions au fur et à mesure de l'évolution des conditions économiques, des marchés, de nos modèles ou d'autres facteurs.
Ce document est produit par Schroder Investment Management (Europe) S.A., succursale française, 1, rue Euler, 75008 Paris, France.
Authors
Thèmes