Les mégatendances propulsent la dette infrastructure sur le devant de la scène
Dans un nouvel entretien, Emaad Sami explique pourquoi, alors que la volatilité remodèle les marchés mondiaux, la dette infrastructure s’affirme comme une source encore trop méconnue de stabilité, de revenus et de croissance structurelle.
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Les marchés mondiaux traversent une phase de volatilité persistante, alimentée à la fois par des tensions géopolitiques durables, l’incertitude entourant l’évolution des taux d’intérêt et une reconfiguration rapide des opportunités sur les marchés privés dans un environnement de « découplage cyclique ».
C'est précisément dans ce contexte que la dette infrastructure a discrètement renforcé son attrait, en combinant résilience, diversification et visibilité sur les revenus.
Dans cette interview, Emaad Sami, Senior Investment Director en charge des relations investisseurs pour la dette infrastructure chez Schroders Capital, partage son analyse des mégatendances qui alimentent les opportunités au sein de cette classe d’actifs, des raisons pour lesquelles l’Europe est particulièrement bien positionnée pour tirer parti de ces évolutions, ainsi que du rôle que la dette infrastructure peut jouer dans les portefeuilles des investisseurs.
Pourquoi s’intéresser davantage à la dette infrastructure aujourd’hui ?
Longtemps perçue comme un segment spécialisé du crédit privé offrant des rendements alternatifs à revenu fixe, la dette infrastructure gagne du terrain et s’inscrit de plus en plus dans les allocations « cœur » des investisseurs. La raison est simple : la classe d'actifs entre dans une phase de forte dynamique, soutenue par des fondamentaux de croissance solides, et s'aligne de plus en plus sur les mégatendances qui définiront la prochaine décennie.
La dette infrastructure a fait preuve de résilience malgré la volatilité macroéconomique récente. Une partie de l’explication tient à la nature même des actifs financés : ils soutiennent des services essentiels.
Qu’une économie accélère ou ralentisse, les besoins demeurent : énergie, transport, connectivité numérique, services aux collectivités. Autrement dit, l’infrastructure est un élément constitutif du fonctionnement des sociétés, quels que soient les cycles.
Cette nature essentielle se traduit souvent par des revenus plus prévisibles, des flux de trésorerie plus stables et une protection accrue en phase baissière, des attributs d’autant plus prisés que la volatilité réapparaît, y compris sur des segments habituellement perçus comme plus défensifs.
Autre point d’intérêt : la dette infrastructure peut offrir une prime de spread par rapport à des obligations liquides comparables, en contrepartie des primes d’illiquidité et de complexité propres à des transactions privées négociées de gré à gré. Dans l’environnement actuel, elle affiche également des spreads jugés attractifs au regard d’autres stratégies phares du crédit privé.
Enfin, la classe d’actifs a, dans l’ensemble, mieux résisté que d’autres segments des marchés privés à la détérioration du crédit, portée par la résilience des infrastructures sous-jacentes et une migration de crédit plus limitée que celle observée dans d’autres stratégies de dette.
Quelle est la place de l’Europe dans le marché plus large de la dette infrastructure ?
Si la dette infrastructure est une classe d’actifs mondiale, l’Europe en est l’épicentre. Environ un tiers des investissements mondiaux en infrastructures y seraient réalisés, soutenus par un cadre réglementaire bien établi, un écosystème d’opérateurs et de sponsors développé, ainsi qu’un pipeline significatif d’actifs finançables.
Le terrain d’investissement européen se distingue aussi par sa diversification sectorielle, avec l’appui des États et des institutions européennes sur de nombreux chantiers :
- Transport : routes à péage, aéroports, rails/matériel roulant
- Environnement : gestion des déchets et de l'eau, valorisation énergétique des déchets
- Infrastructures sociales : soins médicaux réglementés, soins aux personnes âgées, éducation
- Infrastructures numériques : tours de télécommunications, fibre optique, diffusion, centres de données
- Énergie : énergies renouvelables, stockage d’énergie, chauffage urbain, réseaux
Cette largeur de spectre est déterminante : la diversification permet d’éviter une exposition excessive à un secteur ou à une thématique unique.
L’Europe présente également un bon équilibre entre opportunités brownfield (expansion ou modernisation des infrastructures existantes) et opportunités greenfield (développement et montée en puissance de nouvelles infrastructures), alimentant un cycle structurel de réinvestissement.
Ajoutez à cela les vents porteurs des mégatendances dans les infrastructures de transition énergétique et de digitalisation, et vous obtenez un portefeuille d’opportunités d’investissement soutenu par un flux régulier de projets, souvent adossé à des cadres législatifs visant à renforcer la visibilité et la continuité des trajectoires d’investissement.
Quelles forces structurelles soutiennent la demande de dette infrastructure ?
Au-delà du cycle, la thèse d’investissement repose sur quelques transformations de long terme, certes connues, mais devenant plus investissables et surtout plus déterminantes au fil du temps.
Ces mégatendances impliquent des plans d’investissement massifs. Or, il existe fréquemment un écart de financement entre l’ambition des programmes (publics et privés) et les capitaux disponibles sous forme de subventions ou de fonds propres. La dette joue donc un rôle clé pour permettre le déploiement à grande échelle.
Décarbonation et transition énergétique
Pour les prêteurs, l’opportunité ne se limite pas aux énergies renouvelables.
Si l’intérêt des investisseurs pour le crédit infrastructure continue de bénéficier de vents porteurs liés à la transition « verte », l’univers d’opportunités est en réalité bien plus large si l’on considère les dynamiques plus globales de décarbonation et d’électrification, au cœur des objectifs de transition énergétique. Cela ouvre des perspectives au-delà des renouvelables, notamment dans des secteurs connexes tels que les transports, le stockage d’énergie et les réseaux.
Infrastructures numériques
Les infrastructures numériques tendent aujourd’hui à s’apparenter à des services aux collectivités. Réseaux de fibre optique, centres de données et actifs télécoms se sont imposés, aux côtés de l’énergie et des transports, comme des composantes essentielles du fonctionnement de l’économie, portées par une demande structurelle liée au cloud, à l’explosion des usages de données et à une société toujours plus connectée.
Pour autant, tous les actifs numériques ne se valent pas. La rapidité des évolutions technologiques peut introduire des risques qui s’éloignent des caractéristiques traditionnellement associées à l’infrastructure. Les actifs reposant sur des modèles de revenus encore peu éprouvés, ou dépendant de scénarios d’adoption trop optimistes, y compris certains réseaux de recharge de véhicules électriques à un stade précoce, exigent une approche plus prudente.
Là encore, pour les prêteurs, la prévisibilité est déterminante : les technologies matures et les revenus contractuels demeurent prioritaires. Dans un environnement où les modèles économiques numériques peuvent évoluer rapidement, cette discipline devient un facteur de différenciation plutôt qu’une contrainte.
Pourquoi les investisseurs réallouent-ils désormais des capitaux ?
Pris dans leur ensemble, ces éléments contribuent à expliquer l’évolution du comportement des investisseurs. Deux tendances se dessinent de plus en plus nettement.
Premièrement, un éventail plus large d’institutionnels, notamment des assureurs non-vie, des fonds de pension et des fonds souverains, effectue ses premiers pas sur la dette infrastructure. Cette classe d’actifs séduit par sa capacité à offrir des revenus relativement prévisibles, une corrélation limitée avec les marchés cotés comme avec d’autres segments des marchés privés, ainsi qu’un accès à des secteurs difficiles à appréhender en dehors de l’univers des infrastructures.
Deuxièmement, les investisseurs déjà actifs sur cette classe d’actifs renforcent leurs allocations. Pour beaucoup, la dette infrastructure prend davantage de poids dans le « budget » dédié aux marchés privés : elle peut jouer un rôle de pilier stabilisateur, en contrepoint de stratégies plus cycliques, et contribuer à la résilience de la performance globale du portefeuille.
Enfin, la valeur relative entre également en ligne de compte : la dette infrastructure offre aujourd’hui des spreads élevés par rapport au crédit privé au sens large, ainsi que, selon les stratégies et les niveaux de risque, la possibilité de viser des rendements à deux chiffres.
La dette infrastructure est-elle une stratégie de niche ou une allocation durable ?
La dette infrastructure a le potentiel de devenir une allocation d’ancrage dans les portefeuilles de crédit privé des investisseurs. Elle apporte en effet des qualités devenues plus rares : une bonne visibilité sur les flux de trésorerie, une résilience à travers les cycles, et une exposition à des actifs indispensables au fonctionnement de l’économie.
Les forces qui façonnent cette classe d’actifs – décarbonation, digitalisation et évolutions démographiques – ne sont pas conjoncturelles. Elles impliquent une demande soutenue de financements long terme sous forme de dette.
Pour les investisseurs en quête de revenus, de diversification et d’une certaine protection contre la volatilité du marché, la dette infrastructure se distingue comme une source de stabilité dans un contexte de marché chahuté.
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