Lire entre les lignes : les craintes sur les taux sont-elles excessives pour les obligations ?
Mise à jour de juillet 2026 : Le cessez-le-feu au Moyen-Orient demeure fragile, mais les prix du pétrole sont revenus vers leurs niveaux d’avant le conflit, atténuant une partie des pressions inflationnistes. Alors que les marchés se focalisent désormais sur les banques centrales, les investisseurs sont confrontés à une tâche plus complexe : interpréter ce qui les attend en matière de taux d’intérêt.
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Le mois de juillet n’a pas apporté l’environnement plus serein qu’espéraient les investisseurs. Le cessez-le-feu au Moyen-Orient demeure fragile, mais les prix du pétrole sont revenus à des niveaux proches de ceux d'avant le conflit, ce qui atténue certaines pressions inflationnistes. Les marchés se concentrent désormais sur les banques centrales, mais le peu d’orientations fournies rend les signaux plus difficiles à interpréter.
Nos scénarios : reconnaître que l'éventail des résultats possibles s'est déplacé vers un environnement de taux d'intérêt plus élevés.
Source : Équipe Global Fixed Income de Schroders, 13 juillet 2026. Les scénarios sont définis autour du taux des Fed Funds de la Réserve fédérale américaine : « Trop chaud » : trois hausses de taux, « Réchauffement » : une à deux hausses de taux, « Équilibré » : maintien des taux inchangés, « Trop froid » : une baisse de taux.
À première vue, ces probabilités de scénarios peuvent sembler très différentes de celles du mois dernier. En réalité, notre vision du monde a relativement peu changé. Ce qui a évolué, c’est la manière dont nous définissons les plages associées à nos scénarios, lesquelles reflètent désormais une trajectoire attendue des taux d’intérêt plus restrictive qu’au début de l’année. Nos nouvelles plages rendent mieux compte de cette réalité : le scénario « Trop froid » implique désormais que la Réserve fédérale américaine (Fed) procède à une ou plusieurs baisses de taux, ce qui le rend plus pertinent que l’hypothèse précédente de trois à quatre baisses. Le scénario « Équilibré » suppose quant à lui un maintien des taux directeurs à leur niveau actuel, alors qu’il impliquait auparavant deux à trois baisses de taux. Enfin, le scénario « Trop chaud » correspond désormais plus clairement à un cycle de resserrement monétaire d’environ trois hausses de taux.
Ce qui demeure important est la manière dont notre vision se compare au consensus du marché, car cet écart est à l’origine des opportunités d’investissement. De ce point de vue, nous continuons d’attribuer une probabilité plus élevée que celle intégrée par le marché au scénario dans lequel la Fed maintient ses taux inchangés (« Équilibré »). Nous reconnaissons que le risque inflationniste n’a pas disparu, mais nous ne sommes pas convaincus que chaque banque centrale doive immédiatement renouer avec un cycle de resserrement monétaire ou agir avec l’ampleur actuellement intégrée dans les anticipations de marché.
Un été agité, une Fed discrète
Notre opinion sur l’économie américaine a peu évolué depuis notre dernière mise à jour. La consommation demeure résiliente, sans pour autant faire preuve d’une vigueur exceptionnelle. L’IA et le cycle manufacturier restant au cœur des perspectives de croissance, nous surveillons attentivement tout signe susceptible d’indiquer un affaiblissement de ces soutiens.
L’inflation n’est pas encore totalement maîtrisée. Les prix des biens ont contribué à sa modération, mais ils pourraient rester exposés aux effets différés de la hausse des coûts des puces mémoire, des intrants technologiques ou encore de la distribution au sein des chaînes d’approvisionnement. Dans le même temps, l’inflation des services continue de s’avérer plus difficile à faire reculer. Le repli des prix du pétrole devrait contribuer à réduire l’inflation, tandis que certaines modifications techniques à venir dans la méthode de calcul de l’inflation américaine pourraient également la faire apparaître mécaniquement plus faible plus tard cette année. Bien que les statistiques de l’emploi soient volatiles, notre évaluation du marché du travail reste globalement positive, avec peu de signes de surchauffe, tels qu’une forte progression des salaires ou des pénuries généralisées de main-d’œuvre.
La nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Fed ajoute une couche supplémentaire d’incertitude. Il semble moins favorable qu’auparavant à fournir aux marchés des indications précises sur l’orientation future des taux d’intérêt et préfère apparemment laisser les marchés réagir plus librement aux données économiques. Pour les investisseurs, cela signifie qu’il pourrait y avoir moins de visibilité sur les prochaines décisions de la Fed.
La zone euro : une croissance sans éclat
Les perspectives de la zone euro se résument assez bien à la formule « ni mauvaises, ni particulièrement bonnes », avec une croissance qui stagne plutôt qu’elle ne s’effondre. Les dépenses publiques allemandes devraient apporter un certain soutien à l’activité, mais cet effet est en partie compensé par un resserrement budgétaire ailleurs dans la région.
L’inflation demeure la principale source de préoccupation, en particulier dans les services. Pour la Banque centrale européenne (BCE), après une hausse de taux de 25 points de base en juin, le message clé est qu’un relèvement ne constitue généralement pas une mesure isolée. Dans l’ensemble de ses scénarios publiés, l’inflation reste supérieure à l’objectif. Toutefois, la réévaluation opérée par les marchés a déjà été substantielle et, alors qu’aucune baisse de taux n’est désormais anticipée au cours des deux prochaines années malgré des perspectives de croissance peu enthousiasmantes, cela nous conduit à adopter une vision plus constructive de la duration en zone euro.
Une semaine, c’est long en politique
Au Royaume-Uni, Andy Burnham doit devenir le prochain Premier ministre le 20 juillet. Bien qu’il se soit engagé à respecter les règles budgétaires actuellement en vigueur, tout écart par rapport à cette ligne de conduite serait difficile à ignorer pour le marché des gilts.
Par ailleurs, le Royaume-Uni demeure fortement sensible aux évolutions des prix mondiaux de l’énergie. Toutefois, le pays présente également l’un des scénarios de désinflation domestique les plus convaincants, soutenu par un marché du travail moins tendu, une modération de la croissance salariale et une activité économique atone sans pour autant être catastrophique.
En synthèse : un optimisme sélectif
Sur les taux, nous conservons une opinion modérément constructive sur la duration. Une grande partie des éléments négatifs est déjà intégrée dans les prix de marché, avec des hausses de taux anticipées aux États-Unis, en Europe et au Royaume-Uni, tandis que les prix du pétrole sont revenus vers leurs niveaux d’avant le conflit. Cela ne plaide pas pour une position fortement longue en duration, mais suggère que le couple risque-rendement s’est amélioré.
Notre conviction à l’égard du Canada et de l’Australie s’est atténuée, la forte performance récente rendant les valorisations moins attractives. En Australie, l’essentiel de la faiblesse du marché immobilier semble désormais intégré, même si nous continuons d’y voir une certaine valeur résiduelle. Au Japon, en revanche, les signes d’intervention des pouvoirs publics et les pressions exercées sur les investisseurs institutionnels nationaux afin qu’ils privilégient les actifs domestiques ont modifié l’équilibre des risques, ce qui rend plus difficile la justification d’une opinion négative à ce stade. Nous passons à une position neutre.
Sur le marché des obligations d’entreprise, l’attrait principal demeure le revenu qu’elles procurent plutôt que le potentiel d’importantes plus-values relatives. Les spreads de crédit sont resserrés, ce qui signifie que les investisseurs ne bénéficient pas d’une rémunération supplémentaire importante pour assumer le risque de crédit des entreprises. Malgré cela, aucun élément ne semble aujourd’hui susceptible de déclencher une correction majeure et le recul saisonnier des émissions au cours de l’été devrait apporter un certain soutien au marché.
Les opportunités sur les obligations souveraines apparaissent plus intéressantes dans certaines zones ciblées, notamment dans plusieurs pays périphériques de la zone euro. La Grèce se distingue en particulier grâce à l’amélioration de sa situation d’endettement. Certaines obligations souveraines des marchés émergents demeurent également attractives, notamment en Hongrie, où les investisseurs semblent disposés à regarder au-delà des incertitudes politiques de court terme, la dynamique de crédit à plus long terme restant favorable.
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