Perspectives d’investissement sur la dette des marchés émergents – février 2026
La dette des marchés émergents entame l’année 2026 sur une dynamique favorable : les obligations en devise locale surperforment nettement, tandis que la dette en devises fortes continue d’offrir un portage attractif.
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La dette des marchés émergents (ME) a commencé l’année sur une base très solide, alors que les tendances macroéconomiques positives des trois dernières années continuent de gagner en reconnaissance auprès des investisseurs internationaux. Les flux vers les fonds de dette des marchés émergents restent robustes, soutenus par des rendements encore attrayants, un dollar américain plus faible et la poursuite de cadres politiques stables dans la plupart des pays. Ces conditions devraient permettre à plusieurs banques centrales des marchés émergents de poursuivre un assouplissement monétaire crédible en 2026.
Dans ce contexte porteur, la dette en devise locale a prolongé la dynamique observée en 2025 et a de nouveau surperformé en janvier, l’indice GBI-EM GD (Government Bond – Emerging Market Index Global Diversified) progressant de 2,2 %. Cette surperformance est particulièrement remarquable compte tenu des pressions haussières persistantes sur les rendements des obligations d'État à long terme des marchés développés et des incertitudes renouvelées entourant l'orientation future de la politique monétaire américaine après la nomination de Kevin Warsh à la présidence de la Réserve fédérale.
Malgré des spreads des obligations souveraines et d’entreprises des marchés émergents à des niveaux historiquement serrés, la plupart des émetteurs affichent encore des fondamentaux de crédit assez solides, ce qui permet à la dette émergente en devise forte de préserver une relative stabilité des prix tout en continuant de générer un revenu élevé. À cet égard, le secteur a enregistré un rendement de 0,7 % en janvier, mesuré par l’indice EMBI GD.
Nous avons adopté récemment une position plus prudente sur les perspectives de duration des taux américains, en abaissant notre appréciation globale à neutre (Graphique 1). Ce changement reflète la vigueur continue de l’activité économique américaine et le risque d’un accentuation supplémentaire de la pentification de la courbe des taux américaine, en particulier si les marchés commencent à anticiper plus fermement la mise en œuvre d’un mélange de politiques (baisse des taux directeurs combinée à un resserrement quantitatif) semble-t‑il défendu par le nouveau président de la Fed.
Bien que nous demeurions sceptiques quant à la faisabilité de ce type de mix politique dans un contexte de domination budgétaire, le risque existe qu’il soit mis en place dans un premier temps avant d’être remis en question par les contraintes de marché. Une réforme réglementaire pourrait s’avérer nécessaire afin d’inciter les banques commerciales à absorber une partie de l’offre de bons du Trésor et à réduire le risque d’un retrait massif de liquidités.
Graphique 1 : Tableau de bord sectoriel
Malgré ces incertitudes quant à l’avenir de la politique monétaire américaine, nous constatons que les actifs émergents démontrent depuis plusieurs mois leur capacité renforcée à absorber divers chocs exogènes. Nos dernières analyses fondamentales, quantitatives, techniques et de sentiment – synthétisées dans le tableau de bord ci‑dessus – confirment que, dans l'univers de la dette ME, le high yield en dollars, les taux locaux et les devises émergentes conservent des profils très attractifs, en dépit d’une légère détérioration des valorisations sur la dette en dollars et les taux de change.
Les perspectives positives pour plusieurs segments de la dette ME, mises en évidence dans le tableau de bord, s’expliquent notamment par les éléments suivants :
- Une activité économique mondiale qui reste solide, offrant un environnement porteur pour les actifs émergents. Par ailleurs, bien que les attentes de croissance américaines aient fortement rebondi, l’écart de croissance entre les marchés émergents et les États-Unis reste en moyenne à des niveaux historiquement suffisants pour maintenir et, dans de nombreux cas, attirer de nouveaux flux de capitaux vers les actifs des ME (Graphique 2).
- Des exportations des ME plus robustes que prévu, malgré la hausse des droits de douane américains. Cette résilience à l’exportation des économies émergentes s’explique par la perspective de nouveaux accords commerciaux (l’Inde étant le dernier pays à avoir trouvé un accord avec les États-Unis), à l’expansion du commerce intra-régional entre pays émergents ainsi que par la poursuite de la reconfiguration des chaînes d’approvisionnement mondiales. Tous ces facteurs contribuent à maintenir l’activité du commerce mondial à des niveaux relativement élevés, malgré quelques replis ponctuels.
Graphique 2 : Anticipations de croissance mondiale
Sources : Schroders ; Économie de consensus ; LSEG Données & Analytique– janvier 2026.
Les tendances inflationnistes restent modérées dans la majorité des économies émergentes, soutenues par des prix alimentaires et énergétiques contenus ainsi que par les fortes pressions désinflationnistes émanant toujours de la Chine et se diffusant vers plusieurs pays émergents, en particulier ceux disposant de barrières commerciales limitées ou d’un faible chevauchement à l'exportation avec la Chine.
Comme l’illustre le graphique 3, la plupart des pays émergents ont soit atteint un pic d’inflation durable, soit déjà entamé une phase marquée de désinflation en ce début d’année 2026. Dans ce contexte, les taux directeurs apparaissent encore excessivement restrictifs (voir graphique 4), laissant une marge importante pour de nouveaux assouplissements monétaires. Cet environnement est particulièrement porteur pour les obligations en devise locale, notamment dans les pays où les trajectoires de dette restent soutenables et où les rendements réels demeurent anormalement élevés au regard des primes de risque budgétaire (graphique 5).
Graphique 3 : Phases du cycle inflationniste par région et par pays
Sources : Schroders – janvier 2026. À titre illustratif seulement, et non comme recommandation d’achat/vente. « Attentes » fait référence à une moyenne sur 12 mois Attentes du consensus du marché.
Graphique 4 : Inflation et taux réels dans les marchés émergents
Sources : Schroders Economics Group ; LSEG Données & Analytique – 31 décembre 2025. ¹18 principaux pays émergents, pondération égale.
Graphique 5 : Niveaux d’endettement et taux réels
Sources : FMI, Macrobond, Schroders – décembre 2025.
Même si des poches de surévaluation commencent à apparaître sur certains segments de la dette en devises fortes et sur certains marchés des changes, cela ne constitue pas, selon nous, un motif d’inquiétude majeure au regard de la solidité des indicateurs de crédit affichés par les marchés émergents. Parmi ces éléments figurent des réserves externes importantes, une dépendance nettement réduite aux capitaux étrangers de court terme et une reprise encore précoce des flux de capitaux vers la classe d’actifs. Dans nos portefeuilles de dette des marchés émergents gérés activement, nous avons par ailleurs pris des bénéfices sur certains marchés de dette en devises fortes devenus moins attractifs, au profit de marchés de dette en devises locales offrant des taux réels élevés, tels que le Brésil, le Mexique, l’Afrique du Sud, la Hongrie, l’Égypte, le Nigeria et la Turquie.
Les graphiques 6 et 7 présentent nos anticipations de rendement par secteur et par pays pour l’année 2026, comparées à notre niveau de conviction basé sur les scores issus de notre processus d’investissement.
Graphique 6 : Rendements attendus de la dette en devise locale vs. scores du processus d’investissement
Sources : LSEG Données & Analytique, Schroders – 28 novembre 2025. Les rendements attendus à 12 mois ¹ combinent les revenus accumulés au cours des 12 prochains mois, les variations projetées des prix des obligations à 10 ans et, dans le cas des obligations locales, les rendements de la devise sont également inclus. Les rendements attendus sur 12 mois pour les devises incluent les variations au comptant prévues et le carry (rendement implicite) généré par les contrats à terme. Les rendements attendus sont tous exprimés en dollars américains, et doivent être ajustés en fonction du coût ou gain de couverture des rendements en dollars américains dans d'autres devises pour les investisseurs non américains.
Graphique 7 : Rendements attendus de la dette en devises fortes vs. scores de processus d’investissement
Sources : LSEG Données & Analytiques, Schroders – 28 novembre 2025. Les rendements attendus à 12 mois ¹ combinent les revenus accumulés au cours des 12 prochains mois, les variations prévues des prix des obligations à 10 ans et, dans le cas des obligations locales, les rendements de la devise sont également inclus. Les rendements attendus sur 12 mois pour les devises incluent les variations au comptant prévues et le carry (rendement implicite) généré par les contrats à terme. Les rendements attendus sont tous exprimés en dollars américains, et doivent être ajustés en fonction du coût ou gain de couverture des rendements en dollars américains dans d'autres devises pour les investisseurs non américains.
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