Résister à la cyclicité et à la volatilité du marché grâce à la dette infrastructure
La dette infrastructure s’est imposée comme une classe d’actifs à part entière et est considérée comme un investissement alternatif offrant des flux de trésorerie stables ainsi qu’une corrélation souvent plus faible avec les marchés traditionnels. Comment cette classe d’actifs a-t-elle évolué, quel rôle peut-elle jouer dans les portefeuilles des investisseurs et quelles perspectives d’investissement offre-t-elle ? Financial Investigator s’est entretenu avec Emaad Sami, expert chez Schroders Capital.
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Pourquoi la dette d’infrastructure est-elle attrayante aujourd’hui ? Quelles sont les perspectives de la classe d’actifs ?
Les investisseurs naviguent aujourd’hui dans un environnement de marché en constante évolution, marqué par de grands changements systémiques à l’échelle mondiale : divergences macroéconomiques, montée du protectionnisme et démondialisation. Les attentes de rendement dans certaines poches des portefeuilles des investisseurs sur les marchés privés ont aussi été revues à la baisse, du fait de retards dans les désinvestissements ou de distributions différées. Dans ce contexte, la recherche de revenus prévisibles est devenue primordiale dans l’allocation des portefeuilles. La dette infrastructure génère des revenus prévisibles et résilients, faiblement corrélés aux autres classes d’actifs, ce qui la rend particulièrement adaptée pour traverser les cycles et la volatilité des marchés.
Les besoins d’investissement pour cette classe d’actifs sont considérables : le marché de la dette infrastructure représente au moins 40 % de plus que celui de la dette d’entreprise, et l’Europe concentre à elle seule un tiers de l’activité mondiale. Dans le contexte européen, cette dynamique est portée par un cadre réglementaire favorable, illustré par des initiatives telles que le Pacte vert pour l’Europe, ainsi que par de vastes plans d’investissement publics, à l’image du programme allemand de 500 milliards d’euros dédié aux infrastructures. Mais il ne s’agit pas seulement de croissance : la capacité à déployer efficacement le capital est également déterminante, et c’est précisément sur ce point que le savoir-faire du gérant fait la différence. Chaque acteur adopte une stratégie propre ; nous privilégions majoritairement les actifs brownfield, permettant ainsi une mise en œuvre efficace du capital et une mobilisation rapide des fonds de nos investisseurs.
En somme, la dette infrastructure s’impose comme une solution résiliente en période d’incertitude, elle constitue le socle du développement économique – renforçant la légitimité de l’investissement dans la dette – et joue un rôle central dans la réalisation des grandes priorités à l’échelle mondiale.
Comment la classe d’actifs a-t-elle évolué ?
La demande d’énergie augmente en raison des mégatendances de la numérisation et de la transition énergétique, mais aussi d’une évolution des opportunités offertes par les secteurs classiques tels que les transports. Les investisseurs regardent au-delà des énergies renouvelables et des centres de données : nous voyons également des transactions attrayantes dans des domaines tels que la gestion des déchets et les infrastructures ferroviaires, par exemple, qui soutiennent la décarbonation à travers des thèmes tels que l’électrification.
Alors que les opportunités prolifèrent dans tous les secteurs, la dette jouera un rôle clé dans le soutien à la croissance des plateformes. En témoigne la pertinence du marché des obligations sub-investment grade (IG), qui est aujourd’hui un pilier et où nous avons été les pionniers de la dette junior en Europe. Les sponsors recherchent désormais des solutions de dette sur mesure auprès de prêteurs alternatifs spécialisés qui sont en mesure de prêter à travers la structure du capital. Cette évolution est due à la croissance et à la migration de ce qui était auparavant des secteurs Core+/Value-Add plus vers des profils d’actifs Core/Core+.
Il y a encore une croissance significative au sein des mégatendances. Par exemple, bien que la création d’actifs de centres de données était bien amorcée avant l’arrivée de l’IA, cela n’a fait qu’accélérer la tendance.
Quel est le positionnement de cette classe d’actifs au sein des portefeuilles investisseurs par rapport aux autres segments du crédit privé, et quels niveaux de rendement peut-on en attendre ?
Cette classe d’actifs constitue un vecteur de diversification évident : à la fois vis-à-vis des obligations d’entreprise traditionnelles, des stratégies de prêts directs, et – plus largement – dans la sphère des actifs réels. Les investisseurs accèdent ainsi à des profils d’emprunteurs et de secteurs radicalement différents. La dette d’infrastructure reste très prisée par les assureurs, qui y voient une alternative crédible à l’univers obligataire classique. On constate également un intérêt croissant de la part des allocataires en actifs réels et crédit privé, cette classe d’actifs combinant des flux de revenus adossés à des infrastructures essentielles et des protections structurelles spécifiques.
En termes d’allocation, la dette IG demeure attractive pour les compagnies d’assurance, en raison de son efficacité en capital. Les stratégies sub-IG intéressent également les assureurs grâce à un SCR favorable dans le cadre de Solvabilité II, mais nous constatons une montée en puissance des partenariats avec des investisseurs en recherche de rendement – fonds de pension, fondations, family offices – pour qui la dette d’infrastructure sub-IG vient en complément du direct lending ou du crédit sur actifs réels. Sur le plan risque/rendement, les stratégies sub-IG constituent aussi une opportunité de valeur relative : la dette d’infrastructure délivre des rendements comparables, voire supérieurs, à ceux du crédit privé classique pour un niveau de risque équivalent et des maturités similaires, avec bien souvent des critères de sélection et des protections renforcés par rapport au marché corporate.
Enfin, compte tenu du rôle central que jouent les infrastructures dans la mise en œuvre des ambitions ESG et à impact, cette classe d’actifs constitue un levier efficace pour l’atteinte de ces objectifs dans le cadre des mandats d’investissement de nos clients.
Quels sont les principaux risques ou préoccupations que vous souligneriez, et comment les investisseurs peuvent-ils les atténuer ?
Trois sujets me viennent à l’esprit ici :
- Diversification du portefeuille
- Pression concurrentielle
- Infrastructures émergentes
Sur les deux premiers points, il est essentiel de distinguer le segment des grandes capitalisations de celui du mid-market. Nous observons environ cinq fois plus d’opportunités sur le mid-market, offrant ainsi une palette de transactions bien plus large. Cela revêt une importance particulière dans un contexte très concurrentiel : le mid-market offre alors une valeur relative attractive, là où le segment large cap concentre la concurrence sur un nombre limité d’actifs. Pour les investisseurs, il est également crucial de différencier les gestionnaires : l’origination et l’exécution en dette d’infrastructure étant très structurées, l’expérience de l’équipe constitue un véritable facteur clé de succès. Notre équipe a activement contribué à la structuration et au développement du marché européen de la dette d’infrastructure : un antécédent difficilement réplicable pour les nouveaux entrants, car les sponsors privilégient les partenaires de long terme, reconnus comme de véritables conseillers de confiance.
S’agissant des infrastructures émergentes, si ces segments en croissance sont prometteurs, ils exigent une analyse rigoureuse : les modèles économiques sont souvent encore en construction, les contrats plus courts et les perspectives d’utilisation tributaires de l’évolution des comportements et de l’adoption technologique. Nous privilégions donc une exposition sur des actifs présentant toutes les caractéristiques de l’infrastructure traditionnelle, où les modèles économiques sont éprouvés. Certains intervenants peuvent être tentés par des transactions pionnières, mais selon nous, ce type de risque doit davantage être porté via la composante actions plutôt que via la dette.
Comment pouvez-vous atteindre vos objectifs ESG et avoir un impact dans vos stratégies de dette d’infrastructure ?
En matière de règlementation SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), l’ensemble de nos fonds relèvent de l’Article 8. Nous adoptons une approche prudente vis-à-vis de l’Article 9, car, d’un point de vue crédit, cette classification soulève des enjeux de diversification. Notre philosophie reste donc centrée sur la recherche d’une réelle diversification alliée à une discipline de gestion du risque de crédit, tout en veillant à construire des solutions capables de répondre aux grands défis sociétaux - sans pour autant sacrifier la performance financière ou l’exigence ESG. En procédant ainsi, nous anticipons l’évolution continue de la réglementation - SFDR restant en construction - mais sommes également convaincus de la nécessité de générer des impacts concrets qui vont au-delà du simple respect des textes.
Cette ambition s’appuie sur un cadre d’impact exclusif et complet, fruit de plus de deux décennies d’innovation et de leadership dans l’investissement à impact. Ce savoir-faire est reconnu par les organismes de place, à l’image de Bluemark qui nous a identifiés comme “Impact Practice Leader”. Nous avons su gagner la confiance d’investisseurs institutionnels réputés, notamment aux Pays-Bas, qui considèrent notre approche comme une référence du secteur. Notre méthodologie nous permet de classifier précisément les résultats d’impact, de produire des reportings sur mesure et d’offrir à nos clients des performances financières non concessionnelles.
Résumé
La dette d’infrastructure se distingue par la stabilité et la prévisibilité de ses rendements, avec une faible corrélation aux marchés traditionnels, ce qui en fait une solution particulièrement pertinente en période de volatilité.
Cette classe d’actifs bénéficie de dynamiques structurelles telles que la numérisation et la transition énergétique, générant des opportunités attractives dans des secteurs variés : transport, gestion des déchets ou centres de données, par exemple.
Elle renforce la diversification des portefeuilles tout en offrant un potentiel de rendement compétitif, et permet aux investisseurs d’atteindre leurs objectifs en matière d’ESG et d’impact.
Si la dette investment grade (IG) conserve un attrait particulier auprès des assureurs - grâce à son efficacité en capital -, les stratégies sub-IG suscitent un intérêt grandissant de la part des investisseurs cherchant à diversifier leur exposition aux crédits privés ou aux actifs réels.
Cet article a été initialement publié dans le Private Markets Special Report du magazine Financial Investigator, le 15 septembre 2025.
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