Points clés - Enjeux ESG/Investissement responsable

Amazon peut-il vraiment être un acteur clé du changement climatique ?

Le géant du commerce électronique a un passé en dents de scie sur le front du changement climatique. Mais, suite à de récentes mesures de réduction de ses émissions de carbone, nous voyons en lui une future force au service du bien.

12/06/2019

Simon Webber

Simon Webber

Gérant actions internationales

Amazon n’est pas l’exemple d’entreprise qui vient naturellement à l’esprit pour avoir fait des pas de géant vers un avenir peu consommateur de carbone. Même si le commerce électronique est généralement plus respectueux de l’environnement que des grands magasins fortement climatisés, les livraisons rapides sont à l’origine d’importantes émissions de carbone. Tout acheteur d’Amazon pourrait ressentir une pointe de culpabilité - comme moi - d’utiliser le service de livraison en un jour. Mais, ce sentiment n’est peut-être pas justifié.

Nous pensons que les efforts entrepris par Amazon afin de lutter contre son impact sur le changement climatique vont permettre à la société de réduire considérablement son impact environnemental. Le changement climatique est une force disruptive importante pour les investisseurs et qui a récemment attiré l’attention des médias suite aux vastes manifestations du groupe « Extinction Rebellion » à Londres et dans d’autres grandes villes du monde. Nous continuons de nous attacher à identifier des entreprises qui font preuve de prévoyance en s’engageant et en s’adaptant.

De l’utilisation de l’informatique dématérialisé (« cloud computing ») à l’électrification du « dernier kilomètre » de ses livraisons, Amazon est une force de plus en plus positive dans le cadre des efforts de lutte contre le changement climatique.

 

« Cloud computing »

Le monde des affaires est aujourd’hui très dépendant des centres de données, mais ces derniers consomment d’énormes quantités d’énergie et sont coûteux à exploiter. L’utilisation de l’informatique dématérialisé (où les données sont stockées, gérées et traitées par un réseau de serveurs distants sur Internet plutôt que par un serveur local) peut améliorer considérablement l’efficacité des centres de données et, ce faisant, permettre de réduire les coûts et la production de carbone.

Un fournisseur « cloud » de grande ampleur comme Amazon atteint souvent un taux d’utilisation des serveurs de 65 %, contre 15 % pour des serveurs internes. Si les entreprises adoptaient le « cloud », elles auraient alors besoin de moins d’un quart des serveurs qu’elles devraient installer dans leurs locaux. Les serveurs « cloud » sont également exploités plus efficacement grâce à des systèmes de refroidissement sophistiqués et à des installations mieux conçues.

De plus, dans la mesure où de nombreux grands prestataires « cloud » se sont engagés à s’approvisionner en énergie renouvelable, le mix électrique qui alimente le « nuage » est 28 % moins émetteur de carbone que la moyenne mondiale1.

A eux tous, ces facteurs contribuent à une réduction de 88 % des émissions de carbone de l’informatique d’entreprise. La demande en faveur de l’informatique va continuer de croître et la taille est un avantage concurrentiel important en matière de « cloud computing » - non seulement d’un point de vue commercial, mais également sur le plan du changement climatique.

 

E comme électrique ?

De nombreuses différentes mesures concourent à indiquer que le commerce électronique soutient avantageusement la comparaison avec la vente au détail traditionnelle en tant que modèle bas carbone.

Premièrement, les distributeurs en ligne ont une empreinte énergétique et d’émissions directe beaucoup plus faible dans la mesure où ils n’exploitent que quelques entrepôts de distribution centralisés, contrairement à un distributeur traditionnel qui fait fonctionner des infrastructures de distribution, ainsi que des magasins coûteux en éclairage, en climatisation et en chauffage. 

Deuxièmement, et surtout, il est important de tenir compte de la façon dont les marchandises sont transportées jusqu’aux clients. Là aussi, la plupart des types de trajet donnent lieu à de moindres émissions de carbone de la part du modèle de livraison en ligne. En effet, chaque véhicule de livraison a pour mission de livrer plusieurs colis commandés en ligne, tandis que dans le modèle de distribution traditionnel, les consommateurs ont tendance à se rendre aux différents magasins et points de vente et à en revenir avec leurs voitures.

Les entreprises de commerce électronique telles qu’Amazon se dotent de technologies très sophistiquées afin d’optimiser la densité des livraisons et la planification des itinéraires, et seront plus rapides à adopter les véhicules électriques que les ménages (les véhicules de livraison revenant souvent au dépôt pour être rechargés, ils sont donc parfaitement adaptés à la technologie électrique).

Les entreprises possédant une grande flotte de véhicules de livraison, telles que DHL, Fedex et US Postal Service, commencent à convertir leurs camionnettes et camions à l’électrique, et cela va se faire beaucoup plus rapidement que sur le marché des véhicules grand public. Cette conversion est notamment attribuable au rapide durcissement des réglementations en matière d’émissions. Par exemple, Londres a instauré en avril la norme d’émission de véhicules la plus exigeante au monde dans le centre-ville, et ce, afin de réduire la pollution atmosphérique et protéger la santé des habitants. Mais, elle est également facilitée par le fait que les véhicules électriques sont de moins en moins chers à utiliser, un point qui est d’autant plus important qu’un véhicule est constamment utilisé, comme c’est le cas pour les véhicules de livraison.

Un bon exemple en est la société allemande DHL qui s’est engagée à faire en sorte que 70 % de ses services de livraison du dernier kilomètre soient assurés par des véhicules à faibles émissions d’ici seulement six ans. Même si la propre flotte de livraison d’Amazon est comparativement modeste, les émissions associées à ses livraisons seront réduites par cette transition électrique dans les réseaux de livraison. 

Bien que l’on ne sache toujours pas clairement comment Amazon parviendra à atteindre son nouveau plan ambitieux visant à rendre 50 % de ses expéditions neutres en carbone d’ici 2030, il est toutefois évident que ce rythme d’abandon des véhicules à moteur à combustion peut et va se produire beaucoup plus rapidement chez les transporteurs professionnels et dans le secteur du commerce électronique. De plus, les entreprises comme Amazon qui s’adaptent aux défis mondiaux tels que le changement climatique se donnent les moyens de se retrouver dans une bien meilleure position.

En tant qu’investisseurs dans les tendances relatives au changement climatique, nous cherchons à regarder au-delà des gros titres afin d’identifier les entreprises qui s’engagent activement dans la lutte contre le changement climatique et d’imaginer ce à quoi ressemblera l’avenir dans un monde bas carbone. L’approche d’Amazon place la société dans une position favorable pour négocier les bouleversements susceptibles de déstabiliser plusieurs de ses concurrentes.

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  1. Source : intensité moyenne en carbone du mix énergétique d’AWS de 393 grammes/kWh pour juin 2015 et données 2014 du mix énergétique mondial de l’Agence internationale de l’énergie pour les hypothèses relatives aux installations sur site↩