Perspectives

Un nouveau contrat social - comment les entreprises traitent-elles leurs employés depuis la crise de Covid-19 ?


La crise de Covid-19 a attiré l’attention sur le traitement par les entreprises de leurs parties prenantes. La première phase de la crise a vu de nombreuses entreprises se concentrer sur les efforts visant à aider l’ensemble de la société. Nombre d’entreprises, des distilleries aux constructeurs automobiles, ont réaffecté des lignes de production à la fabrication de gel hydroalcoolique, de respirateurs ou d’équipements de protection individuelle (PPE). D’autres ont fait des dons – de produits ou d’argent – pour soutenir la recherche médicale ou des causes sociales.

Dans le même temps, les sociétés considérées comme agissant de manière inappropriée ont connu un important revers. Un exemple récent est la chaîne de restauration Shake Shack. Suite au rejet du public, la société a remboursé un prêt gouvernemental de 10 millions de dollars qu'elle avait demandé dans le cadre d'un programme gouvernemental américain conçu pour aider les petites entreprises.

Comme nous l’avons écrit précédemment, nous pensons qu’un nouveau contrat social va émerger à mesure que la crise de Covid-19 modifie les relations entre les entreprises et leurs parties prenantes. Le recours à des programmes de soutien de l’État et l’arbitrage en termes de rendement des actionnaires ou de rémunération des cadres supérieurs sont un exemple parmi d'autres. Le traitement des employés, qui en est un autre, a suscité une attention croissante pendant le confinement.

 

En première ligne ou dans la misère ?

Si nombre d’employés de bureau (y compris la plupart des investisseurs) sont en mesure de travailler à domicile, c’est une autre histoire pour les travailleurs considérés comme essentiels.

Cette crise a mis en évidence qu’il existe toute une tranche du marché du travail dont l’importance aurait précédemment été négligée et ne se reflète pas dans les salaires. Les employés de supermarchés, les livreurs, le personnel des entrepôts et les employés des fabricants et transformateurs de produits alimentaires ne sont que quelques-uns de ces nouveaux employés « de première ligne » qui sont essentiels pour maintenir l’économie en marche.

Et bien que les médecins et infirmiers soient les nouveaux héros nationaux, on prend de plus en plus conscience que le bon fonctionnement des services de santé et de soins repose également sur des « personnels moins qualifiés » tels que les transporteurs hospitaliers, le personnel d’entretien et le personnel de soins à domicile.

Ces employés travaillent souvent dans des environnements où l’interaction avec les clients ou les patients pose un danger particulier. Les entreprises de ces secteurs ont fait l’objet d’un examen strict concernant la fourniture de PPE et la protection du personnel.

Amazon, par exemple, a fait face à des manifestations généralisées sur les conditions de travail du personnel d’entrepôt, malgré les 4 milliards de dollars dépensés en mesures de sécurité. En mars, la chaîne d’habillement britannique Next a temporairement fermé sa branche de e-commerce de manière à adapter ses entrepôts aux exigences de distanciation physique au prix d’une capacité considérablement réduite.

 

Élargir le filet de sécurité

Alors que les économies rouvrent progressivement et qu’un vaccin reste élusif, les entreprises des secteurs « non essentiels » vont également devoir tenir compte de ces défis. Certes, les gouvernements et les organismes de réglementation donnent des consignes, mais il incombe aux entreprises de fournir un environnement sûr aux employés et aux clients. Dans une enquête récente menée par JUST Capital, près de 90 % des personnes interrogées estiment que les entreprises devraient fournir des PPE, désinfecter les lieux de travail et mettre en place une distanciation physique.

La bonne nouvelle, c’est que les entreprises semblent bien conscientes de leurs responsabilités, que ce soit par principe de bonne gouvernance ou par crainte d’une réaction hostile de l’opinion publique. Le graphique ci-dessous présente les réponses des directeurs financiers à une enquête menée par PwC sur les plans de reprise d'activité de leurs entreprises :

 

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Les mesures les plus urgentes sont des mesures visant à résoudre des problèmes de sécurité spécifiques à la crise. Les bureaux, les centres commerciaux et les restaurants se précipitent pour trouver des solutions innovantes aux exigences de distanciation physique : systèmes à sens unique, écrans de protection entre les tables, etc.

D’autres solutions, comme le télétravail et les modalités de travail flexibles, semblent être en place de manière plus permanente. Plusieurs entreprises technologiques ont déjà prolongé le télétravail de façon indéfinie, et les bureaux de Schroders à Londres restent un territoire désert malgré l’assouplissement des consignes gouvernementales.

Bien qu'il soit plus facile de la mettre en place pour certains secteurs que pour d'autres, nombre de travailleurs recherchent depuis longtemps une plus grande flexibilité dans leur travail, mais n’ont peut-être jamais osé en faire la demande. Les entreprises qui adoptent la nouvelle norme et qui réalisent les investissements nécessaires dans les technologies devraient être récompensées par une main-d’œuvre plus satisfaite, plus motivée et potentiellement plus productive. Elles devraient également avoir plus de facilités à recruter. Avant la crise, une étude britannique avait révélé que pour 70 % des employés et 90 % des millennials, la flexibilité dans le travail rendait un poste plus attractif.

Au-delà de la protection physique, certains employeurs ont également pris des mesures pour protéger ou améliorer la santé financière de leur personnel. Bon nombre des emplois essentiels mentionnés ci-dessus sont peu rémunérés, surtout compte tenu des risques potentiels pour la santé.

Le graphique ci-dessous de JUST Capital tient compte des types d’aide financière fournis par les 100 plus grandes sociétés publiques américaines à leurs employés.

 

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Comme on peut le voir sur le graphique, 20 % ont temporairement augmenté les salaires et 18 % ont versé une prime. Certaines entreprises issues de secteurs essentiels, y compris la plupart des supermarchés britanniques et américains, ont mis en place un « salaire pour risque » pour le personnel en première ligne.

S'il est sans doute le bienvenu en temps de crise, ce « salaire pour risque » temporaire n’aura que peu d’impact à long terme sur l'augmentation définitive des salaires au bas de la pyramide. De nombreuses entreprises sont aujourd’hui critiquées pour mettre un terme fin mai à leur programme d’aide financière alors que les risques sanitaires sont toujours présents. Une seule des 100 sociétés de JUST (Charter Communications) a jusqu’à présent décidé d’augmenter les salaires de façon permanente. Néanmoins, la pression des syndicats, des régulateurs ou des clients pourrait au final pousser les entreprises à prolonger ces augmentations temporaires de salaires au-delà de la crise.

D'après The Economist, les pandémies survenues au fil de l’histoire – de la peste noire à la grippe espagnole – ont généralement entraîné un transfert des rendements du capital sous la forme de revenus réels beaucoup plus élevés pour les travailleurs. Le mécanisme a toutefois été brutal : en décimant la population active, ces crises ont augmenté le pouvoir de négociation des travailleurs survivants. L’économie actuelle est évidemment très différente – et nous espérons que l’ampleur sera considérablement moindre – mais la Covid-19 pourrait marquer un tournant dans la hausse des inégalités.

Si nous nous en réjouissons d’un point de vue éthique, nous devons également envisager, en tant qu'investisseurs, la façon de satisfaire de telles augmentations de salaires. L’entreprise dispose-t-elle d’un pouvoir de fixation des prix lui permettant d’augmenter ses prix sans porte atteinte à la demande ni aux bénéfices ? La solution idéale serait une adhésion du public à une augmentation des salaires, ce qui impliquerait une volonté de payer des prix plus élevés pour les biens des entreprises considérées comme agissant de manière responsable pendant la crise et au-delà. Les collaborateurs deviendraient-ils plus motivés et plus productifs ? Ou la hausse des salaires se traduirait-elle simplement par une réduction de la rentabilité et des rendements ? Les résultats varieront selon les entreprises et les secteurs, d’où l’importance d'une analyse détaillée.

 

Mise à jour : les actions présentant des notes ESG plus élevées continuent de surperformer

La crise de Covid-19 aura des répercussions à long terme, et il faudra du temps pour que les cours des actions reviennent à la normale. Toutefois, à ce jour, les actions américaines (voir graphique ci-dessous) soutiennent notre conviction selon laquelle les entreprises responsables devraient être plus résilientes dans un contexte de ralentissement et surperformer au cours du cycle.

Depuis que nous en avons discuté en mars, les 20 % d’actions présentant les plus hauts scores ESG (environnement, social, gouvernance) continuent de surperformer le marché dans son ensemble. La surperformance est moins marquée que lors de la chute initiale du marché, car nous avons assisté à une rotation en faveur des actions plus risquées et plus sensibles à l’économie, mais elle reste importante.

 

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Cela s’explique en partie par le fait que les leaders ESG ont jusqu’à présent enregistré des baisses des bénéfices par action (BPA) plus faibles que les sociétés en retard sur les problématiques ESG, comme en témoigne le graphique ci-dessous. Depuis mars, ces baisses ont fortement augmenté pour les deux groupes, mais la différence reste évidente.

 

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Cela continue de soutenir notre opinion selon laquelle les entreprises les plus durables surperformeront leurs homologues moins durables sur le long terme. En tant qu’investisseurs, notre rôle consiste à identifier les entreprises qui ont le meilleur potentiel de croissance durable, porté par de solides relations avec leurs parties prenantes.

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