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Les "Big Tech" contre le marché : ce que vous devez savoir


Le 8 juin, le S&P 500 des actions américaines a récupéré l’ensemble de ses pertes de 2020 dues à la crise du Covid-19. Les FAMAG (Facebook, Amazon, Microsoft, Apple et Alphabet (société mère de Google)) ont mené cette reprise.

Même avant la pandémie, elles étaient déjà parmi les plus grandes entreprises du monde.

La crise a amplifié la demande de leur technologie qui nous aide à communiquer, éduquer, faire des achats et nous divertir.

Nous voulions comprendre comment et pourquoi ces entreprises sont devenues si dominantes. Nous avons donc demandé des explications à Sean Markowicz, stratégiste de l’équipe Research and Analytics, et à Frank Thormann, gérant de portefeuille.

 

Montée en puissance des grandes entreprises technologiques

Quelle est la taille de ces entreprises ?

Sean Markowicz : « En termes de pondération dans les indices, les grandes valeurs technologiques ont connu une croissance considérable au cours des dernières années. Leur poids combiné dans l’indice S&P 500 des actions américaines, qui était d’environ 8 % en 2015, a plus que doublé. Aujourd’hui, les FAMAG composent 20 % de l’indice en termes de capitalisation boursière.

Cela signifie que ces cinq titres représentent une part plus importante du marché que les cinq plus grandes entreprises au plus fort de la bulle Internet en 1999. »

 

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Source : Refinitiv Datastream et Schroders. Données au 8 juin 2020

 

Comment ces entreprises sont-elles devenues si dominantes ?

Frank Thormann : « Ces entreprises sont devenues incroyablement novatrices pour faciliter des tâches importantes, comme par exemple faire des achats, collaborer et communiquer.

Les solutions fournies par ces entreprises ont fixé la norme à l’échelle mondiale. Cela s’est traduit par une hausse impressionnante de leur chiffre d’affaires et de leurs bénéfices, que la pandémie semble avoir accélérée. »

 

Quelles ont été les performances de leurs titres ?

Sean Markowicz : « Au cours de la crise, ces titres ont surperformé l’indice élargi. Ils ont progressé en moyenne de 18 % cette année, au 8 juin. Amazon et Microsoft sont en tête, avec une hausse de 36 % et 19 % respectivement, alors que le S&P 500 a gagné 0,1 %.

Cependant, il est un peu stérile de comparer la performance des valeurs technologiques à celle de cet indice, car l’indice lui-même est fortement influencé par les valeurs technologiques.

Un meilleur indice de référence serait le S&P 500 équipondéré, qui montre la performance de la société américaine moyenne. Celui-ci a chuté de 2,2 % cette année.

Cela signifie que les plus grandes valeurs surperforment les petites. »

 

Les grandes entreprises technologiques ont bien mieux résisté que le reste du marché

 

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Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs et peuvent ne pas être reproduites. Source : Refinitiv Datastream et Schroders. Données au 8 juin 2020.

Source : Refinitiv Datastream et Schroders. Données au 8 juin 2020

 

Les risques posés par les grandes entreprises technologiques

Les sociétés technologiques deviennent-elles trop puissantes ?

Sean Markowicz : « La concentration du pouvoir de marché n’est pas l’apanage des entreprises technologiques, cela se produit dans d’autres secteurs.

Par exemple, en 2000, les deux principaux opérateurs de télécommunications contrôlaient environ 30 % des ventes de l’industrie, aujourd’hui ils en contrôlent 70 %.

Si vous prenez le secteur américain des compagnies aériennes, les quatre premières compagnies détenaient environ 50 % du marché du transport aérien intérieur en 1997 alors qu’elles en possèdent 70 % aujourd’hui, selon les régulateurs de l’industrie.

La concurrence est aujourd’hui beaucoup plus faible que par le passé. »

 

Quels sont les dangers de cette dominance ?

Sean Markowicz : « La concentration du pouvoir est sur le radar du régulateur, ce qui risque de freiner en partie la dynamique des grandes entreprises technologiques.

Par exemple, dans le passé, des mesures ont été prises à l’encontre de l’opérateur de télécommunications AT&T, de l’éditeur de logiciels Microsoft et de la société de technologie IBM. De ce fait, la valorisation et le cours de ces titres ont chuté entre le moment où les poursuites ont été engagées et celui où une décision a été prononcée. Il s’en est suivi une baisse de la croissance des ventes.

Les entreprises technologiques ont déjà fait l'objet de nombreuses critiques sur leur comportement anticoncurrentiel, des questions de confidentialité des données aux pratiques commerciales déloyales. Ces problèmes pourraient avoir un impact sur leurs perspectives de croissance.

Ceci est un point à surveiller par les investisseurs. »

 

Une intervention des pouvoirs publics est-elle un risque ?

Frank Thormann : « Les entreprises technologiques ont pu se développer sans être inquiétées grâce à leurs innovations et aux fruits de leur propre recherche et développement interne.

Le risque est que les entreprises deviennent si dominantes qu’elles se reposent sur leurs lauriers et que l’innovation future commence à souffrir.

Si c’est le cas, les gouvernements pourraient prendre des mesures pour doper l’esprit de compétition. »

 

Les sociétés technologiques deviennent-elles trop grandes pour faire faillite ?

Sean Markowicz : « La crise a mis en évidence l’importance de ces entreprises. Les restrictions de voyage et les règles de distanciation sociale illustrent notre dépendance aux services fournis par les entreprises technologiques, que ce soit en matière de shopping, de divertissement ou de communication.

Certains estiment que ces entreprises sont si importantes pour notre société qu’elles présentent un risque systémique. C’est là que les régulateurs pourraient intervenir.

À l’heure actuelle, on ne sait pas très bien sous quelle forme. Jusqu'à présent, la seule suggestion a été que les données de ces sociétés deviennent un bien public qui pourrait être distribué entre les concurrents. Cela n’affectera pas toutes les entreprises, mais celles les plus susceptibles d’y perdre seraient Google et Facebook.

Il a également été question de limiter la monétisation des données et les marchés auxquels ces sociétés participent. Mais cela ne veut pas dire qu’elles ne conserveront pas leurs parts de marché dominantes.

Par exemple, IBM est toujours le plus grand fournisseur d’ordinateurs de bureau. Microsoft est toujours le leader des éditeurs de logiciels.

Il est toujours possible que ces entreprises soient éclipsées, une éventualité que nous devons garder à l’esprit. »

 

Quelles leçons pouvons-nous tirer du passé ?

Sean Markowicz : « Les entreprises dominantes conservent rarement leur position au fil du temps. Selon le Mckinsey Global Institute, la moitié des leaders de marché sortent du top 10 % à chaque cycle économique.

Prenez Nokia et BlackBerry. Nous en avions tous un et pourtant leur part de marché s’est évaporée.

Dans une autre étude réalisée par Research Affiliates, un gestionnaire d'investissement, les données historiques montrent que les entreprises, une fois en position dominante, sous-performent le marché et leur secteur d’activité.

On appelle cela la malédiction du vainqueur. »

 

Pourquoi les grandes entreprises technologiques restent-elles si attractives ?

Frank Thormann : « Il arrive fréquemment que les entreprises deviennent si dominantes et rentables qu’elles en deviennent suffisantes. Elles pensent qu’elles sont infaillibles et qu’elles domineront le marché éternellement, ce qui entraîne une baisse des activités de recherche et de développement, et de l’innovation.

Nous devons analyser la rapidité à laquelle ces entreprises continuent d’innover. Une façon de le faire est de surveiller leurs dépenses de recherche et de développement.

Tant que ces entreprises ne deviennent pas satisfaites d'elles-mêmes et qu’elles parviennent à rendre nos vies plus productives, il leur reste un avenir. Mais ce n’est pas certain. »

 

Comment valorisez-vous ces valeurs technologiques ?

Frank Thormann : « Les investisseurs peuvent utiliser une variété de mesures. Ils peuvent comparer la valorisation de la société par rapport à sa capacité bénéficiaire actuelle et par rapport à sa capacité bénéficiaire perçue future.

La génération de trésorerie est un élément encore plus important. Ces sociétés technologiques génèrent d’énormes volumes de trésorerie, ce qui les rend plus attractives par rapport aux autres entreprises. Vous pouvez donc comparer la trésorerie disponible aujourd'hui par rapport aux flux futurs.

Le dernier critère est la recherche et le développement. Les investisseurs peuvent examiner les dépenses de recherche et de développement cumulées qui ont été engagées par ces sociétés. Ce total comparé à la capitalisation boursière de l’entreprise est un autre moyen d’évaluer la valorisation du marché.

Il n’y a pas de réponse générale. »

 

Quel effet pourrait avoir la taille des grandes valeurs technologies sur les portefeuilles ?

Frank Thormann : « Plus ces entreprises sont grandes, plus le cours de leur titre influence la direction du marché dans son ensemble.

Un investisseur ayant acheté un fonds passif qui suit la performance du S&P 500 doit garder cela à l’esprit.

Un cinquième de son investissement est par définition investi dans ces cinq sociétés. »

 

 

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